L’économie et le dogme

« Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. » Steve Jobs, fondateur d’Apple. 

Sonatrach récupère ses actifs dans Fertial. L’information a fait le tour des rédactions et suscité l’événement. Pourtant, c’est un juste retour des choses à ce qu’elles devaient être dès le départ. Les commentateurs vont, bien entendu, aller de leur litanie sur le fait que ce qui s’est passé pour Fertial est le parfait exemple des méfaits de la Issaba et que les décisions de confiscation et de retour des actifs vers le secteur public vont dans le sens du rétablissement de l’ordre. Cela n’est qu’en partie vrai. Car le cas Fertial est plus que l’exemple de l’accaparement par une poignée d’hommes d’affaires du patrimoine et des biens de l’État. C’est l’exemple d’un processus de privatisations des actifs publics chaotique mené de manière dogmatique et qui a abouti au transfert des actifs de l’État vers des opérateurs qui n’ont au final rien fait pour mettre à niveau les unités industrielles dont ils ont hérité. Bien au contraire, tout le dogme de l’ouverture, de la privatisation et de l’économie de marché n’a engendré que déstructuration industrielle, enterrement organisé de fleurons de l’industrie nationale, voire l’apparition d’un sous-marché pour la négociation des actifs résiduels fonciers des entreprises. Pis, l’Algérie a perdu la main sur des secteurs économiques stratégiques pour passer de la production locale à l’importation. Ce qui a ouvert la porte, en grand, à l’engouffrement des groupes d’intérêt et de pression nationaux et étrangers avec pour seul objectif l’enrichissement facile et rapide.

Il ne s’agit pas là de faire le procès des privatisations menées durant les années 2000. Il s’agit surtout de relever le manque de pertinence des politiques économiques qui ne se soucient que du dogme, au lieu de chercher des solutions à des problématiques bien réelles. Au début des années 1990, l’Algérie a basculé vers l’économie de marché parce que c’était dans l’ère du temps et parce que c’est ce que le FMI exigeait. On a ensuite mené des privatisations pour privatiser et non pour atteindre des objectifs précis. C’est ainsi que l’on a proposé au bradage des fleurons de l’industrie nationale qui fonctionnaient bien et qui n’avaient besoin que d’être modernisés et de s’inscrire sur les chaînes de valeur mondiale au lieu de soumettre les entreprises moribondes à ce processus.

Aujourd’hui encore, nous assistons à des débats politiques opposant ouverture et souverainisme, et voulant confronter la prédominance du secteur public au secteur privé. Or, si l’économie est une question éminemment politique, elle ne doit pas être prisonnière de l’idéologie. L’économie, c’est la performance, c’est la rentabilité et c’est la redistribution des richesses pour stimuler la consommation et donc la croissance et assurer le développement social d’une société. 

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