La transformation économique s’accélère
Le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé mercredi une réunion gouvernementale décisive qui dessine les contours de la renaissance économique algérienne. Au menu : le plan stratégique des hydrocarbures 2026-2030, le financement de la liaison ferroviaire Laghouat-Ghardaïa-El Menia, et l’avancement de l’ambitieux programme d’importation de 10.000 bus destinés à moderniser le transport public. Ces dossiers témoignent d’une volonté claire de diversification économique, de valorisation des ressources énergétiques et minières, et d’intégration territoriale du Nord au Sud.
Selon le communiqué des Services du Premier ministre, la réunion a porté sur plusieurs axes majeurs qui s’inscrivent dans le cadre du projet global de renaissance économique nationale. « Le Gouvernement a entendu une communication sur le plan de développement des hydrocarbures 2026-2030, lequel constitue un cadre stratégique majeur pour l’évolution du secteur des hydrocarbures et le soutien durable de l’économie nationale, » indique le document officiel. Cette feuille de route quinquennale ambitionne de transformer radicalement le secteur énergétique algérien. Bien au-delà de la simple extraction pétrolière et gazière, le plan vise à développer l’ensemble de la chaîne de valeur industrielle. Le communiqué précise que ce plan « traduit les orientations des plus hautes autorités du pays, notamment en matière de développement des filiales de raffinage, de pétrochimie, de fertilisants et de dessalement de l’eau de mer. »
Une stratégie énergétique intégrée pour la souveraineté industrielle
L’enjeu dépasse largement la question des revenus d’exportation. Il s’agit de bâtir une véritable souveraineté industrielle en aval du secteur des hydrocarbures. Le développement des capacités de raffinage permettra de réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés, tandis que l’expansion de la pétrochimie et la production de fertilisants créeront des emplois qualifiés et soutiendront l’agriculture nationale. Le dessalement de l’eau de mer, mentionné dans le plan, répond quant à lui au défi crucial de la sécurité hydrique dans les régions côtières et sahariennes. Le communiqué souligne également « les actions engagées pour améliorer la valorisation des hydrocarbures, renforcer la sécurité énergétique nationale et consolider les capacités industrielles du pays. » Cette triple ambition — valorisation, sécurité, capacités — constitue le socle d’une économie moins dépendante des fluctuations des cours mondiaux du pétrole et du gaz, tout en maximisant les retombées locales de l’exploitation des ressources naturelles.
Le rail, colonne vertébrale de l’intégration territoriale
Le deuxième grand dossier examiné concerne le financement par la Banque africaine de développement du projet de ligne ferroviaire Laghouat-Ghardaïa-El Menia. Ce tronçon de 495 kilomètres s’inscrit dans le projet pharaonique de la pénétrante centrale du réseau ferroviaire national, une infrastructure de 2.039 kilomètres qui reliera à terme Alger à Tamanrasset. Selon le communiqué, « ce projet d’intérêt national s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du plan de modernisation par l’interconnexion et la création du réseau ferroviaire en adéquation avec les mégaprojets à haut rendement économique. L’enjeu stratégique est considérable. Cette artère ferroviaire bouleversera les équilibres économiques et démographiques entre le Nord et le Sud. Elle permettra de valoriser les immenses potentialités agricoles, touristiques et minières des régions sahariennes, aujourd’hui largement sous-exploitées faute d’infrastructures adaptées. Les wilayas de Laghouat, Ghardaïa et El Menia, dont les études ont été déclarées d’utilité publique en août 2025, verront leurs ressources enfin connectées aux circuits économiques nationaux et régionaux.
Le projet prévoit des vitesses pouvant atteindre 220 kilomètres par heure, plaçant l’Algérie à la pointe de la technologie ferroviaire africaine. Cette infrastructure s’inscrit dans la continuité du tronçon Boughezoul-Laghouat de 250 kilomètres, mis en service en octobre 2023, qui a déjà démontré l’impact transformateur du rail dans les zones sahariennes. À terme, la pénétrante centrale positionnera l’Algérie comme un acteur majeur des échanges avec l’Afrique subsaharienne, ouvrant de nouvelles perspectives commerciales et géopolitiques.
Une réunion de coordination présidée mardi par le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a d’ailleurs été consacrée au suivi des procédures administratives relatives au lancement de ce projet stratégique. L’engagement des institutions financières internationales, notamment la Banque africaine de développement, témoigne de la crédibilité et de la viabilité économique de ce méga-projet. Ces démarches témoignent aussi de la volonté des autorités d’accélérer le maillage ferroviaire des zones du Grand Sud, alors que la ligne reliant Béchar à Tindouf et Gara Djebilet a été inaugurée dimanche par le président de la République.
Transport public : un renouveau attendu par les citoyens
Le gouvernement s’est également enquis de l’état d’avancement de l’opération d’importation et de distribution de 10.000 nouveaux bus destinés au renouvellement du parc national de transport public. Cette initiative répond à une demande sociale pressante et s’inscrit dans le programme du président de la République visant à améliorer la qualité des services de transport et à renforcer la sécurité des usagers.
L’opération de réception a débuté dimanche dernier avec l’arrivée de 335 bus au port d’Alger, réceptionnés par l’Établissement de développement de l’industrie de véhicules. Mardi soir, une cargaison de 380 bus a été réceptionnée au port de Djen Djen à Jijel, et 210 bus supplémentaires sont attendus le 6 février. Ces cargaisons en provenance de Chine et d’Allemagne se succéderont progressivement dans les prochains jours.
Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a présidé mardi une réunion de coordination dédiée à ce dossier. Le renouvellement du parc de transport public constitue un investissement majeur dans la mobilité urbaine et interurbaine, avec des retombées directes sur le quotidien de millions de citoyens. L’amélioration de la qualité et de la sécurité des transports publics participe également à la transition vers une mobilité plus durable et mieux organisée.
Aliment de bétail : innovation made-in-DZ
La réunion a également permis d’examiner d’autres dossiers illustrant la diversité des chantiers en cours. Le gouvernement a entendu une présentation sur le nouveau aliment destiné aux ovins, baptisé « Sheep Date », un produit innovant breveté développé par le Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides de Biskra. Issu de la valorisation optimale des rebuts de dattes, cet aliment d’engraissement devrait contribuer à offrir des alternatives aux importations de maïs fourrager, réduisant ainsi la dépendance alimentaire du pays.Le gouvernement a également entendu une communication sur le lancement des projets de réalisation des stations de déminéralisation à Tamanrasset et Tindouf, décidés par le président de la République. Ces infrastructures répondent au défi du stress hydrique dans les localités du Sud, garantissant l’approvisionnement en eau potable des populations sahariennes. Cette préoccupation pour la sécurité hydrique est d’ailleurs présente dans le plan hydrocarbures avec le volet dessalement de l’eau de mer.
Assainir les opérations budgétaires
Enfin, le gouvernement a examiné la nomenclature des projets d’équipement inscrits dans le budget de l’État, en vue d’assainir les opérations devenues sans objet. Cette démarche d’optimisation budgétaire vise à orienter les efforts de l’État vers l’achèvement des programmes en cours présentant un intérêt économique et social avéré, reflétant une gestion rigoureuse des finances publiques dans un contexte où chaque dinar investi doit générer un impact mesurable.
Cette réunion gouvernementale illustre la cohérence d’une vision stratégique globale : valoriser les ressources énergétiques et minières, connecter les territoires par des infrastructures modernes, améliorer les services publics essentiels, et soutenir l’innovation scientifique au service de la souveraineté alimentaire. Chaque dossier examiné s’inscrit dans le cadre du projet de renaissance économique nationale, fondé sur la diversification, l’intégration territoriale et le développement des capacités industrielles. L’Algérie affirme ainsi son ambition de bâtir une économie résiliente, ancrée dans ses atouts géographiques et ses ressources naturelles, tout en se projetant résolument vers l’avenir.
Hocine Fadheli

