Tikoubaouine à l’Opéra d’Alger : Le blues du désert séduit le public
Trois ans d’absence ont rendu les retrouvailles d’autant plus intenses. Samedi soir à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh, le groupe Tikoubaouine a renoué avec son public algérois lors d’un concert qui a drainé une salle comble, venue célébrer les sonorités envoûtantes du Grand Sud. En présence de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, cette soirée a illustré la capacité du blues désert à transcender les frontières géographiques et générationnelles, portant sur scène l’âme nomade des Touaregs et la richesse du patrimoine musical saharien. Formé en 2013, Tikoubaouine s’est imposé comme l’un des ambassadeurs les plus talentueux de l’Assouf, ce blues targui dont le nom même signifie nostalgie. Sous la houlette de Saïd Benkhira, guitariste, chanteur, auteur et compositeur, le groupe cultive un style où la guitare électrique dialogue avec les rythmes ancestraux du Sahara. Durant deux heures, les musiciens ont déployé un répertoire aux sonorités et rythmes sahariens qui ont subjugué l’assistance, alternant morceaux contemplatifs et envolées plus énergiques. Cette musique, ancrée dans la tradition touarègue, s’affranchit pourtant aisément des conventions du genre en intégrant des touches locales et des sonorités occidentales, créant ainsi une fusion originale qui fait la signature de Tikoubaouine. La soirée a également été marquée par la présence sur scène de jeunes artistes révélés par l’émission télévisée « Alhane Wa Chabab », dédiée à la découverte de talents émergents. Nour El Houda Ghanoumate et Aimad Gnawa, entre autres, ont rejoint Tikoubaouine pour interpréter plusieurs chansons du groupe, illustrant la transmission intergénérationnelle qui anime la scène musicale algérienne. Le groupe algérois El-Dey a également partagé la scène pour une reprise commune de « Riwaya », renforçant cette dimension collaborative et festive du concert. Le moment le plus émouvant de la soirée est sans doute venu avec l’interprétation collective de « Ligh Ezzamen », le titre phare qui a propulsé Tikoubaouine sur le devant de la scène. Extrait du premier album « Dirhane » paru en 2016, ce morceau a obtenu un écho significatif tant auprès du public algérien qu’à l’étranger, devenant l’hymne officieux d’une génération en quête de racines et d’authenticité. Brillamment rendue en formation complète, la chanson a provoqué l’enthousiasme d’un public debout qui a repris en chœur les paroles en tamacheq, créant une communion rare entre la scène et la salle.Rencontré à l’issue du spectacle, Saïd Benkhira n’a pas caché son émotion de retrouver l’Opéra d’Alger après trois années d’absence. « L’Opéra est une scène unique qui nous procure énergie et enthousiasme pour assurer des spectacles de longue durée », a-t-il confié, soulignant l’importance symbolique de cette salle prestigieuse pour les artistes algériens. Avec trois albums à son actif, Tikoubaouine poursuit une trajectoire ascendante qui le place parmi les formations les plus prometteuses de la scène musicale nationale, portant haut les couleurs du patrimoine targui tout en l’inscrivant dans une modernité assumée.
Ce concert s’inscrit dans un contexte de valorisation croissante des expressions culturelles du Sud algérien, longtemps restées en marge des circuits de diffusion dominants. Le blues désert, porté par des groupes comme Tikoubaouine, Imarhan ou Tamikrest, bénéficie désormais d’une reconnaissance institutionnelle et populaire qui lui permet de toucher des publics élargis, bien au-delà des frontières nationales.
Mohand S.

