Vers une stratégie nationale du soft power : Ériger une diplomatie culturelle offensive
Une conférence nationale co-présidée samedi par les ministres de la Communication et de la Culture a réuni institutions, experts et créateurs de contenu pour poser les jalons d’une diplomatie culturelle offensive. L’objectif : ériger le patrimoine, les arts et les symboles algériens en leviers d’influence sur la scène mondiale.
L’Algérie entend désormais jouer la carte du soft power. Samedi dernier au Palais de la culture Moufdi-Zakaria d’Alger, ministres, hauts responsables, entrepreneurs, artistes et influenceurs ont débattu des moyens de mobiliser les ressources culturelles, sportives et médiatiques du pays pour en faire des outils stratégiques de rayonnement international. Cette rencontre, intitulée « Le soft power algérien : vers l’élaboration d’une stratégie nationale d’influence », a été co-présidée par Zoheir Bouamama, ministre de la Communication, et Malika Bendouda, ministre de la Culture et des Arts. Elle marque une volonté politique assumée de coordonner l’ensemble des acteurs institutionnels et de la société civile autour d’un narratif national commun.Dans son allocution, Malika Bendouda a précisé que cette initiative s’inscrit dans le cadre des « efforts et démarches visant à conforter la place culturelle de l’Algérie dans le monde, à valoriser ses symboles nationaux et à ancrer le rôle du soft power en tant qu’outil stratégique de la diplomatie culturelle et de soutien au processus de développement ». La ministre de la Culture a insisté sur la nécessité de « coordonner les efforts et les initiatives afin d’asseoir une stratégie nationale, avec la participation de plusieurs secteurs ministériels, d’acteurs économiques, d’artistes et de sportifs, la promotion de l’image de l’Algérie étant l’affaire de tous ». Malika Bendouda a par ailleurs souligné la dimension symbolique de la date choisie pour cette rencontre, qui « coïncide avec la commémoration de la deuxième allégeance à l’Émir Abdelkader, qui représente un modèle de l’Algérien dont nous sommes fiers et que nous souhaitons présenter au monde, en tant qu’intellectuel, homme politique, diplomate et chef militaire aguerri, ayant enrichi la scène mondiale par ses nobles positions inspirées des valeurs algériennes ».
De son côté, Zoheir Bouamama a rappelé que l’Algérie « dispose de tous les éléments et atouts lui permettant de s’appuyer sur le soft power dans un cadre visant à présenter notre pays à travers son histoire, son grand héritage, sa culture, ses arts et son sport ». Le ministre a appelé à « la coordination et à la mobilisation de toutes les parties prenantes, comme les médias, la société civile, les intellectuels, les influenceurs et les créateurs de contenu, afin de donner la meilleure image de l’Algérie ». Cette orientation s’inscrit, selon lui, « dans le prolongement d’une volonté politique forte et claire exprimée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour que tout un chacun œuvre à l’amélioration de l’image de l’Algérie auprès des autres pays ». Le ministre de la Communication a par ailleurs souligné la concomitance entre cette ambition culturelle et les réalisations économiques du pays, citant notamment « la grande réalisation économique que constitue la ligne minière Ouest Gara Djebilet-Tindouf-Béchar ». Il a également salué « la présence remarquable et réussie » de la diaspora algérienne, qu’il considère comme un soft power en soi, précisant que ces Algériens établis à l’étranger « demeurent fortement attachés à leur patrie et œuvrent, chacun depuis sa position, à présenter au mieux le narratif algérien ». Selon Zoheir Bouamama, cette conférence constitue « une étape parmi d’autres qui suivront », et « le débat fructueux tenu aujourd’hui se transformera en une stratégie nationale pour construire un soft power à la hauteur et à la dimension de notre grand pays ».
La conférence a réuni des acteurs de premier plan, dont Amar Bendjedda, président de l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel, et Hakim Baha, représentant du Conseil du renouveau économique algérien. Experts, entrepreneurs, sportifs et créateurs de contenu, installés en Algérie comme à l’étranger, ont participé à des panels thématiques explorant les différentes facettes du soft power algérien. Les discussions ont porté sur les moyens concrets de renforcer l’influence culturelle, médiatique et économique du pays, dans un contexte de compétition internationale accrue pour l’attractivité et le rayonnement.
Cette initiative marque un tournant dans la manière dont l’Algérie envisage sa projection sur la scène mondiale. Longtemps centrée sur la diplomatie traditionnelle et les relations bilatérales, la stratégie algérienne intègre désormais pleinement les dimensions culturelle, sportive et médiatique comme autant de leviers d’influence et de construction d’une image nationale positive. Le soft power, concept popularisé par le politologue américain Joseph Nye, désigne cette capacité d’un État à séduire et convaincre plutôt qu’à contraindre, en s’appuyant sur l’attractivité de sa culture, de ses valeurs et de ses politiques.
Mohand Seghir

