L’Algérie appelle à maintenir le cessez-le-feu à Ghaza et s’inquiète de l’escalade en Cisjordanie
Dans un contexte de tensions croissantes au Proche-Orient, l’Algérie a réaffirmé sa position en faveur de la cause palestinienne lors d’une session du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU, Amar Bendjama, a prononcé hier soir un discours qui met en lumière les préoccupations du pays face à la détérioration de la situation dans les territoires palestiniens occupés. S’exprimant lors d’une séance d’information sur la situation en Palestine, l’ambassadeur Bendjama a souligné que « la situation dans les territoires palestiniens occupés reste une source de grande préoccupation malgré la baisse du niveau de violence à Ghaza. » Le diplomate algérien a insisté sur la nécessité de maintenir le cessez-le-feu, affirmant qu' »il doit être maintenu conformément à la résolution 2735 qui souligne que le cessez-le-feu doit se poursuivre pendant que les négociations continuent. » Il a également été catégorique sur le fait que « le retour aux hostilités est inacceptable et le cessez-le-feu doit également s’étendre à la Cisjordanie. »
Face aux destructions massives causées par les bombardements israéliens, Bendjama a plaidé pour « un plan global pour la reconstruction de Ghaza afin d’assurer que le peuple palestinien puisse rester sur la terre de ses ancêtres. » Il a dénoncé les méthodes employées par les forces d’occupation en déclarant que « l’occupation a pratiqué une politique de terre brûlée à Ghaza et a maintenant transféré son agression vers la Cisjordanie. » L’ambassadeur a également mis en garde contre l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne, qu’il considère comme « une voie dangereuse qui menace le projet national palestinien lui-même. » Dans ce contexte, il a condamné « la récente décision ‘israélienne’ de confisquer 90 millions de dollars des recettes fiscales palestiniennes. » Particulièrement préoccupé par le sort des enfants palestiniens, le représentant algérien a souligné que « l’occupation ‘israélienne’ a tué près de 18 000 enfants à Ghaza, ce qui nécessite une enquête indépendante. »
Une situation humanitaire désastreuse sur le terrain
Les préoccupations exprimées par l’Algérie trouvent un écho dans la gravité de la situation sur le terrain. En Cisjordanie occupée, l’armée d’occupation poursuit une opération meurtrière dans le camp de Tulkarem, dans le nord de la région, et ce depuis 30 jours consécutifs. Selon Faisal Salama, vice-gouverneur de Tulkarem, cette opération a provoqué le déplacement forcé de 12 000 Palestiniens sur les 16 000 résidents du camp. « Les autorités (d’occupation israélienne) occupent toujours le camp de Tulkarem et l’assiègent pour le 30ème jour consécutif et déplacent ses résidents sous la menace des armes, » a-t-il déclaré dans un communiqué de presse. Les destructions sont considérables. Toujours selon Salama, les forces d’occupation ont détruit complètement pas moins de 40 bâtiments résidentiels, totalisant 100 appartements, depuis le début de l’invasion. Elles ont également pavé une route qui a pénétré en profondeur dans quatre quartiers du camp, « ce qui a conduit à la démolition de 26 bâtiments, les enterrant complètement et causant de graves dommages à tous les bâtiments et installations environnants. » Par ailleurs, au moins 10 maisons ont été incendiées et environ 300 magasins ont été détruits à l’intérieur du camp. L’escalade de la violence en Cisjordanie suscite l’inquiétude de la communauté internationale. L’Union européenne a exprimé sa « profonde inquiétude » face à la situation. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a déclaré lors d’une conférence de presse : « Nous suivons de près l’évolution de la situation et ne pouvons cacher notre inquiétude concernant la Cisjordanie. » L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est également alarmée de l’impact de cette escalade sur le secteur de la santé. Rik Peeperkorn, représentant de l’OMS en Palestine, a déclaré : « Nous sommes profondément préoccupés par la situation en Cisjordanie et son impact sur la santé. » Selon l’OMS, 44 attaques affectant la fourniture de soins en Cisjordanie ont été recensées cette année, et quatre établissements de santé ont été touchés. Quatre patients sont décédés alors qu’ils attendaient une ambulance et huit agents de santé ont été blessés alors qu’ils tentaient d’atteindre des patients. Dans la bande de Ghaza, malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 19 janvier, la situation humanitaire reste critique. Six nourrissons palestiniens sont décédés à cause du froid glacial dans l’enclave, selon la Défense civile palestinienne. « En raison d’une vague de froid intense et du manque de chauffage, nous avons enregistré la mort de six nouveau-nés au cours de la semaine écoulée jusqu’à aujourd’hui, » a déclaré le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal.
Violations des droits humains et appels à la protection
Les violations des droits humains se multiplient également dans les geôles sionistes. Le Club des Prisonniers palestiniens a renouvelé sa demande auprès du système juridique international de prendre des « mesures efficaces » pour protéger les prisonniers palestiniens contre les crimes systématiques dans les prisons israéliennes. L’organisation a souligné que les actes de répression contre les prisonniers palestiniens avaient considérablement augmenté récemment dans la prison d’Ofer. Par ailleurs, la Ligue française des droits de l’homme (LDH) a exigé la libération « immédiate » du directeur de l’hôpital Kamal Adwan à Gaza, Hussam Abu Safiya, dénonçant son « emprisonnement et torture » par les forces d’occupation israéliennes. Selon Samir Al Manaama, l’un des avocats de l’ONG Mizan qui a pu rencontrer le médecin, « le docteur Hussam avait été torturé, maltraité et forcé à se déshabiller. Il a été mis à l’isolement pendant 25 jours et on l’a frappé à coup de bâtons et de matraque électrique. »
La situation dans les lieux saints reste également tendue. Des dizaines de colons israéliens ont pris d’assaut mardi l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa, dans la ville occupée d’El-Qods. Selon l’agence de presse palestinienne Wafa, les colons se sont introduits par groupes successifs dans l’enceinte de la mosquée, ont mené des marches provocatrices dans ses cours et effectué des rituels talmudiques. Face à cette situation complexe et dramatique, l’appel de l’Algérie pour un cessez-le-feu durable et une protection accrue des Palestiniens résonne comme une voix nécessaire au sein de la communauté internationale, rappelant l’urgence d’une solution juste et durable à ce conflit qui perdure depuis des décennies.
Lyes Saïdi