Entre le technique et le politique

« La politique, c’est ce qui est faisable. » Max Weber, économiste, sociologue et philosophe allemand

Les partis politiques s’emparent de la question de la révision des subventions et des transferts sociaux. Il est vrai qu’après leur oisiveté ramadhanesque, les différentes formations politiques ne manquent pas d’opportunités pour se replacer aux devants de la scène. Si l’initiative du « rassemblement » lancée par le président de la République et le dialogue politique qu’il a ouvert alimentent les débats politiques, les questions sociales continuent de monopoliser l’essentiel des discussions, car la stabilité et le confort social sont l’assise de tout. Et la perspective de la mise en place d’une commission nationale chargée de canaliser le débat national sur la question de la révision des subventions constitue l’opportunité rêvée pour rebondir sur les questions sociales, notamment celle relative aux politiques du soutien des prix et leur rapport au pouvoir d’achat des ménages algériens. Il n’en fallait pas plus pour que les subventions suscitent un bouillonnement sans précédent dans les états-majors des partis politiques. Les formations représentées à l’Hémicycle Zighoud Youcef se préparent à désigner leurs « députés économistes » qui seront chargés « de fixer » les mécanismes du nouveau système des subventions, tandis que les autres n’hésitent pas à faire part d’une certaine « opposition pour l’opposition » à toute la démarche. Dans tous ce tintamarre politique, l’impression est nette que les objectifs du débat se perdent et que les politiques s’empressent de faire des subventions le nouveau point focal de joutes politiques, au risque de verser dans la démagogie et le populisme. Soyons clairs, la question de la dégradation du pouvoir d’achat ne peut en aucun servir d’argument pour encore reporter des réformes vitales pour la viabilité du budget de l’État, tout comme l’argument de la rationalisation des dépenses publiques ne doit pas servir d’argument pour remettre en question les principes de justice sociale sur lesquels est assis l’État. D’autant qu’il s’agit aujourd’hui de faire de la justice sociale le principe qui devra succéder à l’égalitarisme stérile qui prédomine actuellement. Dans ce débat qui doit prendre en place, les partis politiques se perdent et semblent ne pas comprendre le rôle qu’ils se doivent de jouer. Certains s’empressent d’ailleurs de placer le débat sur le plan technique, alors qu’il est clair que ce n’est pas le rôle d’une formation politique. Les partis politiques, et plus encore en Algérie, ne sont pas dotés de l’expertise économique et technique et n’ont pas la structure administrative d’un État, ni encore moins de ses moyens techniques et financiers, permettant de mener des études et de présenter une proposition technique sur une question aussi pointue que les subventions directes et implicites, leur recensement ainsi que leur impact sur le budget de l’État. Ils n’ont pas les ressources nécessaires pour faire des propositions complètes sur le système de transferts financiers qui doit remplacer la politique de soutien des prix, ni sur le recensement statistique des populations et leur classement du premier quintile le plus vulnérable au quintile le plus aisé et encore moins disposer d’études précises sur les risques d’inflation que la hausse des revenus directs des ménages issue du nouveau système peut induire. 

En fait, les politiques peuvent grandement contribuer à stimuler le débat en recourant au dialogue avec les opérateurs économiques, les associations de la société civile et surtout avec les experts indépendants qui bénéficient d’une véritable expertise acquise par la recherche et l’expérience sur le terrain. Les partis peuvent jouer un rôle primordial en veillant à porter les préoccupations des Algériens et en garantissant le respect du caractère social de l’État algérien dans le processus. Ils peuvent surtout, grâce au débat, vulgariser la question de la révision des subventions et en présenter une image claire aux Algériens. Dans ce débat qui s’ouvre, les formations politiques ne sont pas appelées à se substituer à l’administration, mais l’accompagner et à l’éclairer sur les contraintes sur le terrain et sur les questions qui peuvent alimenter les tensions sociales. Auquel cas le débat qui s’ouvre risque de s’engouffrer dans des débats politiciens interminables lesquels finiraient par compromettre une démarche qui peut pourtant être salutaire. 

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