Record de saisies de drogue en 48 heures : L’Algérie en guerre contre le narcotrafic
En moins de 48 heures, la Gendarmerie nationale et l’Armée nationale populaire ont démantelé deux réseaux transfrontaliers et saisi près de 4,3 millions de comprimés psychotropes à Alger, tandis qu’à Béchar, une opération a permis de saisir plus de 8 quintaux de kif traité.
La menace du narcotrafic international pèse sur l’Algérie avec une intensité jamais vue. En moins de deux jours, les forces de sécurité du pays ont conduit plusieurs opérations d’envergure, révélant à la fois leur capacité à répondre à cette menace croissante et l’ampleur de celle-ci. Le ministère de la Défense nationale (MDN) a ainsi confirmé mardi, dans deux communiqués distincts, le succès de ces interventions.
La Gendarmerie nationale a mené lundi deux opérations simultanées permettant de démanteler deux réseaux criminels transfrontaliers spécialisés dans le trafic de substances psychotropes. Le bilan est saisissant : « la mise en échec d’écoulement de quatre millions et 292 000 comprimés psychotropes et l’arrestation de vingt trafiquants de drogue », précise le communiqué du MDN, qui fait également état de la saisie de dix véhicules touristiques, d’importantes sommes d’argent et d’autres effets utilisés dans cette activité criminelle.
Le MDN a tenu à inscrire ces opérations dans un cadre plus large, soulignant qu’elles « viennent s’ajouter aux multiples opérations ayant permis de déjouer l’introduction et l’écoulement de ces substances toxiques dans notre pays ». Le communiqué a conclu sur une alerte plus profonde, estimant que « l’enjeu réside dans la mobilisation des différentes composantes de la société afin de lutter contre ce dangereux fléau et préserver le haut potentiel national que représente notre jeunesse ».
Sur la frontière marocaine
Parallèlement à ces saisies, une autre opération, menée cette fois dans le sud-ouest du pays, illustre la dimension violente que prend désormais le narcotrafic sur le sol algérien. Le 27 janvier dernier, des unités de l’ANP ont mené une opération contre des narcotrafiquants armés dans la région de Ghenama, à Béchar. L’opération s’est soldée par l’élimination de trois narcotrafiquants armés de nationalité marocaine et l’arrestation d’un quatrième, ainsi que la saisie d’une arme à feu et de 521 kilogrammes de kif traité.
Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Le lundi 2 février, une nouvelle perquisition dans la même zone frontalière a permis la saisie d’une quantité supplémentaire de 280 kilogrammes de kif traité. Le MDN a précisé que la quantité totale saisie lors de cette opération dépasse désormais « plus de 8 quintaux », soit plus de 800 kilogrammes. Le communiqué a mis en avant la signification de cette saisie, notant que « cette quantité importante saisie dans un laps de temps réduit et dans la même zone frontalière, dénote de l’ampleur des menaces qui ciblent notre pays et sa jeunesse ».
La Justice en action
En parallèle des opérations sur le terrain, l’appareil judiciaire a mis rapidement en œuvre les poursuites. Le parquet de la République près le Pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée du tribunal de Sidi M’hamed a confirmé lundi le placement en détention provisoire de 11 individus impliqués dans une affaire de saisie de plus de 3,4 millions de comprimés psychotropes.L’enquête, menée par le service de recherche et d’investigation de la Gendarmerie nationale de Chéraga, a mis en lumière un groupe de 22 individus organisé en réseau criminel transnational. Parmi les 11 arrêtés en flagrant délit, le communiqué cite notamment Boussoualim Abdallah, 45 ans, Bougrine Abdelhak, dit Oussama, 39 ans, et plusieurs autres suspects dont les âges vont de 22 à 56 ans. « Un total de 3 441 000 comprimés de type prégabaline 300 mg ont été saisis », précise le communiqué, tandis que « 11 autres individus, tous identifiés, sont toujours en état de fuite ». Les charges sont lourdes. Les mis en cause sont poursuivis pour « importation, transport, acheminement, stockage et détention, à des fins de vente, de substances psychotropes, de manière illicite, dans le cadre d’un groupe criminel organisé transnational », mais aussi pour « contrebande dangereuse portant atteinte à la sécurité et à la santé publiques, blanchiment d’argent dans le cadre d’un groupe criminel, faux et usage de faux dans des écrits administratifs, transactions en monnaies virtuelles et création et exploitation de plateformes pour leur mise en circulation ». Cette dernière charge, relative aux plateformes virtuelles, laisse entrevoir la sophistication croissante des réseaux de distribution de drogue, qui utilisent désormais les outils numériques pour étendre leur emprise.
Une guerre qui s’intensifie
Ces opérations ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une tendance lourde et préoccupante qui caractérise l’évolution du narcotrafic aux frontières algériennes. En 2025, les forces de sécurité algériennes ont intercepté au total 35 tonnes de kif traité provenant des frontières avec le Maroc, 934 kilogrammes de cocaïne et 40 millions de comprimés psychotropes, ayant au même temps mis hors jeu 2 354 narcotrafiquants.
Ces chiffres illustrent la menace croissante que représente le narcotrafic, particulièrement en provenance du Marco devenu une plaque tournante du trafic international de drogue au voisinage immédiat de l’Algérie. Le cannabis, qui a longtemps dominé le profil du trafic transfrontalier, cède progressivement la place à des substances plus dangereuses : la cocaïne, et les comprimés psychotropes vraisemblablement acheminée via le Sahel et la Libye,, dont les dernières saisies révèlent une logistique de distribution de plus en plus organisée et professionnelle. Le fait que trois narcotrafiquants marocains aient été éliminés armés à Béchar, et que des réseaux utilisent désormais les monnaies virtuelles et les plateformes numériques pour opérer, dessine le contour d’une guerre souterraine qui évolue rapidement. Face à cette réalité, le MDN a réaffirmé dans ses communiqués « le haut degré de vigilance des unités de l’Armée nationale populaire, avec toutes ses composantes, et sa disponibilité à faire face à toute forme de menace ».
Malik Meziane

