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Rachid Boudjedra à la Télévision algérienne : « Les laudateurs du colonialisme sont appelés à disparaître »

Le moudjahid et illustre romancier Rachid Boudjedra a livré une charge sans concession contre les écrivains algériens qui glorifient le colonialisme, qu’il qualifie d' »idéologues » et d' »opportunistes » dans un entretien diffusé par la Télévision algérienne consacré à la réédition de son ouvrage « Les Contrebandiers de l’Histoire ». 

Cette sortie fracassante de l’auteur de « La Répudiation » s’inscrit dans une offensive culturelle qu’il appelle de ses vœux face à une entreprise méthodique de falsification de l’histoire nationale. Boudjedra souligne que ces écrivains ne constituent qu’un « phénomène conjoncturel voué à disparaître » et il exhorte les intellectuels algériens à leur livrer une « guerre de plume ». La réédition de son livre, publié initialement il y a sept ans par les éditions Dar El Hikma dans sa version révisée, vise selon lui à « mettre en lumière les vérités et alerter le peuple algérien sur l’entreprise méthodique de falsification de son histoire glorieuse menée par certains écrivains qui ont dénaturé l’histoire de la nation, afin de s’enrichir, de gagner en notoriété et de s’attirer les faveurs de l’ancien colonisateur ».

Le romancier n’hésite pas à nommer explicitement ses cibles, qualifiant Boualem Sansal et Kamel Daoud d' »idéologues et d’opportunistes souffrant du complexe du colonisé, ainsi que l’a défini l’écrivain Frantz Fanon, car ils perçoivent le colonisateur comme leur maître ». Cette référence au psychiatre martiniquais, théoricien de la décolonisation, n’est pas anodine et révèle la grille d’analyse psychologique que Boudjedra applique à ces auteurs. Il diagnostique chez eux des « troubles psychologiques, un état d’aliénation et une rupture totale avec la pensée et l’esprit algériens ainsi qu’avec l’Algérie en tant que pays ».

Concernant Kamel Daoud, prix Goncourt 2024, Boudjedra se montre particulièrement sévère, le décrivant comme « un écrivain ordinaire qui, dans ses chroniques journalistiques, insultait les Algériens, glorifiait le colonialisme et allait jusqu’à dénigrer la Révolution algérienne ».  Boualem Sansal n’échappe pas non plus aux critiques acerbes de Boudjedra, qui le qualifie de « bouffon et de malade mental, avançant des allégations infondées et véhiculant une thèse dangereuse », pointant notamment « ses liens étroits avec l’extrême droite française ».  L’écrivain développe une analyse plus large du phénomène, affirmant que « les laudateurs du colonialisme bénéficient du soutien et de l’appui de lobbies sionistes en Europe » et soulignant que « le colonialisme ne change pas et que le colonisateur tente de maintenir des relations rétrogrades avec certains milieux des anciennes colonies ». Cette vision géostratégique inscrit le débat littéraire dans une perspective de domination culturelle néocoloniale que Boudjedra entend dénoncer publiquement.

Le romancier se veut néanmoins optimiste quant au sort réservé à « ces écrivains stipendiés », prédisant que « l’oubli » les attend. « Ils ne sont qu’un phénomène conjoncturel voué à disparaître, et dans quelques années, la société française, elle-même, les aura relégués aux marges de l’histoire », prophétise-t-il avec une assurance qui reflète sa conviction profonde de défendre la juste cause historique.

Face à cette situation qu’il juge préoccupante, Boudjedra lance un appel mobilisateur aux intellectuels algériens, les exhortant à « se ranger du côté de leur pays et à livrer à ces écrivains une guerre de plume et une offensive culturelle pour réfuter toutes leurs allégations ». Cette métaphore guerrière révèle l’urgence qu’il ressent face à ce qu’il considère comme une bataille pour la vérité historique et l’identité nationale. Au-delà de la polémique littéraire, Boudjedra élargit sa réflexion aux enjeux éducatifs et mémoriels, mettant en avant « l’importance de revoir la manière dont les questions liées à l’histoire et à la Mémoire nationale sont abordées dans les écoles et les universités algériennes, afin de faire face à toute tentative de falsification de l’histoire ». Cette préoccupation pédagogique témoigne de sa volonté de construire une réponse structurelle et durable aux défis identitaires contemporains.

Le choix de rééditer « Les Contrebandiers de l’Histoire » dans une version révisée s’inscrit dans cette stratégie de résistance culturelle. L’ouvrage, publié simultanément en arabe et en français par Dar El Hikma, constitue selon Boudjedra un outil de combat contre « la littérature coloniale nouvelle qui s’empare de l’histoire, méprise les vérités, dédaigne la culture et ignore même la géographie ». Cette publication bilingue révèle sa volonté de toucher le plus large public possible dans cette bataille idéologique qu’il mène désormais au grand jour, confirmant sa position d’intellectuel engagé refusant le silence face à une menace existentielle pour la mémoire collective algérienne.

Mohand Seghir

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