Gaz naturel : L’Algérie en pilier stratégique de l’échiquier énergétique
À l’heure où les marchés énergétiques mondiaux se recomposent sous l’effet des tensions géopolitiques, de la transition énergétique et du retour des politiques industrielles, l’Algérie confirme sa place de pilier stratégique à la fois sur l’échiquier régional et dans l’approvisionnement mondial en hydrocarbures.
Selon le rapport « The State of African Energy 2026 Outlook Report », publié par l’African Energy Chamber en collaboration avec S&P Global Commodities Insight, l’Algérie demeure, avec le Nigeria, l’un des deux premiers producteurs africains d’hydrocarbures et un acteur central du corridor énergétique euro-méditerranéen, dans un contexte où le gaz naturel s’impose comme une énergie de transition incontournable. Le rapport souligne que la production africaine devrait se stabiliser autour de 11,4 millions de barils équivalent pétrole par jour en 2026, l’Afrique du Nord représentant près de 60 % de ce volume. Dans cet ensemble, l’Algérie se distingue par une production d’environ 3,2 à 3,3 MMboe/j, reposant quasi exclusivement sur des gisements onshore matures mais toujours compétitifs. Sonatrach, qui assure plus de 75 % de la production nationale de liquides et plus de 80 % de celle de gaz, reste l’un des opérateurs les plus importants du continent en termes de volumes et de réserves récupérables, l’Algérie figurant au troisième rang africain pour le gaz encore exploitable. Dans un marché mondial du gaz en profonde mutation, l’Algérie bénéficie d’un positionnement géographique et infrastructurel singulier. Le rapport rappelle que l’Afrique fournit déjà 8,5 % du GNL mondial et que la demande européenne pour des approvisionnements proches et fiables renforce le rôle des producteurs nord-africains. Pour Alger, cette dynamique s’appuie sur un double levier : des exportations par gazoducs vers l’Europe et une capacité à maintenir un socle de production stable à moyen terme, estimé autour de 10 milliards de pieds cubes par jour à l’horizon 2026. Les projets de développement gazier, comme Tin Fouye Tabankort Sud ou In Amenas II, s’inscrivent dans cette logique de consolidation plutôt que de rupture.
Mais « The State of African Energy 2026 Outlook Report » insiste également sur les limites structurelles du modèle actuel. À l’image d’autres producteurs africains matures, l’Algérie fait face au vieillissement de ses champs, à des coûts de maintien de la production croissants et à une concurrence accrue pour les capitaux internationaux. Si l’Afrique captera environ 41 milliards de dollars d’investissements upstream en 2026, la capacité du pays à attirer une part significative de ces flux dépendra de l’attractivité fiscale, de la simplification réglementaire et de la clarté des perspectives de monétisation, notamment pour le gaz.
Au-delà des exportations, le rapport met en avant une opportunité stratégique majeure pour l’Algérie : l’industrialisation locale du gaz. La valorisation domestique, via la production d’électricité, la pétrochimie ou les engrais, est présentée comme un levier essentiel pour soutenir la diversification économique et renforcer la sécurité énergétique nationale. Dans un continent où la consommation énergétique par habitant demeure très inférieure à la moyenne mondiale, l’Algérie dispose d’un avantage comparatif rare pour devenir un pôle régional de transformation et d’intégration énergétique.
Enfin, la transition énergétique ne marginalise pas le rôle algérien, mais le redéfinit. Le rapport souligne que l’Afrique ne représente que 5 % des émissions mondiales liées à l’énergie, tout en concentrant 19 % de la population mondiale. Dans ce cadre, la réduction du torchage, la capture du carbone et le développement de projets bas carbone offrent à l’Algérie une marge de manœuvre stratégique pour sécuriser ses exportations face aux nouvelles réglementations européennes, tout en préparant l’après-hydrocarbures. Ainsi, à la lecture de « The State of African Energy 2026 Outlook Report », l’Algérie apparaît comme une puissance énergétique en phase de transition : appelée à arbitrer entre rente d’exportation, industrialisation interne et adaptation progressive à un nouvel ordre énergétique mondial.
Samira Ghrib

