Un sommet géopolitique

Le 6e Sommet du Forum des pays exportateurs de gaz se tiendra cette semaine à Doha. Il va réunir le gotha du marché mondial du gaz. Les chefs d’État des plus gros producteurs traditionnels de gaz vont se réunir pour discuter des perspectives du marché. Mais cette grand-messe du gaz sera particulière cette année, car elle verra le glissement du marché dans l’arène géopolitique. Il est clair que l’énergie, et notamment lorsqu’on parle de gaz, est une question géopolitique par excellence. Car l’omnipotence du pétrole qui justifie bien des conflits cède peu à peu le champ au gaz, énergie plus propre, énergie de transition et donc énergie d’avenir. Et cela est très palpable aujourd’hui dans un marché tendu par les sous-investissements générés par la parenthèse covid-19. 

Le Sommet de Doha sera également plus géopolitique, car la crise ukrainienne fait planer des menaces de sanctions économiques occidentales contre la Russie et fait peser des risques d’approvisionnement supplémentaires sur le marché, notamment en Europe.

Dans cet immense jeu d’échec, l’Occident cherche des alternatives au gaz russe. C’est du moins ce qu’on prétend. Car il faut le savoir, Moscou assure plus de 20% de la production mondiale de gaz à elle seule, sans compter la production de ses alliés en Asie centrale. 

Si l’on retire de l’équation le gaz nord-américain issu des puits de schiste et dont l’industrie a fortement décliné dans le sillage de la pandémie, en termes de capacités de production, il est difficile de trouver des alternatives au gaz russe, qui plus est, sur un marché bien tendu. 

Il est vrai que l’Occident s’est lancé dans une grande opération de séduction en allant draguer d’autres grands producteurs figurant dans le top 10. Si l’on élimine l’Iran, ou la Norvège d’ores et déjà acquise, il reste le Qatar, petit émirat qui a déjà beaucoup investi dans la diplomatie gazière et l’Algérie qui tient à ses engagements de fiabilité en tant que fournisseur irréprochable. Or, dans le contexte géopolitique actuel, les choses ne semblent pas être ce qu’elles sont et que l’opération séduction lancée par les pays de l’Otan vise des objectifs plus géopolitiques que gaziers et tendent à semer les graines de la division. C’est un défi qui se pose pour les producteurs traditionnels de gaz, à l’image de l’Algérie qui n’a plus rien à démontrer en matière de fiabilité des approvisionnements et de capacité à répondre à la demande. Mais, il serait plus juste de replacer le débat dans son contexte. Car l’on a tendance à questionner la fiabilité des fournisseurs sans jamais mettre en doute la fiabilité et la fidélité des consommateurs. Et sur le marché du gaz, la seconde question est plus importante que la première. Car, les investissements dans le secteur du gaz sont capitalistiques, demandent beaucoup d’argent et les retours sur investissement sont très longs. Un fournisseur fiable a besoin de garanties. Si la pandémie de covid-19 a démontré une chose, c’est bien que les consommateurs sont les derniers à respecter des règles qui sont à la base déséquilibrées. Le contexte actuel n’est pas propice à la division.  Il est au contraire fortuit pour la consolidation de l’unité des producteurs qui ont le rapport de force en leur faveur afin d’imposer des règles de marché plus justes. 

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