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Sayoud annonce la levée des réserves du GAFI : L’Algérie « sortira de la liste grise en mars »

Le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a révélé mardi devant les députés de l’Assemblée populaire nationale que le Groupe d’action financière (GAFI) a levé ses réserves à l’égard de l’Algérie et que le pays sortira de la liste grise « d’ici la fin du mois de mars prochain », une annonce majeure intervenue en marge du débat sur le projet de loi organique sur les partis politiques, et qui marque un tournant dans la trajectoire financière du pays après dix-huit mois de surveillance renforcée.

C’est au détour d’une réponse aux parlementaires sur le volet financier du projet de loi sur les partis politiques que Saïd Sayoud a lâché l’information la plus attendue par les milieux économiques. Après avoir souligné que « les transactions financières partisanes sont conformes aux normes fixées par le Groupe d’action financière (GAFI) relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme », le ministre a révélé, selon les propos relayés par l’APS, que « les réserves à l’égard de l’Algérie ont été levées par le GAFI, qui l’avait classée sur la liste grise », précisant que l’Algérie « sortira de cette liste d’ici la fin du mois de mars prochain ». Cette déclaration confirme et précise les conclusions de la session plénière du GAFI tenue à Paris en février 2026, au cours de laquelle le gendarme financier mondial avait estimé que l’Algérie a « substantiellement achevé » son plan d’action en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. L’instance internationale avait alors ouvert la voie à une visite sur site, étape ultime avant un retrait formel de la liste des « juridictions sous surveillance renforcée ». L’inscription de l’Algérie sur cette liste grise remontait à octobre 2024, date à laquelle les autorités algériennes avaient pris un engagement politique de haut niveau auprès du GAFI et du MENAFATF, son pendant régional pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

L’enjeu dépasse largement le cadre technique de la conformité financière. Un retrait de la liste est un signal positif pour  les investisseurs étrangers, alors que le pays est engagé dans un ambitieux programme de diversification économique. Les réformes saluées par le GAFI sont le fruit d’un vaste chantier législatif et réglementaire. La loi 23-01 du 7 février 2023, modifiant la loi fondatrice 05-01 de 2005, a constitué le socle de cette refonte, complétée en 2025 par la loi 25-048. La Banque d’Algérie a édicté plusieurs règlements contraignants, notamment les règlements 24-03 et 25-14, imposant aux institutions financières une vigilance accrue en matière de connaissance du client. Un registre public des bénéficiaires effectifs a été mis en place au Centre national du registre du commerce, la Cellule de traitement du renseignement financier a vu ses prérogatives consolidées, et un cadre juridique efficace a été instauré pour les sanctions financières ciblées liées au financement du terrorisme.

Une loi sur les partis pour « relancer le militantisme partisan »

Si l’annonce relative au GAFI a capté l’essentiel de l’attention, la plénière de l’APN était initialement consacrée au débat sur le projet de loi organique sur les partis politiques. Répondant aux questions des députés, Saïd Sayoud a défendu un texte qu’il présente comme un instrument de renouveau démocratique. Les dispositions proposées « constituent les fondements solides qui permettront aux partis de travailler dans un cadre légal et de s’acquitter de leur rôle constitutionnel dans l’animation de la vie politique et la mobilisation des citoyens », a déclaré le ministre, selon l’APS. Le projet vise également « à former une élite et à renforcer la confiance en l’action politique, et partant à relancer le militantisme partisan et à ancrer le processus démocratique », a-t-il poursuivi, mettant en avant « son engagement à prendre en considération toutes les propositions et préoccupations et à associer toutes les parties pour parvenir à une loi équitable pour tous ». Sur le plan des procédures, le ministre a évoqué un allègement notable des formalités et « la numérisation de toutes les procédures, à travers la création d’une plateforme numérique consacrée exclusivement à la réception et au traitement des dossiers ». S’agissant de la question sensible de « l’autorisation préalable » exigée pour la création d’un parti, disposition contestée par une partie de l’opposition, Sayoud a justifié cette mesure par le « principe de vérification préalable du respect par le parti des conditions et dispositions constitutionnelles et légales, notamment pour ce qui est du respect de l’unité nationale et de ses constantes ». Il a ajouté que l’adoption du contrôle préalable « permet d’éviter la tenue d’un congrès constitutif pour une entité qui pourrait ensuite s’avérer non conforme à la loi ». Le ministre a par ailleurs rappelé que « la liberté de réunion et de manifestation pacifique sont des droits et libertés fondamentaux garantis par la Constitution », annonçant que le secteur est en passe « d’élaborer un projet de loi fixant les conditions et les modalités d’exercice des réunions publiques et des manifestations pacifiques ». Quant au financement public des partis, le projet de loi en renvoie les modalités à un texte spécifique ultérieur, signe que ce dossier politiquement délicat fera l’objet d’un traitement séparé.

Salim Amokrane

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