L’Algérie reprend l’initiative au Sahel par la coopération énergétique : Alger renoue avec Niamey et Ouagadougou
L’Algérie intensifie son offensive diplomatique et économique au Sahel en renouant successivement avec le Niger et le Burkina Faso à travers des projets stratégiques dans les hydrocarbures et l’énergie.
Le retour jeudi de l’ambassadeur algérien à Niamey, sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, et la visite du ministre d’État Mohamed Arkab à Ouagadougou marquent un tournant dans la démarche visant à restaurer son influence au Sahel après la crise déclenchée en avril 2025 par la destruction d’un drone militaire malien ayant transgressé l’espace aérien algérien. Cette normalisation rapide avec deux des trois membres de l’Alliance des États du Sahel témoigne de la volonté d’Alger de reprendre la main dans une région convoitée par des acteurs régionaux et internationaux aux agendas parfois contradictoires avec les intérêts algériens.
Le ministère des Affaires étrangères a annoncé que le président Tebboune a ordonné « le retour, avec effet immédiat, à Niamey de l’ambassadeur de la République algérienne démocratique et populaire accrédité auprès de la République sœur du Niger ». Cette décision intervient après le retour à Alger de l’ambassadeur nigérien et « témoigne de la haute importance qu’accorde le président de la République au renforcement des relations de fraternité, de coopération et de bon voisinage avec le Niger », précise le communiqué. Selon le ministère, cette mesure « favorisera assurément la relance de la tradition de dialogue politique bilatéral au plus haut niveau, la reprise de la coopération multiforme initiée entre les deux pays frères et la concrétisation de projets stratégiques au bénéfice de l’intégration régionale et continentale ».
Cette normalisation diplomatique s’accompagne d’une offensive économique d’envergure. Deux semaines avant le retour de l’ambassadeur, Mohamed Arkab s’était rendu à Niamey pour relancer d’importants projets énergétiques, notamment l’exploitation conjointe par Sonatrach et la société pétrolière nigérienne Sonidep du champ pétrolier de Kafra, découvert en 2018 dans le nord du pays, ainsi que la réalisation du gazoduc transsaharien devant acheminer le gaz nigérian jusqu’en Europe via le Niger et l’Algérie. Ces projets structurants consolident le positionnement algérien comme partenaire incontournable pour le développement énergétique de la région.
Après le Niger, le Burkina Faso
Le Burkina Faso constitue le deuxième volet de cette reconquête diplomatique. Arrivé jeudi soir à Ouagadougou à la tête d’une importante délégation comprenant le ministre de l’Énergie Mourad Adjal, le PDG de Sonatrach Nour Eddine Daoudi et celui de Naftal Djamel Cherdoud, Mohamed Arkab a tenu vendredi des entretiens approfondis avec son homologue burkinabè Yacouba Zabré Gouba. Cette visite s’inscrit, selon un communiqué conjoint des ministères algériens, « dans le cadre de la dynamique renouvelée marquant la coopération algéro-burkinabè, en concrétisation des orientations du président de la République visant à consolider les partenariats africains et à renforcer la coopération Sud-Sud, notamment dans les secteurs stratégiques à impact direct sur le développement socioéconomique ».
Les discussions ont couvert un spectre très large de domaines. Dans les hydrocarbures, les deux parties ont examiné « les perspectives d’approvisionnement du Burkina Faso en produits pétroliers raffinés, et le renforcement de la coopération entre le groupe Sonatrach et la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures », notamment pour « l’amélioration de la chaîne logistique, le développement des capacités de stockage et de distribution, et le renforcement de la sécurité des approvisionnements ». Arkab a affirmé « la disponibilité de l’Algérie, à travers les groupes Sonatrach et Naftal, à accompagner le Burkina Faso le long de la chaîne de valeur des hydrocarbures, mais aussi dans le domaine des produits pétroliers, du transport et de la distribution, outre les aspects réglementaires et institutionnels y afférents ».
Dans le secteur électrique, Mourad Adjal a réitéré « la disponibilité de l’Algérie à accompagner la partie burkinabè tout le long de la chaîne de valeur dans le secteur de l’électricité, en s’appuyant sur l’expertise technique et d’ingénierie dont dispose la société Sonelgaz ». Les opportunités de développement de la coopération entre Sonelgaz et la Société nationale d’électricité du Burkina Faso portent sur « l’augmentation des capacités de production, le développement des réseaux de transport et de distribution, l’accompagnement des projets structurants, la maintenance et la fourniture d’équipements électriques, ainsi que le soutien aux programmes d’électrification rurale et de développement des projets d’énergies renouvelables ».
Des enjeux géopolitiques majeurs
Au-delà de l’aspect commercial, cette offensive algérienne répond à des enjeux géopolitiques majeurs. L’objectif consiste à aider ces pays pauvres à se développer, mais aussi à contrecarrer les manœuvres du Maroc qui propose aux États sahéliens un projet d’accès routier vers l’Atlantique via le Sahara occidental occupé, et des Émirats arabes unis qui tentent d’accroître leur influence dans la région. Ces derniers cherchent à créer des foyers de tensions permanents aux frontières algériennes pour déstabiliser le pays.
Samedi dernier, le président Tebboune a révélé avoir invité son homologue nigérien à effectuer une visite en Algérie et a tendu une nouvelle fois la main au Mali, désormais isolé après avoir multiplié les attaques contre l’Algérie et renforcé ses liens avec les Émirats. Avec la normalisation des relations avec le Niger et le Burkina Faso, Bamako risque de se retrouver marginalisé au sein même de l’Alliance des États du Sahel qu’il a contribué à créer. Cette nouvelle donne régionale confirme la capacité de l’Algérie à utiliser ses atouts économiques, notamment dans les hydrocarbures et l’énergie, comme leviers de sa diplomatie et instruments de stabilisation d’une région stratégique pour sa sécurité nationale.
Salim Amokrane

