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Algérie-France : Ségolène Royal appelle Macron à reconnaître les crimes coloniaux 

De retour d’une visite de cinq jours à Alger, l’ex-ministre socialiste et présidente de l’association France-Algérie, Ségolène Royal, a exhorté lundi le président français Emmanuel Macron à effectuer « un geste de réconciliation et de reconnaissance » envers l’Algérie. Elle critique également la posture conditionnelle du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, jugée contre-productive pour la normalisation des relations bilatérales.

Ségolène Royal n’a pas mâché ses mots lors de son intervention ce lundi matin sur la chaîne de télévision française TF1. De retour après une semaine passée à Alger où elle a été reçue par le président de la République Abdelmadjid Tebboune mardi 27 janvier, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 a lancé un vibrant plaidoyer pour que Paris reconnaisse enfin les « conséquences dramatiques de la colonisation » de 1830 à 1962. 

« Les conséquences dramatiques de la colonisation n’ont jamais été reconnues », a-t-elle martelé sur TF1, soulignant que cette reconnaissance était attendue de longue date par Alger. Selon elle, la France doit faire « un geste de réconciliation et de reconnaissance », d’autant plus que « les Algériens ne demandent pas l’indemnisation financière comme l’ont demandé d’autres pays colonisés ».  La présidente de l’Association France-Algérie (AFA), fonction qu’elle occupe depuis décembre dernier, a rappelé les « mots très forts » qu’Emmanuel Macron avait eus en février 2017 lorsqu’il était candidat à l’Élysée, qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » lors d’une visite à Alger. Mais depuis son accession à la présidence, estime-t-elle, le chef de l’État français a « complètement changé », une volte-face qui « a été pris comme une trahison quelque part » par les Algériens. 

S’exprimant depuis Alger la semaine dernière, Ségolène Royal avait déjà plaidé pour que la France fasse le premier pas vers la réconciliation. « Les autres pays colonisateurs ont fait cette reconnaissance, ont fait cette demande de pardon », avait-elle déclaré, mettant en garde contre le risque pour Paris de « perdre définitivement ses positions en Algérie » si rien n’était entrepris. Elle a insisté sur le fait que cette réconciliation mémorielle profiterait aux « jeunes générations, des deux côtés de la rive », ajoutant que « tous les pays s’entendent avec l’Algérie, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne… et pas la France, alors que c’est nous qui avons l’histoire commune la plus douloureuse mais aussi la plus imprégnante de nos deux communautés ».

Erreur diplomatique

Au-delà de cet appel pressant à Emmanuel Macron, Ségolène Royal a également jeté un pavé dans la mare en critiquant ouvertement la stratégie du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Ce dernier avait déclaré vendredi 30 janvier sur France Inter qu’il attendait d’Alger « des bougés très forts sur deux sujets » avant de se rendre à Alger, à savoir « la reprise des reconduites des Algériens en situation irrégulière » (les OQTF, obligations de quitter le territoire français) et « la situation de Christophe Gleizes ».

Pour Ségolène Royal, cette posture conditionnelle est une erreur diplomatique. « Il faut que le ministre de l’Intérieur aille sur place. Il est attendu », a-t-elle affirmé depuis Paris. Puis d’ajouter avec une pointe de reproche : « Quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller. » L’ex-ministre, qui s’est positionnée en médiatrice dans la crise franco-algérienne qui s’éternise, estime que le successeur de Bruno Retailleau à la Place Beauvau doit se rendre à Alger sans préalable.

Lors de sa visite à Alger, Ségolène Royal a d’ailleurs annoncé avoir « obtenu » le transfert vers Alger du journaliste français Christophe Gleizes, actuellement détenu et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». 

Selon Ségolène Royal, le président Tebboune serait disposé au dialogue « dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous », une manière de rappeler que les canaux diplomatiques officiels, actuellement au point mort, pourraient être réactivés si Paris adoptait une posture moins rigide. 

Salim Amokrane

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