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Le président de la République tient un langage ferme contre les Émirats arabes unis et les accuse d’ingérences électorales : Le jeu trouble d’Abou Dhabi !

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a haussé le ton samedi soir contre les Émirats arabes unis et la France, accusant Abou Dhabi d’ingérence électorale en Algérie et Paris de mener une guerre économique. Lors de son entrevue périodique avec les médias nationaux, le chef de l’État a révélé pour la première fois que les Émirats avaient tenté d’influencer des processus électoraux en Algérie.  

Lors de l’entretien périodique avec les médias nationaux, le président de la République a évoqué plusieurs questions liées à la politiques étrangères du pays, assurant que l’Algérie entretient de bonnes relations avec la plupart des pays et des grandes puissances, à l’exception de certains pays qui s’illustrent par leur hostilité.  Interrogé sur les relations de l’Algérie avec les pays arabes, le président Tebboune a d’abord dressé un tableau des liens fraternels qu’entretient le pays avec l’Arabie Saoudite, l’Égypte, le Qatar et le Koweït. Il a qualifié ces relations de « plus que fraternelles », soulignant que « ce qui touche l’Arabie Saoudite nous touche » et rappelant les « 70 ans d’histoire » partagés avec l’Égypte. Concernant le Koweït, il a salué les « excellentes relations avec la famille Al Jabir », ajoutant qu’il s’agit de « gens de parole ». Avec le Qatar, il s’est félicité du niveau atteint dans la coopération bilatérale.

Un « micro-État qui gesticule »

C’est dans ce contraste volontairement marqué qu’il a évoqué les Émirats, sans toutefois citer nommément le pays. « Il reste un État, pour ne pas dire un micro-État, qui gesticule », a regretté le président Tebboune, fustigeant les multiples ingérences de ce pays dans les affaires intérieures de l’Algérie. Le chef de l’État a révélé qu’Abou Dhabi avait tenté de s’immiscer dans le processus électoral algérien. « Ils s’immiscent dans nos élections, dans la première puis la deuxième élection. Ils se sont mêlés de telle et telle autre affaire », a-t-il dénoncé. Plus grave encore, le président a laissé entendre que les Émirats brandissaient la menace de l’arbitrage international concernant leurs investissements en Algérie. « Ils menacent de nous appauvrir rien qu’avec l’arbitrage international. Qu’ils aillent à l’arbitrage ! », a lancé le chef de l’État avec fermeté, avant d’adresser un avertissement direct : « Ne nous laissez pas regretter le jour où nous vous avons connus. »

Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité des critiques formulées par le Président Tebboune ces derniers mois à l’encontre des Émirats. En mars 2024, il avait déjà dénoncé le rôle déstabilisateur d’Abou Dhabi dans plusieurs pays de la région, affirmant que « partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan ». Elles interviennent aussi dans un contexte de tensions diplomatiques accrues. Quelques heures avant la diffusion de l’entrevue, l’Algérie a engagé la procédure de dénonciation de la convention aérienne signée avec les Émirats en mai 2013, ouvrant la voie à l’arrêt des vols entre les deux pays. 

Guerre économique

En ce qui concerne la France, le président Tebboune a adopté une approche tout aussi déterminée. Interrogé sur la visite récente de Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie, qu’il a reçue à El Mouradia fin janvier, le chef de l’État a décliné de répondre directement sur la France. « Si tu permets et en toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France », a-t-il répondu, tout en saluant « le courage, l’honnêteté intellectuelle et la franchise » de l’ancienne ministre française. Cette retenue apparente n’a toutefois pas empêché le président de formuler des accusations précises contre Paris. Il a accusé la France, sans la nommer explicitement, de bloquer les discussions au sein de l’Union européenne et de mener une « guerre » économique contre l’Algérie. Le dossier de l’exportation du rond à béton algérien vers l’Europe a servi d’exemple concret. « Nous avons de bonnes relations avec les pays, notamment avec nos amis italiens, espagnols, allemands, et d’autres pays. Mais il y a certains pays qui incitent à la haine contre l’Algérie, en croyant que nous allons succomber à ces méthodes viles », a dénoncé le président de la République.

Le chef de l’État a détaillé les obstacles rencontrés par l’acier algérien sur le marché européen. « L’UE attribue à l’Algérie un quota pour chaque trimestre, quantité qui est totalement consommée en 12 jours, alors que 85% des achats de l’Algérie proviennent d’Europe et que normalement il y a du libre-échange », a-t-il expliqué. Cette situation a conduit l’Algérie à demander la renégociation de l’accord d’association. « En réalité, il y a un consensus, moins un », a précisé le président, faisant clairement allusion à la France qu’il accuse de « répéter ses erreurs » avec l’Algérie. Pour illustrer son propos, le président Tebboune a rappelé un épisode historique douloureux : l’embargo français sur le vin algérien au lendemain de l’indépendance. « Après l’indépendance, ils nous ont laissé des usines de fabrication de boissons alcoolisées à Médéa, Oran, Tlemcen. Ensuite, ils ont décidé de ne plus acheter le vin algérien dans l’objectif de nous faire regretter notre indépendance. Le président Boumédiène a ordonné l’arrachage des vignobles. Ils ne veulent pas comprendre qu’il ne faut pas faire du chantage à l’Algérie », a-t-il rappelé, avant d’ajouter avec ironie : « C’est bizarre, avec les grands, on s’entend. »

Sur la question sensible des Algériens frappés d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), le président Tebboune a réaffirmé la position de principe de l’Algérie. Il a justifié le refus opposé à l’ancien ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau, en poste de septembre 2024 à octobre 2025. « Pour les OQTF, nous les avons refusées à un ministre parce qu’il se permettait de prendre des Algériens, que j’ai juré de protéger, de les mettre dans un avion et de les renvoyer en Algérie. Ces Algériens ont des droits. Ils vivent en France depuis 10 à 15 ans. Il faut respecter leurs droits », a expliqué le chef de l’État, rappelant l’existence d’accords régissant ces questions et la nécessité d’informer les autorités algériennes. « Celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né », a-t-il mis en garde. Concernant l’éventuelle visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez, le président Tebboune s’est montré ouvert tout en marquant une certaine distance. « C’est une déclaration qui le concerne, elle ne me concerne pas. S’il veut venir, il est le bienvenu », a-t-il déclaré. Au-delà de ces deux dossiers épineux, le président de la République a tenu à rappeler que l’Algérie entretient « de bonnes relations, cordiales et amicales avec de nombreux pays, des relations fondées sur l’intérêt mutuel ». Il a mis en avant les relations privilégiées avec l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, ainsi qu’avec les grandes puissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine. Cette diplomatie équilibrée s’étend également aux pays voisins. Concernant les pays du Sahel, le président de la République a évoqué les relations avec le Niger, indiquant « avoir beaucoup de respect pour son actuel président, Abdourahamane Tiani », annonçant lui avoir adressé une invitation officielle à effectuer une visite en Algérie. Evoquant le Mali, le président de la République a rappelé « l’histoire commune », avant de mettre en garde contre ceux qui se rendent dans ce pays « pour l’armement et la spoliation des biens ». Il a également qualifié les relations de l’Algérie avec le Burkina Faso de « bonnes », réaffirmant la disposition de l’Algérie à les « renforcer davantage ». Répondant à une question sur la Libye, le président de la République a rappelé l’histoire commune des deux pays dans la lutte contre le colonialisme, soulignant que « tout ce qui touche ce pays touche aussi l’Algérie ». Après avoir mis en exergue le rôle du Mécanisme tripartite des pays voisins (Algérie, Egypte, Tunisie) et des réunions périodiques des ministres des Affaires étrangères de ces pays sur la situation en Libye, le président de la République a insisté sur la nécessité de « permettre aux Libyens de décider de l’avenir de leur pays et de choisir leurs représentants », soulignant l’importance des élections législatives dans ce processus, comme l’a affirmé l’Organisation des Nations unies. 

Salim Amokrane

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