Industrie du ciment : GICA s’engage dans la valorisation énergétique des déchets
Le Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA) conduit actuellement une étude technique ambitieuse visant à transformer les déchets à fort pouvoir calorifique en combustibles alternatifs pour alimenter les fours de ses cimenteries. Ce projet, qui devrait aboutir en avril 2026, s’inscrit dans une double logique de préservation des ressources naturelles et de gestion durable des déchets, tout en accompagnant la transition énergétique du secteur industriel national. L’initiative, dévoilée en marge du 15e Salon des énergies renouvelables, des énergies futures et du développement durable qui s’est clôturé mercredi au Centre des conventions d’Oran, repose sur l’utilisation du RDF, ou Refuse-Derived Fuel, également désigné sous l’appellation de CSR pour Combustible solide de récupération. Merzak Zeboudj, directeur du développement industriel du groupe GICA, a expliqué à l’agence APS que ce combustible alternatif est «issu du traitement et du tri des déchets ménagers, combinés à certains déchets industriels soigneusement analysés afin de répondre aux exigences techniques des installations de production de ciment». Cette précision souligne l’importance accordée à la compatibilité technique entre les matières valorisées et les processus industriels existants. Parmi les déchets industriels ciblés par ce projet figurent notamment les pneus usagés ainsi que les boues pétrolières, deux catégories de résidus particulièrement problématiques en termes de gestion environnementale. Le choix de ces matières n’est pas anodin. Les pneus usagés, qui représentent un défi majeur pour les filières de recyclage en raison de leur volume et de leur persistance dans l’environnement, possèdent un pouvoir calorifique élevé qui en fait des candidats idéaux pour une valorisation énergétique. Les boues pétrolières, sous-produit de l’industrie des hydrocarbures, constituent également une source d’énergie potentielle dont l’exploitation permettrait de réduire l’impact environnemental de leur stockage ou de leur élimination traditionnelle. Le projet se trouve actuellement en phase d’étude approfondie, menée avec le concours d’experts nationaux et internationaux, en collaboration étroite avec le Centre d’études et de services technologiques de l’industrie des matériaux de construction, le CETEM. Cette approche collaborative témoigne de la volonté du groupe GICA de s’appuyer sur les meilleures expertises disponibles pour garantir la viabilité technique et économique du projet. Selon Merzak Zeboudj, cette étude devrait être finalisée «d’ici avril 2026», une échéance qui permettra au groupe de disposer d’une feuille de route claire pour la mise en œuvre opérationnelle de cette innovation.
Le directeur du développement industriel a toutefois souligné qu’»il n’existe pas encore, à ce stade, de filière nationale structurée dédiée aux combustibles alternatifs en Algérie». Cette absence de cadre organisé constitue à la fois un défi et une opportunité. D’une part, elle implique que GICA devra potentiellement créer de toutes pièces les circuits d’approvisionnement et les protocoles de contrôle qualité nécessaires à l’utilisation sécurisée de ces combustibles. D’autre part, elle positionne le groupe comme pionnier dans un domaine appelé à se développer, avec la possibilité de définir les standards et les bonnes pratiques qui pourraient ensuite être adoptés par d’autres acteurs industriels. L’objectif principal de cette démarche, tel que formulé par Merzak Zeboudj, est double. Il s’agit d’abord de «contribuer à la préservation des ressources naturelles, notamment le gaz naturel, à travers la substitution partielle des combustibles fossiles par des déchets valorisables sur le plan énergétique». Cette substitution partielle revêt une importance stratégique pour l’Algérie, pays fortement dépendant de ses hydrocarbures et confronté à la nécessité de diversifier ses sources d’énergie tout en préservant ses réserves fossiles pour les générations futures et pour l’exportation. En réduisant sa consommation de gaz naturel, l’industrie cimentière nationale pourrait libérer des volumes significatifs pour d’autres usages ou pour les marchés internationaux.
Le second objectif vise à «offrir une solution durable à la gestion des déchets et à renforcer la transition énergétique de l’industrie cimentière nationale», a précisé le responsable de GICA. Cette dimension environnementale s’inscrit dans le cadre des engagements internationaux de l’Algérie en matière de développement durable et d’économie circulaire. En transformant des déchets problématiques en ressources énergétiques, le projet contribue à réduire la pression sur les sites d’enfouissement et les installations de traitement traditionnelles, tout en diminuant l’empreinte carbone globale du secteur cimentier.
Sabrina Aziouez

