Match de gala entre la Sélection de la RASD et les anciennes gloires du football algérien : Plus qu’un symbole !
Vendredi après-midi au stade Nelson Mandela de Baraki, le football algérien a envoyé un message fort de solidarité au peuple sahraoui. Le match de gala opposant la sélection du Sahara occidental aux anciens internationaux algériens s’est soldé par un score vierge (0-0), mais l’essentiel était ailleurs : célébrer l’identité sahraouie et son droit à l’autodétermination, à quelques jours du 50e anniversaire de la proclamation de la RASD, le 27 février prochain.
Malgré un froid glacial qui a saisi Alger ce vendredi, les tribunes du stade de Baraki ont refusé de rester vides. Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, familles entières ont bravé les éléments pour répondre présent à ce rendez-vous empreint de fraternité et de solidarité. Leur présence massive témoignait d’un soutien indéfectible à la cause sahraouie, transformant cette rencontre sportive en une véritable tribune politique et humanitaire. Avant le coup d’envoi, une photo de famille immortalisant les deux sélections a été prise en présence de l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique en Algérie, Khatri Adouh Khatri, du directeur central sahraoui des sports Sidi Ahmed Al-Tahlil, du président de la Fédération de football de la RASD Ahmed Baba Yahia Bouhabini, et du président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui Saïd Ayachi. Un instant de communion qui donnait le ton d’une après-midi placée sous le signe de la fraternité maghrébine.
Sur le terrain, la sélection des anciens internationaux algériens dirigée par Younès Ifticen alignait une équipe de rêve pour les nostalgiques du football national. Mohamed Amine Zemmamouche gardait les buts, protégé par une défense composée de Rabie Meftah, Réda Babouche, Djamel-Eddine Benlamri et Nacer Meddour. Au milieu, Hamza Koudri, Brahim Boussehaba, Djamel Sellama et Abdelmalek Ziaya orchestraient le jeu, tandis que Lazhar Hadj-Aïssa et Mohamed Amroune animaient l’attaque. Des légendes comme Hamid Berguiga et Zouani Billel ont fait leur apparition en cours de match, déclenchant des ovations nourries dans les gradins. En face, la sélection sahraouie de Mohamed Kentoui comptait notamment sur Wanati Khalihena dans les buts, et sur l’expérience de joueurs comme Ahmed Bannou, Sid-Ahmed Jordi, Ismaïl Mendez, Mohamed Ghaïlani ou encore Ali Ba-Bouzid.
Malgré un âge moyen avoisinant la cinquantaine, les anciens Fennecs ont livré une prestation honorable et rythmée, faisant revivre aux spectateurs quelques gestes techniques qui avaient fait leur gloire. L’épisode le plus marquant de la rencontre est survenu à la 50e minute, lorsque le fraîchement incorporé Oussama Mokhtari a réalisé un exploit individuel sur l’aile gauche, obligeant un défenseur sahraoui à commettre une main dans la surface. Pénalty sifflé sans hésitation par l’arbitre. C’est Hamid Berguiga, surnommé «Bergui-Goal» durant sa carrière à la JS Kabylie, qui s’est présenté face au gardien adverse. Son tir, parfaitement cadré d’un contre-pied maîtrisé, semblait destiné à ouvrir le score, mais l’arbitre a ordonné de rejouer la tentative en raison de l’intrusion prématurée de plusieurs joueurs dans la surface de réparation. À la seconde tentative, Berguiga a opté pour l’autre coin du but, mais cette fois le ballon a heurté le poteau droit avant de sortir des limites du terrain, laissant échapper l’occasion d’inscrire l’unique but du match.
De leur côté, les joueurs sahraouis ont démontré de belles qualités techniques tout au long des deux mi-temps de 35 minutes. Leur organisation collective et leur détermination ont impressionné les observateurs présents, confirmant que le talent footballistique ne manque pas dans les camps de réfugiés de Tindouf. Au coup de sifflet final, le score est resté vierge, mais personne ne s’en souciait vraiment. L’essentiel était accompli : offrir au peuple sahraoui une tribune sportive digne de son combat pour la reconnaissance internationale, à l’approche du jubilé d’or de la proclamation de la RASD.
Au terme de la rencontre, les réactions ont souligné la dimension symbolique de l’événement. Younès Ifticen a déclaré : «Le but de cette rencontre était de soutenir la cause sahraouie. J’espère que les hautes instances du football continentales et internationales comme la CAF et la FIFA en tiendront compte, en reconnaissant l’État sahraoui. La RASD possède de bons joueurs et il serait fortement regrettable de les priver de jouer au football.» Un message direct adressé aux instances dirigeantes du football mondial, leur rappelant que le sport peut être un vecteur de justice et de reconnaissance. Le capitaine algérien Djamel-Eddine Benlamri a abondé dans le même sens, insistant sur la portée universelle de cette rencontre : «Cette rencontre était bien plus qu’un simple match d’exhibition. C’était tout d’abord une fête grandiose du football, mais aussi un message de lutte, adressé au monde entier. La RASD possède de bons jeunes joueurs, auxquels je prédis un avenir radieux. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de cet événement, et je profite également de l’occasion pour souhaiter un bon Ramadhan à toute la nation musulmane.»
Lazhar Hadj-Aïssa, le meneur de jeu qui a régalé les supporters durant ses belles années, a pour sa part souligné le caractère légitime de cette initiative : «Heureux d’avoir participé à cet événement, destiné à célébrer la création de la Fédération sahraouie de football. La pratique du sport en général et du football en particulier est un droit légitime pour tout le monde. Je souhaite beaucoup de réussite à l’équipe de la RASD et je tiens également à remercier le peuple algérien pour être venu nombreux au stade. Quoique, concernant l’Algérie, c’est loin d’être une surprise, car notre pays a toujours soutenu les causes de ce genre.»
Du côté sahraoui, l’émotion était palpable. L’attaquant Mouloud Saïd a confié : «Ce match de gala a été l’occasion pour nous de prouver au monde entier que nous existons. Notre victoire ne réside pas seulement dans l’organisation de ce match de gala, mais de célébrer aussi la création de notre fédération de football.» Son coéquipier Ali Mahmoud a quant à lui rendu un hommage appuyé à l’Algérie : «Je tiens à remercier l’Algérie pour cette charmante initiative et pour son soutien indéfectible à la cause sahraouie. J’étais convaincu que le stade allait être plein aujourd’hui, car le peuple algérien tout entier est derrière nous. Pour notre part, on va continuer à travailler, en disputant d’autres matchs, pour progresser et atteindre un meilleur niveau de compétition.»
L’ambassadeur sahraoui en Algérie, Khatri Adouh Khatri, a résumé l’enjeu de cette journée en affirmant que le peuple sahraoui «dispose de toutes les énergies et des potentialités nécessaires pour poursuivre son combat dans divers domaines afin de recouvrer ses droits inaliénables et de concrétiser la politique de l’État sahraoui». Une déclaration qui résonne comme un message d’espoir et de détermination, porté par le souffle du ballon rond. Ce match de gala restera dans les mémoires non pas pour son score, mais pour ce qu’il représente : la force du sport comme outil de fraternité, de résistance et d’affirmation identitaire.
Moncef Dahleb

