Culture

La lutte contre le trafic de biens culturels s’intensifie : Un enjeu de souveraineté nationale

Dans un contexte mondial où le pillage du patrimoine archéologique représente une menace croissante pour la mémoire collective, l’Algérie démontre une fois encore sa détermination à protéger ses trésors historiques. 

En l’espace d’une semaine seulement, les services de la Sûreté de wilaya de Mila ont réalisé deux interventions significatives, récupérant au total 251 pièces de monnaie datant de l’époque romaine et interpellant deux trafiquants présumés. Ces opérations s’inscrivent dans une mobilisation nationale face à un fléau qui ampute le pays d’un patrimoine estimé à 6 milliards de dollars.

La première opération, menée le 18 janvier dans la commune de Tadjenanet, illustre parfaitement les nouvelles méthodes employées par les réseaux criminels. Les éléments de la brigade de recherche et d’intervention de la police judiciaire ont découvert une publication sur les réseaux sociaux proposant des pièces de monnaie ancienne à la vente. Exploitant ces informations, les policiers ont élaboré un plan opérationnel qui a permis l’interpellation d’un suspect de 37 ans et la saisie de 119 pièces en bronze dissimulées dans son véhicule personnel. L’expertise réalisée par les services de la direction de la Culture et des Arts a confirmé qu’il s’agissait de pièces « revêtant une importance historique et archéologique certaine ».

Quelques jours plus tard, le 20 janvier, une seconde intervention dans la commune de Hamala a permis de récupérer 132 pièces supplémentaires. Suite à des informations signalant qu’un individu était « en passe de conclure une vente de pièces de monnaie ancienne, dans la zone de Beni-Haroun », la Brigade de recherche et d’intervention a mis en place un dispositif qui a conduit à l’arrestation d’un suspect de 32 ans. Les pièces saisies, également en bronze et d’époque romaine, présentent selon les experts une « importance historique et archéologique » indéniable.

Ces arrestations ne constituent que la partie visible d’un phénomène bien plus vaste qui frappe particulièrement les wilayas de l’Est algérien. Batna, Souk Ahras, Mila, Khenchela et Constantine sont en effet les régions les plus touchées par ce trafic, riches en vestiges romains, numides et byzantins qui aiguisent l’appétit des réseaux spécialisés. Le bilan communiqué par la Direction générale des Douanes pour la période 2018-2023 témoigne de l’ampleur du phénomène : 821 pièces et ustensiles antiques, 63 pièces de mosaïque de l’époque ottomane, 48 pièces archéologiques, 22 pièces de monnaie antique, 14 pièces fossilisées, 12 épées, 6 statues, 5 pistolets de fabrication artisanale, 3 vases, un masque et une pyxide en os de l’époque romaine ont été récupérés.

Face à cette hémorragie patrimoniale, l’Algérie a placé la protection de ses biens culturels au rang de priorité nationale. Lors de la célébration de la Journée internationale de lutte contre le trafic illicite des biens culturels en novembre dernier, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a réaffirmé que « l’Algérie restera un partenaire clé dans les efforts internationaux de lutte contre le trafic illicite des biens culturels et continuera de défendre ses valeurs, son identité ainsi que l’héritage humain qui unit les nations sur la base du respect mutuel et de la responsabilité commune ». Pour la ministre, « la protection du patrimoine relève d’une responsabilité nationale et morale qui exige une prise de conscience collective et une coordination permanente entre les différentes parties prenantes ».

Cette approche globale se traduit par des mesures concrètes. Le ministère de la Culture œuvre à renforcer les capacités de ses établissements et de ses cadres dans le domaine de la protection du patrimoine, à travers la mise à jour du cadre juridique, l’activation des mécanismes de coordination avec les services de sécurité et les Douanes, ainsi que la mise en place de programmes de formation et de sensibilisation spécialisés. Un plan national de protection du patrimoine a été lancé en partenariat avec l’UNESCO et Interpol pour renforcer le contrôle des sites archéologiques et muséaux.

L’Algérie, qui a ratifié l’ensemble des conventions de l’UNESCO depuis celle de 1972 jusqu’à celle de 2005 relative à la protection et à la promotion de la diversité des expressions culturelles, poursuit également son action pour renforcer sa présence internationale en tant que pays pionnier en matière de protection du patrimoine. Pourtant, les défis demeurent immenses. Les trafiquants opèrent désormais en petits groupes organisés et utilisent des itinéraires transfrontaliers pour écouler leurs pillages vers l’Europe et le Moyen-Orient. La recrudescence du trafic intérieur, alimenté par des fouilles clandestines et la vente sur les réseaux sociaux, témoigne de la nécessité d’une vigilance permanente. Dans un pays qui compte plus de 1 200 sites patrimoniaux, souvent isolés et mal protégés, chaque pièce récupérée représente une victoire dans un combat qui engage l’identité même de la nation.

Mohand Seghir

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *