Patrimoine : La fantasia fait vibrer Bordj Benazzouz
Dans l’écrin verdoyant de l’oasis de Bordj Benazzouz, à une quarantaine de kilomètres de Biskra, la tradition équestre algérienne a retrouvé ses lettres de noblesse. Mardi soir, la place publique de cette commune des Ziban a vibré au rythme des sabots et des détonations de baroud lors de la 4ème édition du festival de fantasia et de baroud, un événement qui coïncidait cette année avec les célébrations de l’Aïd El Fitr. Sous un ciel étoilé, quarante cavaliers venus de plusieurs wilayas ont offert un véritable spectacle vivant, alliant adresse, maîtrise équestre et préservation d’un patrimoine ancestral. Les spectateurs, massés en nombre autour de l’aire de démonstration, ont pu admirer ces hommes en costumes traditionnels, juchés sur des montures superbement harnachées, exécutant avec brio des figures acrobatiques individuelles ou collectives. Ce ballet équestre, mêlant vitesse, précision et coordination, a particulièrement impressionné l’assistance lorsque les cavaliers ont manié avec dextérité épées et fusils à baroud en plein galop. Mokhtar Amari, représentant de l’association « Fantasia et revitalisation du patrimoine », organisatrice de l’événement, n’a pas caché sa satisfaction devant la qualité du spectacle offert : « l’originalité et l’authenticité du cavalier traditionnel algérien dont la prestation était digne du patrimoine de notre pays, riche et si diversifié », a-t-il souligné avec fierté.
Au-delà de la fantasia classique, le festival a également mis à l’honneur d’autres expressions artistiques équestres comme la « Rahaba » et la « Tbourida ». Cette dernière, particulièrement spectaculaire, a vu les cavaliers, parés de tenues puisant leur inspiration dans les profondeurs du patrimoine algérien, simuler des scènes de combat en tirant des salves de baroud depuis leurs montures lancées à pleine vitesse. L’harmonie entre les chevaux et leurs cavaliers a captivé le public, visiblement émerveillé par la capacité des participants à maintenir une trajectoire parfaite à haute vélocité tout en déchargeant leurs armes traditionnelles. Un exercice de haute voltige qui témoigne d’un savoir-faire transmis de génération en génération. La dimension nationale de l’événement s’est confirmée avec la participation de cavaliers venus des quatre coins de l’Est algérien : Batna, Khenchela, Sétif, Ouled Djellal, El Meghaïer et Barika. Cette diversité géographique a permis aux spectateurs d’apprécier les nuances régionales d’une pratique qui, tout en conservant ses fondamentaux, s’enrichit des particularités de chaque terroir. Cette manifestation s’inscrit dans une démarche de préservation et de valorisation d’un patrimoine immatériel menacé par la modernité. En mobilisant les générations autour de ces pratiques ancestrales, les organisateurs contribuent à maintenir vivace un pan essentiel de l’identité culturelle nationale. Ce festival, devenu un rendez-vous incontournable du calendrier culturel de la région, a transformé pendant quelques heures cette paisible oasis en un théâtre à ciel ouvert où l’histoire, la tradition et le spectacle se sont harmonieusement entremêlés, offrant aux habitants et aux visiteurs un moment de communion autour de valeurs partagées.
M.S.