Regarder vers l’Ouest, regarder vers le Sud

« En diplomatie, l’ultimatum est la dernière exigence avant les concessions. » Ambrose Bierce, écrivain et journaliste américain.

Le 21e siècle sera celui du gaz comme le siècle passé fut celui du pétrole. L’or noir a contribué à redessiner les cartes et a motivé bien des guerres. Il a même induit l’émergence d’une discipline à part entière, la géopolitique du pétrole. Or, la géopolitique du gaz est autrement plus complexe, à bien des égards. L’or bleu s’impose comme l’énergie de transition par excellence dans un monde qui change. Les défis imposés par son extraction, son exploitation et son acheminement seront les facteurs qui définiront sa géopolitique. Car, il est plus simple d’acheminer un baril de pétrole par le biais d’un pétrolier que d’amener un mètre cube de gaz par gazoduc ou par méthanier. Cela a bien été démontré lors du conflit en Ukraine. L’Europe se trouve dans un embarras inédit. Après s’être empressée de s’attirer les foudres de Moscou avec ses « sanctions économiques », l’Union européenne s’est non seulement tirée une balle dans le pied, mais risque de subir la rudesse d’un hiver dans le froid, s’il prend l’envie à la Russie de fermer les vannes. Et c’est bien ce que Moscou semble décidé de faire. Car la géopolitique du gaz n’est pas favorable à l’Europe qui manque d’alternatives. Elle cherche des solutions et espère initier sa propre géopolitique du gaz…enfin presque ! C’est ainsi que le vieux continent se détourne de l’Est pour se tourner vers l’Ouest. Et le chancelier allemand Olaf Scholz pousse à la construction d’un gazoduc partant d’Espagne pour acheminer le gaz à partir de la péninsule ibérique vers le cœur de l’Europe à travers la France. Mais voilà, encore faut-il remplir le pipeline. Scholz semble être sous l’emprise de la promesse de l’Oncle Sam de livrer du GNL à l’UE. Mais, cela aurait été plus simple de se tourner vers le Sud. On le sait, un réflexe s’est ancré en Europe les incitant à toujours regarder vers l’Ouest. C’est ce qui a justement motivé une politique d’élargissement agressive vers l’Est sur les bases du défunt Pacte de Varsovie, au lieu de chercher d’améliorer ses rapports avec le Sud de la Méditerranée. 

Se défaire de ces réflexes serait pourtant salutaire. Car en géopolitique du gaz, ce ne sont pas les plans tirés sur la comète qui décident des équilibres, mais bien les producteurs et propriétaires des gazoducs qui tracent les grandes routes du gaz, par la fiabilité des approvisionnements et la constance dont ils font preuve. Aller dans un autre sens, c’est encourager le déséquilibre, la volatilité du marché et des approvisionnements et menacerait la sécurité énergétique des consommateurs. 

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