Liberté ne veut pas dire anarchie

« La liberté prise comme un absolu peut conduire soit à l’anarchie la plus complète,soit à la loi du plus fort, c’est-à-dire la barbarie». L’abbé Pierre.

Le gouvernement prépare un nouveau texte qui devra réformer la loi 90-14 relative à l’exercice syndical. Une réforme qui aura pour principal objectif d’éloigner l’action syndicale du champ politique. Il est clair que cette réforme induira un débat. Un débat sur l’exercice syndical et sur les libertés syndicales, d’autant que la question est posée dans le cadre du discours politique plus large sur les libertés individuelles et collectives. Pour certaines formations et acteurs politiques le syndicalisme et les libertés syndicales sont même un fond de commerce. Et cela concerne aussi bien ce que l’on a pris l’habitude de classifier comme « partis du pouvoir » et « partis d’opposition ».

Au-delà du débat sur les libertés syndicales, la réforme proposée pose, en finalité, une véritable problématique : celle des relations ombilicales qu’entretiennent le syndicalisme et le politique. Il est vrai que dans de nombreux pays du monde les interactions entre le monde syndical et la sphère politique sont assises sur les affinités idéologiques, les syndicats étant naturellement proches des mouvances politiques de gauche. Or, dans notre pays, les rapports entre syndicats et acteurs politiques sont plus complexes. Le rapport transcende les affinités idéologiques, pour prendre la forme d’une véritable inféodation. Les syndicats, tout comme les organisations de la société civile jouent souvent le rôle d’appendices, ce qui leur vaut l’appellation d’organisations satellites. Ce qui justifie d’ailleurs l’existence d’autant d’organisations et desyndicats que de partis politiques. Cette mosaïque syndicale et la diversité excessive a ouvert des brèches. Au-delà de l’aliénation politique interne, la structure syndicale en place a ouvert la voie à l’aliénation externe, sous le couvert du discours relatif à la promotion des droits de l’Homme et des libertés. Et c’est toujours avec cet argumentaire qu’on en est arrivés à l’ingérence. Chose qui a nécessité de faire un point de la situation et de revoir l’organisation syndicale.

Il ne s’agit pas là de remettre en cause les libertés syndicales. Là n’est pas le propos, car la réforme devra être mise à profit pour renforcer la représentation syndicale. Mais la liberté ne veut en aucun cas dire anarchie. Car il s’agit là de recentrer l’action syndicale sur sa vocation originelle : la défense des intérêts des travailleurs. Il s’agit aussi de garantir la prise en charge des préoccupations socio-professionnelles du monde du travail, en l’éloignant une bonne fois pour toute de l’agitation sociale, nourrie par des acteurs qui n’ont pour motivation que des intérêts politiques étroits.

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