Déterminisme historique

“Une monarchie corrompue ce n’est pas un État ; c’est une cour. » Montesquieu

Les tensions politiques montent au Maroc. Les Marocains sont en colère et ils ont toutes les raisons de l’être. En plus de l’appauvrissement insoutenable alimenté par une corruption endémique à tous les niveaux, et à la restriction continue des libertés sous-tendue par un système de surveillance massive de la population, les Marocains doivent subir l’humiliation d’une normalisation avec l’entité sioniste inédite et poussée à l’extrême au point de s’apparenter une sionisation de leurs institutions qui porte atteinte non seulement à leurs principes, mais aussi aux fondements de leur société. Les manifestations se multiplient, et les Marocains n’ont de cesse de crier leur désarroi face à un régime autiste qui s’évertue à ignorer leur existence. Mais ce qui retient l’attention, c’est bien le traitement médiatique réservé à cette colère aussi bien au Maroc, qu’au-delà. Tous les comptes rendus se focalisent sur l’opposition à la politique actuelle du gouvernement d’Abdelaziz Akhanouche, un oligarque porté au pouvoir par le palais royal. Conflit d’intérêt, corruption, monopole sur la distribution des produits pétroliers dans le royaume chérifien, Akhanouche est la personnification de ce qu’il y a de pire dans la collusion d’intérêts financiers privés et de fonctions politiques. Akhanouche cristallise la corruption du régime makhzenien. Cependant, le traitement médiatique actuel pose une réelle problématique. Il tend à canaliser la colère des Marocains vers la politique d’Akhanouche, alors que ce dernier n’est que l’une des nombreuses figures d’un régime corrompu et vassalisé, ainsi que de ses travers. On associe aujourd’hui Akhanouche à la corruption, comme on a associé Abdellatif Hamouchi à l’espionnage massif par le logiciel Pegasus, ou encore l’ex-chef du gouvernement islamiste du PJD Saad Eddine El Othmani à la normalisation avec l’entité sioniste. Ces personnages sont impliqués et ont une part de responsabilité dans les maux qui affectent le peuple marocain. Or, ils sont une partie du problème et pas le cœur du problème. Il faut d’ailleurs rappeler que le départ d’El-Othmani du gouvernement après un vote sanction aux élections de 2021 n’a pas arrêté la normalisation avec l’entité sioniste. Au contraire, celle-ci s’est accélérée et s’est intensifiée avec le Gouvernement Akhanouche. Se limiter au rôle de ces sinistres personnages, c’est prendre le risque de dédouaner le Makhzen. C’est dédouaner un régime corrompu qui s’articule autour d’un Palais royal qui a usurpé ses titres et s’est imposé en régent par le biais d’une mystification historique. Un palais royal fragile et noyauté par le lobby sioniste, qui vacille aujourd’hui sur fond d’une crise de succession précipitée par la maladie de Mohamed VI. Un régime féodal qui gère le Maroc comme une propriété privée et traite les Marocains comme des serfs. C’est cela le fond du problème. Un régime qui est appelé à disparaître, c’est une question de déterminisme historique. 

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