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Exploitation de la mine de Gara Djebilet : Le meilleur est à venir !

Le Premier ministre Sifi Ghrieb a supervisé lundi à Oran le déchargement des premières cargaisons issues de la mine de Tindouf, destinées au complexe Tosyali — un événement qu’il qualifie de « jour historique », symbole d’une stratégie de souveraineté industrielle qui va bien au-delà de la sidérurgie.

Après un parcours de plus de 1 400 kilomètres à travers le désert, du sud-ouest algérien jusqu’aux portes d’Oran, les premières cargaisons de minerai de fer extraites de la mine de Gara Djebilet ont fait leur arrivée lundi soir au complexe sidérurgique Tosyali de Bethioua. Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a fait le déplacement en personne pour superviser le déchargement, sur instruction du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a officiellement lancé l’exploitation du gisement le jour précédent à Béchar.

Pour Ghrieb, ancien ministre de l’Industrie et ex-président du conseil d’administration de l’Algerian Qatari Steel (AQS), l’événement ne saurait être réduit à un simple transfert logistique. « C’est un pas de géant qui vient d’être accompli pour concrétiser un plan de développement global et intégré de l’industrie algérienne », a-t-il déclaré devant la presse. Le premier ministre a insisté sur le rôle moteur de la sidérurgie, rappelant que « l’industrie sidérurgique était la première locomotive de développement des économies des pays développés », et a salué la qualité du minerai extrait, ajoutant que l’Algérie est « une terre d’exploit ». L’événement a cependant coïncidé avec une polémique alimenté par des relais marocains pour mettre en question la qualité du minerai de fer de Gara Djebilet. Ghrieb a choisi d’y répondre frontalement.

Il a indiqué qu’une première opération de « blending » avait été nécessaire pour cette première phase. « Nous avons fait un premier écrémage qui consiste à enlever la couche supérieure », a-t-il expliqué, avant de promettre que « à mesure que nous approfondissons l’extraction, nous allons avoir d’excellents résultats », ajoutant que « la densité du fer est élevée ».

Une mine, une ligne ferroviaire, une stratégie

Au-delà des déclarations du premier ministre, les contours d’une stratégie plus large se dessinent progressivement. Le chef de cabinet de la secrétaire d’État auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines, Djamel Eddine Choutri, a précisé lundi sur les ondes de la Radio nationale les dimensions réelles du projet. Les réserves du gisement de Gara Djebilet sont évaluées à 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer. Un projet de production de 4 millions de tonnes est en cours, avec l’objectif d’acheminer cette matière vers l’usine de prétraitement de Béchar, qui devrait être opérationnelle d’ici la fin du mois de mai prochain. « La disponibilité de la matière première à l’échelle locale renforcera la souveraineté industrielle », a souligne Choutri, rappelant que « les usines algériennes consomment annuellement près d’un milliard de dollars de matières premières importées ».

La réalisation de la ligne ferroviaire reliant Tindouf à Oran a été décisive pour concrétiser ce projet. Elle permet de surmonter ce que Choutri a qualifié de « défis géographiques et logistiques » en transportant le minerai vers les usines de transformation dans le nord du pays. À terme, l’exploitation du site devrait générer 500 emplois directs et trois fois plus d’emplois indirects, avec la perspective d’une « véritable ville minière », selon le même responsable.

Un programme minier national en accélération

Le projet de Gara Djebilet n’est cependant qu’un volet d’un programme national plus ambitieux. Choutri a en effet dévoilé plusieurs autres chantiers en cours ou en préparation.

Le complexe de Toumiat, dans la wilaya de Béchar, fera l’objet d’une extension visant à porter sa capacité de production à 10 millions de tonnes de matières premières « à court et moyen termes », ce qui permettra, selon lui, « de couvrir les besoins nationaux et d’orienter l’excédent vers l’exportation ». À Béjaïa, la mine d’Oued Amizour fait l’objet d’études pour une ouverture avec une cadence d’exploitation accélérée. Le projet prévoit une production annuelle de deux millions de tonnes de zinc-plomb, soit 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb par an. Enfin, dans la wilaya de Tébessa, un projet de phosphate intégré s’inscrit dans une logique de sécurité alimentaire. La première phase prévoit l’exploitation de la mine de Bled El Hadba, avec l’extraction de 10 millions de tonnes de minerai brut, dont 6 millions de tonnes seront acheminées vers Souk Ahras pour traitement. Les phases suivantes prévoient la construction d’un complexe de traitement chimique et l’extension du quai minier d’Annaba. Ce projet devrait créer 1 200 emplois dans les wilayas de Tébessa et de Souk Ahras.

L’arrivée du minerai de fer à Oran constitue donc un événement qui dépasse la simple opération logistique. Elle représente, selon les autorités, la première concrétisation visible d’une politique de valorisation des ressources souterraines nationales, après des décennies où le pétrole et le gaz dominaient largement le profil économique du pays. 

Sabrina Aziouez

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