Détournement de fonds et corruption: Un ancien directeur de l’ANSEJ rattrapé par la justice
Un ancien directeur de l’Agence nationale de soutien à l’Emploi des jeunes (ANSEJ) et 57 autres accusés comparaîtront le 17 février en cours, devant le tribunal correctionnel de Hussein Dey (Alger), nous confie une source judiciaire. Les prévenus font face à des charges graves liées à la falsification de documents commerciaux, à la rédaction intentionnelle de certificats établissant des faits incorrects, à la participation au détournement de fonds publics, l’octroi et au bénéfices d’indus avantages pour le compte d’une entité privée, au trafic d’influence, faux et usage de faux, et la participation au détournement de deniers publics, a détaillé notre source. Selon nos sources, la genèse de cette affaire a été dévoilée lorsque des informations ont été reçues par la brigade de recherche de la Gendarmerie nationale d’ Alger, selon lesquelles le nommé « T », qui occupait au moment des faits, le poste de directeur des dossiers jeunes à l’Agence ANSEJ, s’adonnait à des pratiques illégales consistant à l’obtention d’indus avantages, lors de l’étude des dossiers des jeunes souhaitant obtenir le soutien de l’État pour financer leurs divers projets. Le premier mis en cause, selon les précisions apportées par notre source, recevait une commission de 5 % sur chaque facture qu’il rédigeait au profit des entreprises qui traitaient avec l’agence, en complicité avec les gestionnaires de ces entreprises. En contrepartie, cet ancien directeur obtenait, par le biais d’extorsion de fonds de la part des jeunes désireux bénéficier de l’aide de l’Etat, des montants allant de 15 à 30 millions de centimes par dossier, en prenant en charge la facilitation des procédures et l’acceptation du dossier. Suite à quoi, et sur la base d’un rapport d’informations remis au procureur de la République près le tribunal de l’Hussein Dey, le magistrat a ordonné de poursuivre les enquêtes. Celles-ci ciblé les entreprises et fournisseurs traitant avec le suspect, à savoir la Sarl ‘’Nourdja’’ située à Bourouba, la Sarl ‘’Lyes Daw’’ située au Gué de Constantine, la Sarl Bodj à l’Hussein Dey, et la Sarl ‘’ Aissiou’’ située à Baraki. L’enquête menée par la brigade de recherches de la gendarmerie nationale a également inclus, ajoute-on, une opération de financement fictif, réalisée par des fournisseurs en complicité avec certains investisseurs. Les investigations ont révélé que les quatre entreprises avaient permis le financement 118 projets, dont un projet au niveau de l’antenne de Hussein Dey, deux projets à l’antenne de Sidi M’Hamed, trois projets à l’antenne de Zeralda, quatre projets à l’antenne de Bir Mourad Raïs, cinq projets à l’antenne d’ El Harrach, six projets à l’antenne de Baraki. En plus de sept autres projets à l’antenne de Bab El Oued, huit autres à l’antenne de Bouzaréah, neuf à l’antenne de Sidi M’Hamed, dix projets à l’antenne de El Madania, onzeà l’antenne de Roubia et douze à l’antenne de El Harrach, alors que treize projets ont été enregistrés à l’antenne de Bir Mourad Raïs, ainsi que quatorze l’antenne de Birtouta. Cependant, et selon nos sources, ces entreprises n’avaient réalisé ni matérialisé aucun projet dans la réalité. Les enquêtes ont également révélé que les entreprises accusées dans ce scandale, escroquaient leurs clients, principalement les jeunes ayant bénéficié d’équipements dans le cadre des prêts accordés par l’ANSEJ. Selon les révélations de l’enquête, les fournisseurs accusés utilisaient des jeunes pour u’ils puissent bénéficier de l’équipement pour leur entreprise, ils recevaient une facture fictive, qu’ils présentaient ensuite à l’ANSEJ pour obtenir un premier chèque bancaire représentant 30 % du montant total de la facture fictive. Les jeunes remettaient ce chèque bancaire à l’entreprise responsable de fournir l’équipement concerné. Ensuite, le jeune recevait un second chèque du montant restant, estimé à 70 % de la somme totale de la facture, afin de réceptionner l’équipement. Or, au final, les jeunes ne recevaient jamais les équipements, a expliqué notre source. Les enquêtes ont également révélé la complicité de certains jeunes porteurs de projets ayant bénéficié des prêts de l’ANSEJ. Selon nos sources, ils avaient conclu un accord avec des fournisseurs pour escroquer le Trésor public, en leur proposant de recevoir 85 % du montant du chèque en tant que prête-nom, tandis que le fournisseur bénéficiait de 15 %. Les mêmes sources ont fait savoir que le rapport d’ enquête à débouché sur la découverte du détournement de milliards de dinars à travers ces opérations frauduleuses menées de manière systématique par des responsables et des anciens employés de l’agence, en complicité avec des personnes extérieures.
Sofia Chahine