GPL, produits pétroliers et formation : L’Algérie et le Burkina Faso renforcent leur coopération énergétique
Un procès-verbal de discussions signé dans quatre secteurs clés, un projet de centre d’emplissage de GPL, des programmes de formation : la visite de travail d’une délégation algérienne menée par Mohamed Atkab à Ouagadougou les 12 et 13 février a produit des résultats concrets.
Deux jours, quatre secteurs, un procès-verbal. La visite de travail qu’une délégation algérienne de haut niveau a effectuée les 12 et 13 février 2026 à Ouagadougou a débouché sur des engagements formels qui dépassent le registre habituel des déclarations d’intention. Le ministre d’État en charge des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, accompagné de son homologue de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, des PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, et de Naftal, Djamel Cherdoud, ainsi que de cadres des deux secteurs, a conduit à Ouagadougou un agenda dense : rencontre technique avec la Société nationale burkinabé d’hydrocarbures (Sonabhy), entretiens bilatéraux avec les autorités burkinabé et, en clôture, signature d’un procès-verbal de discussions dans les domaines des hydrocarbures, de l’énergie, des mines et de la formation. La délégation algérienne ne s’est pas déplacée pour parler — elle s’est déplacée pour signer.
La réunion de coordination tenue vendredi au siège de la direction générale de la Sonabhy a constitué le volet opérationnel de la visite. Autour de la table, le PDG de Sonatrach Nour Eddine Daoudi, le représentant du directeur général de la Sonabhy et ses cadres, le directeur général des Hydrocarbures au ministère algérien, Mourad Beldjehem, et le PDG de Naftal, Djamel Cherdoud. L’ordre du jour : identifier les mécanismes par lesquels le Burkina Faso pourrait bénéficier de l’expertise algérienne dans la production, le transport et la distribution de produits pétroliers, et plus spécifiquement dans le domaine du gaz de pétrole liquéfié (GPL) et du propane. La Sonabhy est une entreprise publique dont la mission couvre l’importation, le stockage, le transport, le traitement et la commercialisation des hydrocarbures liquides et gazeux — elle est, en d’autres termes, la cheville ouvrière de la sécurité énergétique burkinabé. C’est précisément là qu’Alger entend aider.
Les échanges ont permis de dégager des pistes concrètes. L’une d’elles, emblématique, porte sur « la possibilité d’accompagner le Burkina Faso à mettre en place un centre de remplissage de bouteilles de gaz butane et de le doter en équipements nécessaires, notamment les bouteilles et leurs accessoires », selon le communiqué du ministère algérien des Hydrocarbures. Au-delà de l’équipement, c’est le transfert de savoir-faire qui est visé : développement de programmes de formation dans le domaine du GPL, échange d’expertise et de connaissances techniques, renforcement des compétences humaines. Nour Eddine Daoudi a, de son côté, réaffirmé « la disposition du groupe à accompagner les efforts de Sonabhy visant à développer le secteur des hydrocarbures et à améliorer sa performance, dans le cadre d’une approche fondée sur le partenariat équilibré et les intérêts mutuels ». L’énumération des domaines couverts — production, transport, distribution, formation — dessine en creux le portrait d’un Burkina Faso dont les infrastructures énergétiques ont besoin d’un appui structurant que l’Algérie se dit prête à fournir.
La cérémonie de signature du procès-verbal de discussions a officialisé, en présence des ministres Arkab, Adjal et de leur homologue burkinabé Yacouba Zabré Gouba, les engagements des deux jours de travaux. Le document consacre, selon les termes du communiqué, « la volonté commune des deux pays de hisser les relations de coopération au rang de partenariat stratégique dans les domaines des hydrocarbures, de l’énergie et des mines ». Les axes prioritaires définis sont larges mais précis : approvisionnement du Burkina Faso en produits pétroliers, développement de la coopération GPL, renforcement des capacités de stockage et de distribution. L’électricité fait également son entrée dans le cadre de coopération, avec un volet dédié à l’accompagnement de la Société nationale d’électricité du Burkina Faso (SONABEL) dans des projets de production, de transport, de distribution, de maintenance et d’équipements. Le secteur minier et la formation des cadres et techniciens burkinabé dans les spécialités des hydrocarbures, de l’électricité et des énergies renouvelables complètent le tableau. Pour garantir que ces accords ne restent pas lettre morte, les deux parties ont convenu de mettre en place des groupes de travail sectoriels chargés du suivi conjoint.
Un message politique fort
La visite au mémorial du président Thomas Sankara, inauguré récemment à Ouagadougou, a ajouté à la mission économique une dimension symbolique que Mohamed Arkab a pleinement assumée. Après le dépôt d’une gerbe de fleurs à la mémoire du président burkinabé et de ses compagnons assassinés en 1987, le ministre d’État a tenu à inscrire la coopération algéro-burkinabé dans un récit historique long. Il a relevé que « le parcours du défunt président Thomas Sankara, avec ce qu’il a véhiculé comme principes de souveraineté, de justice sociale et d’affranchissement de la dépendance, s’accorde avec les valeurs défendues par la Révolution algérienne », ajoutant que cette convergence « traduit l’aspiration commune des peuples d’Afrique à l’édification d’États forts, indépendants et agissants dans leur entourage régional et international ». L’évocation de la Révolution du 1er novembre 1954 — « modèle inspirant de sacrifice et de résistance » — et de son rayonnement sur les mouvements de libération africains n’est pas ornementale : elle situe le partenariat énergétique dans une filiation anticoloniale et souverainiste que les deux pays revendiquent aujourd’hui avec une vigueur renouvelée.
Ce déplacement à Ouagadougou s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large. Depuis plusieurs mois, l’Algérie intensifie son ancrage en Afrique subsaharienne, mobilisant ses groupes publics — Sonatrach, Naftal, Sonelgaz — comme vecteurs de coopération concrète. Le procès-verbal signé vendredi ne constitue pas une finalité : il ouvre un cadre dans lequel les deux pays devront maintenant produire des résultats mesurables. Le ministère des hydrocarbures et des Mines a lui-même qualifié le document de « nouvelle étape dans le processus de consolidation des relations de fraternité et de coopération, et une concrétisation effective de la volonté politique commune de bâtir un partenariat africain efficace, basé sur les intérêts mutuels et l’intégration économique ». Pour le Burkina Faso,l’appui algérien dans le secteur énergétique arrive à un moment où la question de la sécurité énergétique est plus que jamais stratégique. Pour Alger, c’est l’occasion de démontrer que la coopération Sud-Sud n’est pas un slogan — mais une ingénierie qui se construit équipement par équipement, formation par formation.
Samira Ghrib

