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Nucléaire iranien : Reprise des pourparlers à Genève sous haute tension

L’Iran et les États-Unis tentent, à partir de ce mardi à Genève, de relancer une voie diplomatique pour éviter une nouvelle confrontation majeure. Alors que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, entame des discussions techniques avec l’AIEA, les manœuvres militaires s’intensifient dans le Golfe, où Washington renforce sa présence navale.

Arrivé dimanche en Suisse, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a immédiatement posé le cadre de cette nouvelle séquence de négociations : Téhéran est venu avec des « idées concrètes » pour un accord « juste et équitable », mais refuse toute « soumission face aux menaces ». Ces pourparlers indirects avec les États-Unis, facilités par la médiation du sultanat d’Oman et de la Suisse, interviennent dix jours après une première prise de contact à Mascate, qualifiée de positive par les deux parties malgré un contexte régional explosif. Avant d’entrer dans le vif du sujet politique avec les médiateurs, M. Araghchi devait s’entretenir lundi avec Rafael Grossi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’objectif est de déminer les dossiers techniques qui entravent la confiance mutuelle, notamment la question de l’accès des inspecteurs onusiens aux sites nucléaires iraniens. Ces inspections avaient été drastiquement réduites, voire suspendues, à la suite des frappes israélo-américaines de juin 2025, un conflit de douze jours qui avait laissé de profondes cicatrices sur les infrastructures et les relations diplomatiques.

L’AIEA réclame aujourd’hui la reprise complète des vérifications, y compris sur les sites touchés l’an dernier, et demande à Téhéran de faire la lumière sur le sort de ses stocks d’uranium hautement enrichi. De son côté, l’Iran, qui a toujours affirmé que son programme nucléaire était à vocation exclusivement civile, demande à l’agence de clarifier sa position concernant les attaques militaires subies par ses installations.

L’enrichissement au cœur du marchandage

Le point d’achoppement principal demeure le niveau d’enrichissement de l’uranium iranien. Avant la guerre de 2025, Téhéran enrichissait à hauteur de 60 %, un seuil proche des 90 % nécessaires à une application militaire. Face aux spéculations occidentales relayées par certains médias sur un éventuel transfert de 400 kg d’uranium enrichi vers un pays tiers, les autorités iraniennes ont opposé une fin de non-recevoir, dénonçant la pression de « groupes hostiles ». Néanmoins, une porte de sortie semble s’entrouvrir. Mohammad Eslami, le chef de l’agence nucléaire iranienne, a signifié lundi que la République islamique était prête à diluer son stock d’uranium à 60 % si, et seulement si, Washington levait l’ensemble des sanctions qui étranglent l’économie du pays. Cette position a été corroborée par le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, dans un entretien à la BBC, soulignant la volonté de compromis de Téhéran sur le volet nucléaire en échange d’un allégement économique.

Cependant, les attentes de Washington dépassent le seul spectre de l’atome. L’administration américaine, tout comme l’entité sioniste, exige que les discussions englobent le programme de missiles balistiques de l’Iran et son soutien aux groupes armés régionaux. Une extension du périmètre des négociations que Téhéran a jusqu’ici rejetée, souhaitant cantonner le dialogue au dossier nucléaire.

Démonstrations de force dans le détroit d’Ormuz

Pendant que les diplomates s’activent dans les salons feutrés de Genève, la tension est palpable à plusieurs milliers de kilomètres de là, dans les eaux stratégiques du Golfe. Le Pentagone a confirmé un renforcement significatif de son dispositif militaire : le groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln est déjà opérationnel sur zone, tandis que le porte-avions USS Gerald R. Ford fait route pour le rejoindre. Ce déploiement, appuyé par des destroyers lance-missiles et des avions de combat repositionnés depuis l’Europe, vise officiellement à « renforcer la dissuasion » et protéger le personnel américain.

En réponse, l’Iran a lancé lundi un vaste exercice militaire dans le détroit d’Ormuz, couloir vital par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Supervisées par le général Mohammad Pakpour, ces manœuvres des Gardiens de la Révolution ont pour but de préparer les forces iraniennes aux « menaces sécuritaires ». Téhéran a rappelé à plusieurs reprises sa capacité à fermer ce détroit en cas d’agression, une menace qui ferait flamber les cours du brut et déstabiliserait l’économie mondiale.

Le contexte politique américain pèse lourdement sur les chances de succès à Genève. Le président Donald Trump, tout en laissant la porte ouverte à un règlement diplomatique, a multiplié les avertissements, évoquant des conséquences « traumatisantes » en cas d’échec et n’excluant pas l’hypothèse d’un changement de régime. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, en visite en Hongrie, s’est montré prudent, voire sceptique : « Il a toujours été très difficile de conclure de véritables accords avec l’Iran (…) mais nous serons ouverts », a-t-il déclaré, tout en soulignant la difficulté de traiter avec des décideurs qu’il qualifie de « radicaux ». Pour tenter d’arracher un accord, Washington a dépêché ses émissaires, dont Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre et conseiller du président.

En Iran, le gouvernement doit composer avec une situation intérieure complexe. Après les manifestations de janvier, des slogans anti-gouvernementaux ont de nouveau été entendus dimanche soir à Téhéran. Pour les dirigeants iraniens, la levée des sanctions est une nécessité vitale pour apaiser le mécontentement social, mais pas au prix de ce qu’ils considéreraient comme une atteinte à leur souveraineté nationale.

Lyes Saïdi

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