Des vaches américaines pour la ferme Baladna en Algérie
Des bovins laitiers américains sont en route vers l’Algérie pour alimenter le projet pharaonique Baladna, lequel nécessitera un investissement de 3,5 milliards de dollars.
L’ambassadrice américaine Elizabeth Moore Aubin a annoncé mardi sur Facebook que le projet marque « un nouveau chapitre dans la coopération agricole entre les États-Unis et l’Algérie », alors que la signature lundi des premiers contrats du projet avait déjà créé l’événement dans les milieux économiques.
Cette révélation américaine éclaire d’un jour nouveau l’ampleur internationale du projet Baladna-Algérie, qui vise à produire localement 50% des besoins nationaux en lait en poudre sur 117.000 hectares dans la région d’Adrar. La diplomate américaine a précisé que la participation US ne se limite pas aux bovins, puisque la société Valmont contribuera également au projet avec des systèmes d’irrigation de pointe adaptés au climat saharien. Cette double contribution technique et génétique américaine aux côtés des partenaires qataris et algériens transforme le projet Baladna en véritable laboratoire de coopération tripartite, où se rencontrent potentiel algérien, capitaux du Golfe, expertise européenne et technologie américaine. La cérémonie de signature qui s’est tenue lundi au Centre international des conférences Abdelatif Rahal avait déjà révélé l’architecture complexe de ce projet qualifié par la société Baladna comme « le plus grand projet agricole industriel intégré de production laitière au monde ». Quatorze contrats d’une valeur dépassant 500 millions de dollars ont été conclus pour la première phase, mobilisant des géants technologiques internationaux aux côtés d’entreprises algériennes.
L’Allemagne occupe une position centrale dans ce dispositif avec la société GEA Technologies, leader mondial dans la fabrication de lignes de production laitière, qui concevra l’usine de lait en poudre selon des spécifications incluant une unité de séchage de 40 mètres de hauteur. Cette prouesse technique s’accompagne de l’expertise de UCC-UrbaCon Trading and Contracting pour la charpente métallique, tandis que la société qatarienne EHAF élaborera les plans architecturaux de l’ensemble des infrastructures.
La dimension technologique du projet se confirme avec l’implication de la Turquie via la société AFKO pour les systèmes d’irrigation, complétant ainsi l’offre américaine de Valmont. Le ministre de l’Agriculture Youcef Cherfa a souligné lors de la cérémonie que le lancement de ce projet coïncide symboliquement avec la campagne labours-semailles 2025-2026, illustrant la synchronisation parfaite entre ambitions politiques et réalités agricoles. Les autorités algériennes ont mobilisé des moyens considérables pour faciliter cette implantation, depuis l’octroi du foncier agricole jusqu’aux autorisations de forage, en passant par le raccordement électrique et la réalisation des infrastructures d’accompagnement.
L’expertise algérienne n’est pas en reste avec la mobilisation de la société EFORHYD pour le forage des puits d’eau, élément crucial dans cette région saharienne, et du Bureau national d’études pour le développement rural (BNEDER) pour les études techniques. Cette participation nationale s’étend également aux infrastructures d’accueil avec Condor-Travocovia et RedMed chargées de construire les bases de vie destinées aux équipes opérationnelles. La gestion globale du projet sera assurée par la société internationale DG Jones and Partners, garantissant une coordination optimale entre les multiples intervenants de cette mégastructure industrielle. Les sociétés Dandoun et Cindyris piloteront les études techniques et la planification, transformant cette initiative en véritable école de management de projets complexes pour les cadres algériens.
L’ambition productive de Baladna impressionne par ses chiffres : 1,7 milliard de litres de lait annuellement grâce à l’élevage de 270.000 têtes de bovins sélectionnées selon les meilleures normes internationales. Cette production, programmée à partir de 2026, nécessitera la mise en valeur de 100.000 hectares dès la première phase, avec l’installation de 700 pivots d’irrigation et la création de deux fermes d’élevage.
Le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, Omar Rekkache, voit dans cette signature « une étape primordiale reflétant la nouvelle vision algérienne en matière d’investissement productif », tandis que le président du conseil d’administration de Baladna, Mohamed Moutaz Al-Khayyat, salue une initiative qui « drainera les expertises nationales et internationales ». L’ambassadeur qatari Abdulaziz Ali Al-Naama y voit quant à lui la preuve de « l’engagement ferme à accélérer la mise en œuvre » de ce projet stratégique.
L’impact socio-économique attendu dépasse largement les 5.000 emplois directs annoncés, puisque cette initiative devrait stimuler l’ensemble de la filière agroalimentaire nationale et créer un effet d’entraînement sur les secteurs connexes. Plus symboliquement, ce projet marque une étape dans la diversification de l’économie algérienne au-delà des hydrocarbures, objectif affiché des réformes économiques du président Abdelmadjid Tebboune. Dans un monde où la sécurité alimentaire devient un enjeu géostratégique majeur, le projet Baladna illustre comment les pays émergents construisent leur souveraineté alimentaire en mobilisant les meilleures expertises mondiales.
Sabrina Aziouez