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L’armée prend le pouvoir et arrête le président : Coup d’État en Guinée-Bissau

La Guinée-Bissau a basculé mercredi dans une nouvelle crise politique majeure.  Des militaires ont annoncé avoir pris le contrôle total du pays, trois jours seulement après la tenue d’élections présidentielle et législatives dont les résultats n’avaient pas encore été proclamés. Le président sortant Umaro Sissoco Embaló aurait été arrêté par les forces armées dans son propre bureau au palais présidentiel, selon des médias qui ont réussi à le joindre.

Un groupe d’officiers se présentant comme le Haut commandement militaire pour la restauration de l’ordre a fait lire sa déclaration par le général Denis N’Canha, chef de la maison militaire du palais présidentiel. Les putschistes ont annoncé la suspension immédiate du processus électoral et ordonné la fermeture des frontières. Ils ont également suspendu les programmes télévisés et appelé la population au calme. Des tirs ont été entendus en milieu de journée près du palais présidentiel à Bissau, tandis que des hommes en uniforme militaire prenaient position sur la principale artère menant au siège du pouvoir. Ce coup de force intervient dans un contexte de tensions post-électorales. Mardi, deux camps avaient simultanément revendiqué la victoire au scrutin dominical : celui du président sortant Embaló et celui du candidat d’opposition Fernando Dias da Costa, soutenu par le principal parti d’opposition PAIGC. Les résultats provisoires officiels n’étaient attendus que jeudi, avant une validation ultérieure par la Cour suprême. Cette situation rappelle douloureusement la crise de 2019, lorsque l’élection présidentielle avait débouché sur plusieurs mois de paralysie politique, Embaló et son adversaire de l’époque revendiquant tous deux la victoire.

Petit pays d’Afrique de l’Ouest coincé entre le Sénégal et la Guinée, la Guinée-Bissau connaît une instabilité chronique depuis son indépendance du Portugal en 1974. Le pays a enregistré quatre coups d’État réussis et de multiples tentatives de putsch au cours des cinq dernières décennies. Cette fragilité institutionnelle s’accompagne d’une pauvreté endémique, avec près de 40% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. La nation est également devenue une plaque tournante notoire du trafic de stupéfiants entre l’Amérique du Sud et l’Europe, une situation largement facilitée par l’instabilité politique permanente qui empêche toute gouvernance efficace.

Malgré le déploiement de plus de 6.700 membres des forces de l’ordre pour sécuriser le scrutin, incluant des éléments de la force de stabilisation de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), les militaires ont  décidé de prendre le pouvoir. Cette intervention de l’armée constitue un nouveau coup dur dans une région où les transitions demeurent fragiles et les changements anticonstitutionnels restent malheureusement fréquents.

Lyes Saïdi

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