Des experts de l’ONU interpellent le Maroc sur les conditions de détention d’un défenseur sahraoui des droits humains
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, et d’autres experts de l’ONU ont interpelé le Maroc sur la détérioration de l’état de santé du défenseur sahraoui des droits humains, Mohamed Embarek Lefkir, exprimant leur préoccupation face aux conditions de détention sévères de ce défenseur et au manque de traitement médical et de visites familiales. « Nous exprimons notre préoccupation quant aux allégations de conditions de détention sévères de M. Lefkir et de manque de traitement médical approprié », ont-ils écrit dans une communication transmise au gouvernement du Maroc en novembre dernier et publiée ce mardi. Selon cette communication, M. Lefkir a été transféré le 21 janvier 2021 de la prison locale d’Ait Melloul à la prison locale de Tan-Tan, au sud du Maroc. Depuis son arrivée à Tan-Tan, ce défenseur sahraoui des droits humains souffre d’un isolement complet et d’un refus de soins médicaux, malgré les plaintes répétées de sa famille. En août 2025, sa santé s’est détériorée et le directeur de la prison lui a refusé l’accès à des examens médicaux et à un traitement approprié. Les médicaments qui lui ont été fournis en prison étaient emballés dans des papiers blancs non marqués, sans aucune étiquette ni détail médical, ce qui « soulève des inquiétudes quant à leur nature et leur sécurité », ont souligné les experts dans leur communication. Un mois après, l’état de santé de M. Lefkir se détériore gravement, nécessitant son transfert à l’hôpital. Mais, il ne reçoit « ni de diagnostic approprié ni de traitement adéquat ». Pis encore, sa famille n’a jamais été officiellement informée de son transfert à l’hôpital. Les experts de l’ONU relèvent, en outre, que M. Lefkir ne reçoit pas régulièrement de visites familiales, car « des restrictions strictes ont été imposées à sa détention ». Ils soulignent également leur « préoccupation sur la condamnation et le maintien en détention de défenseurs des droits humains, inclus M. Lefkir, en relation à leur participation dans la manifestation en faveur des droits des sahraouis de Gdeim Izik ». Selon ces experts, les détenus étaient « soumis pendant leur garde à vue à divers types de torture et traitements dégradants et inhumains, y compris des menaces et des insultes, des gifles et des frappes intensives ». Ces faits « pourraient contrevenir, entre autres normes, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), et au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), que le Maroc a ratifié le 3 mai 1979 », ont-ils averti.
Pour les experts onusiens, ces faits « sont également en contradiction avec l’ensemble de Règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, également connues sous le nom de Règles Nelson Mandela ». Ils rappellent d’ailleurs qu’en 2023, le Groupe de travail sur la détention arbitraire avait conclu que la détention de 18 personnes arrêtées lors du démantèlement du camp Gdeim Izik, dont M. Lefkir, était « arbitraire ». Les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont aussi exprimé des préoccupations sur le traitement des défenseurs des droits humains, dans des communications antérieures adressées au gouvernement marocain, notamment ces cinq dernières années.
APS

