La Directrice générale du FMI à Alger : Le pari réussi de la diversification !
Kristalina Georgieva souligne le doublement des exportations hors hydrocarbures et les avancées dans la diversification.
À la veille d’une conférence économique internationale qu’elle coorganise avec la Banque d’Algérie, la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a dressé un bilan élogieux des réformes économiques algériennes. Dans un entretien accordé à l’APS, elle met en avant les progrès accomplis en matière d’investissement, de numérisation et surtout l’exploit remarquable du doublement des exportations hors hydrocarbures en cinq ans. Un satisfecit qui intervient à un moment charnière où l’Algérie ambitionne de se positionner comme un hub énergétique régional et un acteur incontournable des nouvelles chaînes de valeur mondiales. La cheffe du FMI ne se contente pas d’un diagnostic technique, elle salue explicitement les avancées structurelles accomplies par l’Algérie ces dernières années. « Nous saluons les progrès accomplis récemment pour promouvoir l’investissement et améliorer le climat des affaires grâce à l’adoption des lois sur l’investissement et le foncier, à la création de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement et aux mesures de dématérialisation des services de l’administration publique, qui facilitent les formalités administratives, » affirme-t-elle. Cette reconnaissance porte notamment sur les réformes législatives et institutionnelles qui ont transformé l’environnement des affaires en Algérie. La nouvelle loi sur l’investissement, la réforme foncière et la création de l’AAPI constituent des signaux forts adressés aux investisseurs nationaux et étrangers. La dématérialisation des services administratifs, chantier de longue haleine, commence à porter ses fruits en réduisant les délais et en améliorant la transparence des procédures.
Mais c’est surtout sur le front de la diversification économique que Kristalina Georgieva apporte la reconnaissance la plus significative. « Ces mesures s’accompagnent de progrès dans le développement des exportations hors hydrocarbures, qui ont plus que doublé au cours des cinq dernières années, » souligne la directrice du FMI. Ce chiffre constitue un indicateur majeur de la mutation en cours de l’économie algérienne. Longtemps quasi-exclusivement tributaire des revenus pétroliers et gaziers, le pays démontre sa capacité à développer de nouvelles filières exportatrices, qu’il s’agisse de produits agricoles, de matériaux de construction, de produits chimiques ou encore d’engrais.
Sur le plan macroéconomique, le constat est tout aussi positif. « L’activité économique en Algérie s’est bien redressée depuis la pandémie. La croissance est restée résiliente en 2025 favorisée par d’importants investissements publics, tandis que l’inflation a reculé, » note Kristalina Georgieva. La combinaison d’une croissance soutenue et d’une inflation maîtrisée témoigne de la pertinence des politiques budgétaires et monétaires menées par les autorités algériennes. Les investissements publics massifs dans les infrastructures, loin de déstabiliser l’économie, ont au contraire joué un rôle d’amortisseur pendant les turbulences post-Covid et stimulent aujourd’hui la demande intérieure.
La directrice du FMI relève également la cohérence stratégique des priorités gouvernementales. Elle note que les autorités algériennes accordent une attention particulière à « l’investissement dans les infrastructures numériques, au transport et à l’énergie. » Ces trois secteurs constituent effectivement les piliers de la modernisation économique du pays. Le numérique transforme l’administration et fait émerger un écosystème de startups dynamique. Le transport, avec les méga-projets ferroviaires en cours, redessine la géographie économique nationale. L’énergie, secteur traditionnel de force, se réinvente avec l’entrée dans l’ère des renouvelables.
C’est précisément sur ces nouvelles opportunités que Kristalina Georgieva insiste avec le plus de conviction. « L’évolution rapide de la technologie s’aligne bien avec les efforts de l’Algérie pour faire progresser la numérisation, alors que la réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales offre des opportunités d’attirer les investissements et d’intensifier les échanges. L’Algérie dispose en outre d’un potentiel important dans les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et l’hydrogène vert, » affirme-t-elle.
Une vision ambitieuse pour l’Algérie Sur le volet énergétique, la directrice du FMI esquisse une vision ambitieuse pour l’Algérie. « Les efforts visant à exploiter les atouts de l’Algérie dans les hydrocarbures et les énergies renouvelables peuvent lui permettre de jouer un rôle clé de pôle énergétique régional, grâce à l’interconnexion des réseaux électriques, à la production d’énergies renouvelables et aux nouveaux projets d’hydrogène vert. Ces liens peuvent favoriser le développement industriel, le transfert de technologies et la création d’emplois par-delà les frontières, » explique-t-elle. Cette perspective transforme radicalement le positionnement de l’Algérie. De simple exportateur de gaz, le pays pourrait devenir un hub énergétique intégré, combinant hydrocarbures conventionnels, électricité verte et hydrogène vert pour alimenter les marchés européen et africain. Les interconnexions électriques avec l’Europe et l’Afrique subsaharienne, la production solaire à grande échelle dans le Sahara et le développement de la filière hydrogène constituent autant de vecteurs de cette transformation. Kristalina Georgieva souligne également l’impact positif des investissements déjà réalisés. « Les politiques et les investissements publics qui ont élargi l’accès à Internet ont déjà favorisé l’émergence d’un écosystème de startups, » observe-t-elle, ajoutant que « les investissements publics en cours dans les ports, les chemins de fer et la logistique peuvent réduire le coût des échanges et les délais, favorisant l’intégration de l’Algérie aux chaînes de valeur régionales et mondiales. »
Ces propos mettent en lumière le cercle vertueux à l’œuvre : les investissements publics créent les conditions de l’émergence d’un secteur privé dynamique, qui à son tour contribue à la diversification et à la compétitivité de l’économie. Le développement des infrastructures portuaires et ferroviaires, en particulier, répond à un impératif stratégique pour un pays qui ambitionne de devenir une plateforme logistique régionale.
Alger au cœur de la coopération régionale
Ces déclarations interviennent à la veille d’une conférence économique d’envergure organisée conjointement par la Banque d’Algérie et le FMI. Intitulée « Afrique du Nord : relier les continents, créer des opportunités », cette rencontre se tient à Alger et ambitionne d’explorer les perspectives d’une coopération régionale renforcée entre l’Afrique du Nord, l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Pour Kristalina Georgieva, le timing de cette conférence est hautement symbolique. « La conférence d’Alger intervient dans un moment où la coopération régionale est plus importante que jamais. Dans un monde où les risques géopolitiques s’intensifient, la structure des échanges évolue et les chaînes de valeur se reconfigurent, une intégration régionale approfondie peut aider les pays à renforcer leur résilience et à réaliser une croissance plus durable et diversifiée, » explique-t-elle.
L’événement s’ouvrira par les allocutions du gouverneur de la Banque d’Algérie, Mouatassem Boudiaf, du Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, et de Kristalina Georgieva elle-même. Le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité Énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, participera également aux travaux, soulignant l’importance stratégique du partenariat énergétique euro-algérien. Évoquant sa première visite en Algérie, Kristalina Georgieva précise qu’il s’agit « d’une opportunité de renforcer le partenariat du FMI avec les autorités algériennes. »
Au-delà des formules diplomatiques, les déclarations de la directrice générale du FMI valident la trajectoire économique choisie par l’Algérie. Le doublement des exportations hors hydrocarbures, la résilience de la croissance, la maîtrise de l’inflation et les réformes structurelles constituent autant d’indicateurs d’une transformation réussie.
Samira Ghrib

