Une équation complexe

« La politique c’est éphémère mais une équation est éternelle. » Albert Einstein.

Lifté jeudi, le Gouvernement Benabderrahmane II fait face à ses obligations. Des obligations que le président de la République s’est attelé à lui rappeler hier en Conseil des ministres. Rectifier la trajectoire de certains départements affectés par les derniers changements est certes au programme. Or, il est une urgence qui transparaît clairement dans le propos du Président Tebboune. Celle pour le gouvernement de trouver des solutions à certaines problématiques latentes et de les inscrire dans les prochains textes, notamment la prochaine loi de finances, d’autant que l’Exécutif avait mal appréhendé les défis de la conjoncture économique et géopolitique lors de la préparation du budget de 2021. Un manque d’appréciation qui avait imposé de prendre des mesures d’urgence et recourir une nouvelle fois à une loi de finances complémentaire. Le Gouvernement a donc été sommé de concrétiser les objectifs de réforme notamment en ce qui concerne la diversification des exportations, mais aussi de répondre à une équation budgétaire et financière complexe.

Il se doit de trouver des mécanismes susceptibles de concrétiser les engagements présidentiels en termes d’amélioration du pouvoir d’achat tout en veillant à garantir les équilibres budgétaires et réduire le déficit du Trésor public. Nous voyons déjà les cohortes d’éternels optimistes qui assureront que les revenus pétro-gaziers permettront de répondre aisément à cette équation. C’est le cas à court terme. Mais il y a des réalités à prendre en compte. La problématique du pouvoir d’achat est toujours perçue, chez nous, sous l’angle des revenus, jamais sous l’angle de l’inflation. C’est ainsi que des mesures ont été prises pour augmenter les revenus des ménages. La récente appréciation de la monnaie nationale est également supposée renforcer le pouvoir d’achat permis par ces mêmes revenus, de même qu’elle devrait contribuer à limiter l’effet de l’inflation importée. Or, cela pose une problématique en termes budgétaires. Une appréciation du dinars réduit de fait les recettes budgétaires exprimées en dinars issus des revenus exprimés en devises. Aussi, une hausse des revenus des ménages financée sur concours budgétaire alourdit l’empreinte des dépenses incompressibles à la charge de l’État et que ses recettes ordinaires ne couvrent pas. 

Si les revenus pétro-gaziers actuels permettent de soutenir la charge, à moyen et long termes, l’équation risque de se compliquer et les problématiques latentes, y compris en termes de pouvoir d’achat, risquent de ressurgir en cas de retournement de marché pétrolier. Le fait est que cette équation n’est pas seulement financière et budgétaire. Elle compte des facteurs économiques et commerciaux. Si le rétablissement des équilibres budgétaires est lié à la diversification des recettes de l’État à travers la diversification économique, le pouvoir d’achat est tributaire, au-delà d’une amélioration des revenus mue par une redynamisation économique, de la maîtrise de l’inflation. Cette équation dépend au final de l’efficacité des politiques économiques et de la maîtrise d’un marché qui échappe encore malheureusement au contrôle. 

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