Sahara occidental : Les révélations de Bolton
L’ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis John Bolton remet publiquement en question la décision unilatérale de Donald Trump de reconnaître la pseudo « souveraineté » marocaine sur le Sahara occidental occupé, dernière colonie d’Afrique.
Dans une interview au quotidien espagnol El Independiente, Bolton, qui fut l’un des artisans de la diplomatie trumpienne, critique ouvertement cette décision en contrepartie de la normalisation officielle des relations entre le Maroc et l’entité sioniste. Une position qu’il juge à la fois inutile et injuste. « L’administration Trump, lors de son premier mandat, a reconnu la souveraineté du Maroc sur la région, ce qui va à l’encontre de la position traditionnelle des États-Unis. Je continue à penser que la seule solution (au conflit au Sahara occidental) est d’organiser un référendum », déclare Bolton. L’ancien diplomate souligne que cette reconnaissance était d’autant plus regrettable que le Maroc aurait de toute façon signé les Accords d’Abraham : « Le Maroc aurait signé cet accord avec Israël de toute façon, car il était très proche de le faire bien avant, peut-être même avant l’Égypte et la Jordanie. Mais ils ont profité d’une équipe américaine qui n’avait aucune idée du dossier sahraoui et lui ont soutiré une concession qu’ils n’auraient jamais dû obtenir. »
Ces révélations de Bolton mettent en lumière les coulisses d’une négociation où l’ignorance américaine sur le dossier sahraoui a été exploitée par la diplomatie marocaine. L’ancien conseiller dénonce implicitement l’amateurisme de l’entourage de Trump sur cette question complexe, suggérant que le Maroc a su tirer profit de cette méconnaissance pour obtenir une concession historique sans contrepartie réelle. Cette analyse corrobore les critiques formulées à l’époque par de nombreux observateurs internationaux qui dénonçaient un marchandage inéquitable sacrifiant les droits du peuple sahraoui sur l’autel de la normalisation.
Trump peut changer de position
Bolton va plus loin en évoquant la possibilité que Trump change de position lors de son second mandat, notamment en raison d’intérêts économiques personnels. « Trump a récemment dit qu’il voulait transformer Ghaza en ‘Riviera de la Méditerranée orientale’. Cela n’arrivera pas. Mais le Sahara occidental possède une longue côte atlantique. Il pourrait s’imaginer y construire des stations balnéaires et des casinos. S’il obtenait une concession pour y installer ses entreprises, cela pourrait l’enthousiasmer à soutenir un référendum », suggère-t-il avec un cynisme qui en dit long sur sa perception des motivations trumpiennes.
Cette analyse, aussi provocatrice soit-elle, met en évidence la dimension opportuniste de la diplomatie trumpienne et ouvre des perspectives inattendues pour la cause sahraouie. Bolton rappelle d’ailleurs que Trump avait toujours soutenu l’organisation d’un référendum au Sahara occidental et qu’il « n’a changé d’avis que dans le contexte des Accords d’Abraham, vers la fin de son premier mandat ».
L’ancien diplomate défend également avec vigueur le Front Polisario contre les accusations marocaines de « terrorisme et de liens avec l’Iran ». « Le Polisario ne s’est jamais engagé dans des actions extrémistes, comme cela s’est produit au Moyen-Orient après la révolution islamique iranienne en 1979. Les allégations selon lesquelles le mouvement serait influencé par le chiisme sont contredites par la présence ancienne d’organisations religieuses et non gouvernementales américaines dans les camps de réfugiés », affirme-t-il, qualifiant ces accusations de « pure propagande ». La défense de Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU et figure respectée de l’establishment sécuritaire américain, constitue un démenti de poids à ces tentatives de délégitimation. Il souligne que la présence d’ONG américaines dans les camps de Tindouf depuis des décennies aurait immédiatement détecté toute influence iranienne : « Il n’y a tout simplement aucun fondement à cela. C’est de la pure propagande. »
Bolton critique également l’évolution de la position espagnole sous le gouvernement Sánchez, estimant qu’elle « n’est pas utile » à la résolution du conflit. « Tout le monde s’est engagé à organiser un référendum, et les Marocains ont fait marche arrière. Et les victimes sont les Sahraouis qui vivent encore dans des camps de réfugiés à Tindouf, 25 ans après notre promesse d’organiser un référendum, probablement 50 ans après la décolonisation, lorsque l’Espagne s’est retirée. C’est vraiment absurde », déplore-t-il.
Pour la diplomatie sahraouie, ces déclarations constituent un espoir de voir Washington reconsidérer sa position, d’autant plus que Bolton évoque la possibilité d’une approche nuancée : « Je pense toujours que les États-Unis peuvent dire : nous reconnaissons une possession marocaine de facto, mais nous pensons quand même qu’un référendum devrait avoir lieu. »
Lyes Saïdi