Compromis ou surenchère

« La politique, c’est la pratique du compromis. » Francine Noël, romancière canadienne.

La Commission nationale de réforme des subventions sera installée aujourd’hui, donnant ainsi le coup d’envoi du processus qui devra, à terme, aboutir à la suppression de la politique actuelle de soutien des prix des produits de base pour la remplacer par un système de transferts financiers directs au bénéfice des ménages cibles. Les attentes sont grandes quant au travail que cette commission devra accomplir d’autant qu’il s’agira de mettre fin à un système qui a éreinté les capacités financières de l’État, créé de nombreuses niches d’enrichissement illicite au profit des intermédiaires commerciaux informels, et créé des foyers de tension sociale potentiels sans pleinement atteindre ses objectifs : concrétiser la justice sociale. L’autre défi est de parvenir à faire aboutir cette réforme cruciale sans porter atteinte au caractère social de l’État algérien et à ses principes fondateurs.  C’est donc tout un programme. 

Les défis sont importants et les difficultés qui risquent de surgir avant d’atteindre le consensus surgissent déjà. Bien que la réforme soit financière et est donc fondamentalement technique, sa dimension politique et sociale impose certains défis. Une dimension décuplée par la nouvelle commission nationale éminemment politique, d’autant que les partis, les syndicats et les associations de la société civile ont été invités à y prendre part. Une structure qui alimente d’ailleurs les interrogations sur les contradictions qui risquent d’émailler les débats au sein de cette commission et au final affecter le dialogue et le travail de cette structure qui aura la charge de pondre un texte de loi qui fixera les mécanismes et le calendrier très technique de la réforme. Depuis quelques jours, les partis se sont saisis de la question des subventions et en font usage pour enjoliver leur discours politique sur le pouvoir d’achat. Hier, c’est le Parti des travailleurs qui a annoncé son intention de prendre part aux travaux de la commission des subventions. Un fait étrange, lorsqu’on sait que le parti de Louisa Hanoune a toujours affiché son opposition à ce genre de réformes. Cependant et fidèle à l’entrisme qui caractérise le Trotskisme dont se revendique le PT, celui-ci annonce la couleur. Il entrera dans la commission pour signifier son opposition au projet. En face, les formations acquises excellent dans le zèle, affichant même une certaine confusion et incompréhension par rapport à la teneur de la réforme et à qui elle s’adresse. C’est ainsi que nous voyons que le représentant d’El Binaa répéter que le nouveau système devra bénéficier aux ménages les plus vulnérables, notamment ceux bénéficiant des aides de l’État dans le cadre des filets sociaux. Une vision qui semble oublier qu’avec l’effritement de la classe moyenne et la baisse du pouvoir d’achat, le système des subventions doit aussi bénéficier à diverses catégories sociales, à des degrés divers, selon le niveau de revenus. Cela promet des échanges hauts en couleurs et de la surenchère politique à foison. 

Or, dans tout ce tintamarre politique, idéologique et démagogique on en oublie le rôle du Gouvernement que l’on finit par ne plus citer. Il est vrai que l’objectif de cette commission et d’initier le dialogue et de parvenir à un accord et un consensus autour d’une question sensible comme la réforme des subventions. Et pour ce faire, il est nécessaire de s’écouter, que le dialogue unisse l’administration, les partis, les syndicats, la société civile et les experts.  Il est surtout nécessaire qu’il y ait un pilote dans l’avion qui ne peut se défaire de ses responsabilités. Autrement, les débats risquent de s’éterniser et de se retrouver pris en otage dans des discussions byzantines interminables. 

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