Prérogatives et responsabilités

L’Association des banques et des établissements financiers s’est faite remontée les bretelles hier. Elle a été destinataire d’une mise au point non officielle publiée par l’APS pour la remettre à sa place et lui enjoindre de ne plus outrepasser ses missions pour se substituer aux institutions de la République. Une mise au point imposée par l’évolution de l’actualité concernant les relations entre l’Algérie et l’Espagne. Au mois de juin dernier, l’association connue sous l’acronyme Abef publiait une note aux banques pour imposer une suspension de la domiciliation des transactions commerciales depuis et vers l’Espagne. Une note qui se voulait la traduction d’une suspension des relations commerciales entre l’Algérie et l’Espagne, dans un contexte de tensions diplomatiques. Il y a quelques jours, cette même Abef publiait une nouvelle note pour apporter des modificatifs à ses « instructions » avant de les lever tout simplement la semaine dernière. Il ne fallait pas longtemps pour voir des commentaires sur une « reculade » des autorités algériennes sur cette question. Or, l’Abef n’a jamais été une institution de l’État. C’est une association professionnelle représentant les intérêts des banques qui ne peut se substituer aux institutions souveraines. Et c’est ce qui a été rappelé hier à cette association. Cependant, le problème est qu’au cours des dernières années, l’Abef a servi de véhicule pour court-circuiter la Banque d’Algérie, seule dépositaire de la réglementation bancaire. Le ministère des Finances dont dépend la tutelle des banques publiques et seulement les banques publiques a ainsi usé du canal Abef pour faire passer des réglementations bancaires, sous le nez de la Banque d’Algérie, pourtant seule habilitée à gérer ces questions hautement techniques avec toute la compétence requise. Depuis, l’Abef a pris ses aises dans ses nouvelles missions usurpées au point de susciter l’interrogation au sein des milieux économiques. Le Cercle de réflexion autour de l’entreprise avait d’ailleurs publié une note sur cette question le 22 mai dernier pour souligner l’incongruité de la situation d’une association professionnelle qui se substitue au ministère du Commerce. Bien que l’Abef ait toujours fait référence auparavant à des instructions du département des Finances ou celui du Commerce, dans le cas de l’Espagne l’association ne s’était référée à aucune institution souveraine. C’est là que le dérapage a pris corps, car cette association professionnelle a nettement donné l’impression de s’être directement immiscée dans une question souveraine. Un dérapage qui n’a pas été suivi d’un rappel à l’ordre. Aujourd’hui l’Abef fait l’office d’une instance qui serait allée trop loin en faisant montre d’un certain excès de zèle, sans pour autant situer les responsabilités de chacun. Néanmoins, cette situation reflète un dysfonctionnement institutionnel résidu d’une certaine déliquescence des pratiques au sein des institutions et laquelle peut porter atteinte à la crédibilité de celles-ci. Il est bon de rappeler qu’un État est assis sur des institutions auxquelles nul ne peut se substituer. Il serait mieux que ce genre de rappels provienne d’une institution qui en a la prérogative, à l’image de la Banque d’Algérie, pour la rétablir dans son bon droit et son autorité sur les banques de la place. Il est surtout nécessaire de rompre définitivement avec les pratiques tendant à substituer les institutions par des appendices fonctionnels et à entretenir une gestion opaque et informelle des institutions. C’est le seul moyen de prévenir les dérapages de ce genre.

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