Industrie automobile : Les usines Hyundai et Chery face au défi du foncier
Malgré les performances du secteur industriel et les efforts de relance engagés par le gouvernement, l’accès au foncier industriel freine aujourd’hui la concrétisation de plusieurs projets, notamment dans l’automobile. Un obstacle qui retarde l’implantation de nouvelles usines alors que le secteur affiche des résultats encourageants et ambitionne de diversifier les exportations hors hydrocarbures. Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, a dressé jeudi devant l’Assemblée populaire nationale un bilan contrasté du secteur. Si les chiffres témoignent d’une dynamique positive, avec un chiffre d’affaires global du secteur public industriel et commercial atteignant « environ 562,9 milliards de dinars » l’année dernière et des exportations dépassant « 3,38 milliards de dinars », la question du foncier s’impose désormais comme un goulot d’étranglement majeur. Lors de cette séance consacrée aux questions orales, le ministre a révélé que deux constructeurs automobiles de premier plan, détenteurs de licences préalables, attendent toujours l’attribution de terrains pour lancer leurs projets. La société algéro-chinoise pour la fabrication de la marque Chery et Hyundai Motors Manufacturing Algeria, qui doit produire des véhicules Hyundai, se trouvent ainsi dans l’impossibilité de solliciter leur agrément définitif, faute de disposer du foncier nécessaire à la construction de leurs usines.
Cette problématique intervient alors que le secteur automobile connaît une restructuration profonde. Le ministre a rappelé que seize constructeurs ont obtenu un agrément, incluant des fabricants de motos, de matériel agricole, de camions et de tracteurs, ainsi que l’entreprise Stellantis Production Algérie pour la marque Fiat. Deux autres sociétés devraient être annoncées « dès l’obtention de leurs licences préalables », a précisé Yahia Bachir, confirmant l’attractivité du marché algérien pour les investisseurs industriels. Parallèlement, les autorités ont autorisé l’importation de véhicules touristiques de moins de trois ans par les citoyens, une mesure destinée à satisfaire la demande en attendant le développement de la production locale.
62 unités confisquées relancées
Au-delà de ces difficultés ponctuelles, le ministre a souligné les réformes structurelles engagées par son département pour moderniser un secteur qui emploie près de 101.000 travailleurs. Les entreprises publiques économiques industrielles « ont été organisées au sein de huit sociétés holdings industrielles et de deux groupes industriels, en sus de certaines participations majoritaires et minoritaires », a-t-il expliqué, illustrant la volonté de rationaliser la gouvernance du secteur. Cette restructuration s’accompagne d’un effort sans précédent de récupération d’unités industrielles saisies dans le cadre de la lutte contre la corruption. Conformément aux instructions du président Abdelmadjid Tebboune, 92 unités de production confisquées « en vertu de jugements définitifs ont été transférées au portefeuille du secteur public industriel et commercial ». Sur ce total, 62 unités ont repris leurs activités durant les années 2024-2025, 22 autres sont programmées pour redémarrer cette année, et huit en 2027.
Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie globale visant à faire de l’industrie un pilier de l’économie nationale et un moteur de diversification des exportations. Le secteur public industriel et commercial joue aujourd’hui « un rôle majeur dans l’appui de l’économie nationale et le renforcement des exportations hors hydrocarbures », a martelé le ministre devant les députés. Un objectif qui nécessite toutefois la levée rapide des obstacles administratifs et fonciers pour permettre aux investisseurs, locaux et étrangers, de concrétiser leurs projets et créer les emplois dont le pays a besoin.
Samir Benisid

