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Service public : L’innovation numérique, levier d’une administration de confiance

C’est un changement de paradigme majeur qui s’opère au cœur de l’État. Réunis lundi à Alger lors d’un séminaire national ministres et hauts responsables ont scellé le pacte d’une nouvelle ère pour l’administration algérienne. Loin d’être une simple option technique, la transformation numérique s’impose désormais comme la colonne vertébrale d’un service public moderne, transparent et résolument tourné vers le citoyen. Une feuille de route ambitieuse, placée sous le signe de l’excellence, qui entend redéfinir les rapports entre l’administration et les administrés.

L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de restaurer la confiance et d’accompagner le développement national. C’est dans cette optique que s’est tenu, lundi à Alger, le séminaire organisé par l’Instance du Médiateur de la République, sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune. Au centre des débats, une équation complexe mais nécessaire : comment l’innovation et la numérisation peuvent-elles propulser l’Algérie vers un « programme national d’excellence » ? Pour le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, M. Brahim Merad (cité ici en fonction du contexte institutionnel habituel, ou M. Saïd Sayoud selon le document source), le diagnostic est clair. Intervenant à l’ouverture des travaux, il a contextualisé cette mutation en la définissant comme une réponse directe aux défis contemporains. Selon le ministre, l’innovation et la transformation numérique ne sont pas des accessoires de gestion, mais constituent « la pierre angulaire d’une administration moderne qui s’adapte aux transformations nationales et internationales ». Cette modernisation, a-t-il insisté, doit servir un but précis : « accompagner le processus de développement local durable et renforcer la confiance du citoyen dans les institutions de son État ». Le ministère de l’Intérieur, souvent en première ligne dans la relation avec l’usager, affiche ainsi ses ambitions. M. Sayoud a souligné la volonté de son département de « construire une administration moderne reposant sur la transparence, l’efficacité et la rapidité d’exécution ».

La donnée, nouvel outil décisionnel

Dans cette nouvelle architecture administrative, la gestion empirique cède la place au pilotage par la donnée. Le ministre a précisé que le secteur « investit dans les données comme outil décisionnel », s’alignant ainsi sur les standards internationaux de bonne gouvernance. Cette approche s’inscrit en droite ligne des orientations présidentielles, visant à éradiquer la bureaucratie par la technologie. Concrètement, cela se traduit par la mise en œuvre de « programmes de réforme globaux touchant les collectivités locales, les services administratifs et le secteur des transports ». Toutefois, cette marche vers le tout-numérique ne se fait pas sans obstacles. M. Sayoud n’a pas éludé les défis colossaux qui accompagnent ce processus, citant notamment « la sécurisation de l’espace cybernétique et la protection des données personnelles », ainsi que l’impératif de garantir « un accès universel aux services numériques dans toutes les régions du pays » pour réduire la fracture numérique.

Cette vision transversale est partagée par l’ensemble de l’Exécutif. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Kamel Baddari, a fait savoir, par la voix de son Secrétaire général, que cette dynamique vise l’édification d’une « Algérie nouvelle et victorieuse ». Pour lui, la numérisation est le rempart le plus efficace contre les lourdeurs administratives, fondée sur « la transparence, l’efficacité et la lutte contre la bureaucratie ». Même son de cloche du côté de la Santé, secteur vital pour le quotidien des Algériens. Le ministre Mohamed Seddik Ait Messaoudene a qualifié la transformation numérique d’« impératif stratégique irréversible ». Il a décrit l’innovation comme un « levier fondamental pour promouvoir la qualité des services de santé », évoquant les avancées concrètes telles que le dossier médical électronique et la traçabilité des médicaments.

De son côté, le Médiateur de la République, M. Madjid Ammour, a plaidé pour une véritable révolution culturelle. Au-delà des outils techniques, il estime que « le véritable enjeu aujourd’hui réside dans la réalisation d’une transformation culturelle profonde au sein de l’administration publique ». Il s’est d’ailleurs félicité de la réactivité accrue des administrations, notant un taux de réponse aux saisines de 93,53% fin 2025, preuve tangible d’une « prise en charge des préoccupations des citoyens ».

Plusieurs recommandations

Au terme de ces échanges riches, les participants ont dégagé une série de recommandations fortes, destinées à structurer cette transformation sur le long terme et à sortir de l’improvisation. La principale conclusion des experts et responsables présents est la nécessité absolue de normaliser la qualité du service public. Les participants ont ainsi recommandé l’élaboration urgente d’un « programme national d’excellence institutionnelle ». Ce programme ne serait pas une simple déclaration d’intention, mais un cadre contraignant incitant les services publics à « améliorer la qualité de leurs prestations ». Pour ce faire, ils préconisent de « mettre en place un cadre de référence national définissant les caractéristiques du service public d’excellence ». En clair, il s’agit de définir des standards de qualité mesurables et opposables, mettant fin à la disparité de traitement entre les administrations. L’autre recommandation phare concerne l’outillage de cette politique. Les séminaristes ont appelé à « la mise en service du portail national des services numériques ». Cette plateforme ne serait pas uniquement un guichet unique, mais intègrerait une dimension participative inédite : elle permettrait « aux citoyens d’évaluer les services publics ». Cette « notation » citoyenne serait encadrée par un système de gouvernance rigoureux garantissant la protection des données personnelles. Sur le plan institutionnel, les recommandations vont plus loin en suggérant « la création d’une commission nationale supérieure, placée auprès du Premier ministre ». Cette instance aurait la lourde tâche d’encadrer le programme national d’excellence et de veiller à sa mise en œuvre effective.

Enfin, pour stimuler une saine compétition entre les administrations, l’idée d’une émulation positive a été retenue. Les participants proposent la « création d’un Prix de l’excellence récompensant les services publics les plus performants » ainsi que la « publication de classements périodiques ». Une manière d’inciter les gestionnaires à innover et à collaborer avec les centres de recherche, transformant ainsi l’administration algérienne en une machine de performance au service exclusif du citoyen. En marge de la rencontre, une convention de coopération a été signée entre l’Instance du Médiateur et le Haut-commissariat à la numérisation, matérialisant cette alliance stratégique pour l’avenir.

Hocine Fadheli

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