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L’Algérie appelée à devenir une plateforme intercontinentale :Un hub à la croisée de l’Afrique et de l’Europe

L’Algérie ambitionne de devenir une plateforme d’interconnexion continentale majeure, en multipliant les projets d’infrastructures structurants et en se positionnant comme acteur clé de l’intégration économique africaine. Cette vision stratégique a été réaffirmée jeudi à Alger lors d’une conférence de haut niveau coorganisée par le Fonds monétaire international et la Banque d’Algérie, en présence de la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, reçue en audience par le président Abdelmadjid Tebboune.

Présidant l’ouverture de cette rencontre internationale intitulée « Afrique du Nord : relier les continents, créer des opportunités », le Premier ministre Sifi Ghrieb a détaillé l’ambitieuse feuille de route du pays. « L’ambition consistant à relier les continents s’inscrit dans le cadre de la stratégie de l’Algérie visant la diversification de l’économie et la concrétisation d’une ouverture économique étudiée et maîtrisée », a-t-il affirmé, soulignant l’engagement du pays à renforcer l’intégration régionale, améliorer le climat des affaires et faciliter les investissements générateurs de richesse et d’emplois.

Des projets d’envergure continentale

Au cœur de cette stratégie figurent des infrastructures titanesques destinées à transformer l’Algérie en véritable carrefour continental. Le Premier ministre a énuméré les chantiers en cours : la route transsaharienne, le développement du réseau ferroviaire avec la ligne minière Ouest inaugurée cette semaine par le président de la République, et la ligne minière Est qui sera achevée avant la fin 2026. Plus ambitieux encore, le projet de liaison ferroviaire Nord-Sud portera la longueur totale du réseau national de près de 6.000 kilomètres actuellement à près de 9.000 kilomètres.  Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a complété ce tableau lors d’une séance de débat en citant également « le gazoduc reliant l’Algérie et le Nigeria, les projets ferroviaires en cours de réalisation, ainsi que le lancement de nouvelles lignes aériennes reliant l’Algérie à plusieurs villes africaines ». Il a insisté sur le fait que l’Algérie « accorde une importance particulière au renforcement de l’intégration économique régionale » et figure parmi « les pays les plus actifs dans cette démarche à l’échelle continentale ». Ces efforts s’inscrivent dans un contexte où le commerce intra-africain demeure dramatiquement faible. Le ministre Oualid  a souligné que ces initiatives contribuent au renforcement du commerce intra-africain, qui demeure limité à 18% seulement du total des échanges commerciaux du continent, contre 59% en Asie et 67% en Europe, estimant que l’investissement dans les infrastructures, l’activation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et la facilitation des transactions bancaires entre pays constituent des étapes essentielles pour renforcer le commerce et ouvrir des marchés prometteurs en Afrique. « L’Afrique a besoin d’au moins 200 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures », a-t-il dit, faisant remarquer que « rares sont les pays qui investissent réellement dans ce secteur ». « L’Algérie, quant à elle, compte parmi les pays ayant réalisé des projets concrets en faveur de l’intégration économique », a-t-il rappelé, appelant les autres pays à adopter la même approche afin de renforcer la coopération, l’investissement et le commerce intra-africain.

Plus préoccupant encore, selon les chiffres évoqués par Kristalina Georgieva, le commerce entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne ne représente que 4% des exportations et à peine 1% des importations.

L’énergie comme levier stratégique

La dimension énergétique constitue un pilier central du positionnement algérien. Le gouverneur par intérim de la Banque d’Algérie, Mouatassem Boudiaf, a souligné que le pays, « de par sa position stratégique au cœur de l’Afrique du Nord, est capable de jouer un rôle moteur pour renforcer l’intégration régionale, non seulement dans le domaine de l’énergie, mais aussi dans le commerce transfrontalier et l’investissement ». Il a mis en avant « les potentialités énormes dont dispose le pays, notamment en tant que fournisseur principal d’énergie pour l’Europe ». La Directrice générale du FMI a d’ailleurs salué les initiatives algériennes dans ce domaine, relevant que le pays « a réussi à faire progresser les projets hybrides solaires-gaz au Sahara, développer les interconnexions électriques avec l’Europe, et investir dans l’hydrogène vert destiné à l’exportation ». Elle a estimé que l’Afrique du Nord, « riche en ressources pétrolières, gazières et en potentiel solaire et éolien, peut alimenter les industries nationales et internationales, et soutenir la transition énergétique de l’Europe, tout en contribuant à réduire le déficit d’électricité en Afrique ». Mouatassem Boudiaf a même évoqué le potentiel de la région à devenir « un centre des énergies renouvelables, de raccordement électrique transfrontalier et d’exportation d’hydrogène vert, ce qui permettra un plus large accès à l’électricité en Afrique subsaharienne ».

Le capital humain et l’innovation au centre

Au-delà des infrastructures matérielles, le Premier ministre a insisté sur la dimension humaine de cette stratégie. « L’interconnexion entre les continents nécessite, outre les infrastructures matérielles, l’intégration des systèmes économiques et la valorisation des ressources humaines », a-t-il déclaré, précisant que « la jeunesse constitue pour l’Algérie un véritable moteur de développement ». Cette vision se traduit par des investissements massifs dans l’éducation et la formation professionnelle, permettant à l’Algérie « d’occuper une place de premier plan dans l’Indice de développement humain au niveau continental », selon Sifi Ghrieb. Le pays s’est également employé à créer une plateforme continentale de dialogue entre les écosystèmes de l’innovation à travers l’organisation annuelle de la Conférence africaine des start-up. Le Premier ministre a également évoqué le déploiement accéléré des réseaux de fibre optique et le renforcement des capacités spatiales. « La disponibilité d’une énergie durable et fiable permettra à l’Algérie d’accueillir des infrastructures dédiées au stockage et au traitement des données, jetant ainsi les bases de la construction d’un écosystème continental dans lequel les industries stratégiques alimentent l’économie de la connaissance », a-t-il affirmé.

Une reconnaissance internationale

Les efforts algériens ont été salués par la plus haute responsable du FMI.  Kristalina Georgieva a replacé ces enjeux dans un contexte mondial marqué par « l’intensification des tensions géopolitiques » et « une pleine restructuration des flux commerciaux et financiers ». Face à cette « incertitude accrue », elle a estimé que « la coopération régionale et les échanges sont plus que jamais nécessaires », mettant en avant « la position géographique stratégique de l’Afrique du Nord, constituant un pont naturel entre l’Europe et le reste du continent ». Malgré ces perspectives encourageantes, d’importants obstacles subsistent. Le ministre Oualid a rappelé que « l’Afrique a besoin d’au moins 200 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures », faisant remarquer que « rares sont les pays qui investissent réellement dans ce secteur ». Il a appelé les autres pays à adopter la même approche que l’Algérie afin de renforcer la coopération, l’investissement et le commerce intra-africain. La Directrice générale du FMI a recommandé plusieurs pistes d’action : la réduction des barrières commerciales, le renforcement des échanges intra-africains, la mise en œuvre de réformes pour améliorer l’environnement des affaires, la gouvernance et la logistique commerciale efficace. Elle a particulièrement insisté sur « la modernisation des ports, des systèmes douaniers et le développement de corridors transfrontaliers, comme les autoroutes », assurant que « ces projets peuvent considérablement améliorer la connectivité et la compétitivité ». Le ministre Oualid a également souligné l’importance de « l’activation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et la facilitation des transactions bancaires entre pays » comme « étapes essentielles pour renforcer le commerce et ouvrir des marchés prometteurs en Afrique ». Kristalina Georgieva a qualifié cette ZLECAf de « moteur d’intégration » et « d’atout majeur pour le continent, tant pour ses populations que pour ses relations économiques avec l’Europe ». Le Premier ministre a conclu en définissant cette conférence comme « une plateforme de dialogue sincère, de planification stratégique, d’échange d’expertises et de réflexion commune sur les voies de renforcement des réformes pour bâtir un espace commun mieux intégré apte à relever les défis ». Il a salué « la qualité de la relation entre le FMI et la Banque d’Algérie, qui œuvrent au renforcement de la stabilité macro-économique et financière, à l’impulsion du développement et à la consolidation de la coopération internationale ». Cette rencontre, qui a réuni experts et décideurs internationaux pour une journée de débats, traduit ainsi la volonté algérienne de transformer sa position géographique en avantage économique stratégique, en se positionnant comme une interface incontournable entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne.

Amar Malki

Reçu en audience par le président de la République

La Directrice générale du FMI salue les grands progrès réalisés par l’Algérie en matière de stabilité économique

La Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Mme Kristalina Georgieva, a salué, jeudi, les grands progrès réalisés par l’Algérie en matière de stabilité macroéconomique et de développement, ainsi que la baisse du taux d’inflation, qui a un impact positif sur l’économie. Dans une déclaration à la presse au sortir de l’audience que lui a accordée le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, Mme Georgieva a précisé avoir eu un « échange approfondi et riche » avec le président de la République, remerciant l’Algérie d’accueillir une conférence « aussi importante » sur « l’interconnexion de l’Europe et de l’Afrique via l’Afrique du Nord ». A cette occasion, elle a affiché « le soutien total du FMI aux efforts continus de l’Algérie pour la diversification de son économie », à travers « la création d’emplois pour les jeunes, le soutien à l’entrepreneuriat et aux start-up et l’investissement dans le capital humain, qui représente l’avenir du pays ». Mme Georgieva a, par ailleurs, exprimé son « admiration pour la beauté et le dynamisme de l’Algérie », où, a-t-elle dit, elle se rend pour la première fois.

APS

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