Pour sécuriser les marchés et contenir les prix : L’État déploie un arsenal de mesures
Le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a dévoilé mardi un ensemble de dispositifs anticipatifs destinés à garantir la disponibilité des produits alimentaires de large consommation et la stabilité des prix sur le marché national durant le Ramadhan. Ces mesures, annoncées dans un communiqué officiel, ont été prises conformément aux instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans un contexte où la demande en produits de base connaît traditionnellement une forte hausse durant ce mois sacré. Cette mobilisation précoce des pouvoirs publics témoigne de la volonté des autorités d’éviter les tensions inflationnistes et les ruptures d’approvisionnement qui ont parfois marqué les précédents Ramadhan. Le ministère a précisé avoir agi sur plusieurs fronts simultanément, en jouant à la fois sur les stocks, les circuits de distribution et les capacités d’importation, tout en cherchant à stimuler la production locale.
Des stocks renforcés de céréales et légumineuses
En ce qui concerne les céréales, le ministère a indiqué avoir fourni des quantités supplémentaires de blé dur et de blé tendre aux minoteries de semoule et de farine réparties à travers les différentes wilayas du pays. L’objectif est de faire face à la consommation accrue de pâtes alimentaires, produit incontournable des tables familiales durant le Ramadhan. Parallèlement, les stocks de légumineuses ont été renforcés, couvrant le pois chiche, les haricots, les lentilles et les pois secs. Pour rapprocher ces produits du consommateur et court-circuiter les intermédiaires susceptibles de gonfler les prix, le ministère a également procédé à la réactivation des points de vente directs à travers le territoire national.
Lait et produits laitiers : des quotas supplémentaires
La question du lait pasteurisé, dont la consommation s’emballe chaque Ramadhan, a fait l’objet d’une attention particulière. La commission ministérielle conjointe chargée de l’organisation du programme de production et de distribution du lait pasteurisé a accordé des quotas supplémentaires de lait en poudre aux opérateurs concernés. Une mesure destinée, selon le communiqué, à « assurer un approvisionnement régulier du marché national » et à prévenir les pénuries localisées qui génèrent chaque année leur lot de tensions dans les points de vente.
Pour soutenir l’offre en fruits et légumes, le ministère s’appuie notamment sur la production saisonnière issue des serres et des cultures précoces, en particulier dans les wilayas du Sud, qui fournissent des quantités significatives de pommes de terre, de tomates et de courgettes à cette période de l’année. En parallèle, une mise sur le marché progressive des stocks constitués dans le cadre du système de régulation des produits agricoles de large consommation a été engagée, portant notamment sur les pommes de terre, les oignons et l’ail séchés. Le ministère présente cette mesure de déstockage maîtrisé comme un levier essentiel « contribuant à la stabilité des prix », dans un secteur particulièrement sensible aux spéculations saisonnières.
Viandes rouges : une vague d’importations massives en cours
C’est sans doute sur le dossier des viandes rouges que les chiffres sont les plus éloquents. Depuis le début de l’année 2026, le ministère fait état de l’importation de 8.288,59 tonnes de viande bovine et ovine, ventilées entre 1.643,99 tonnes de viande bovine fraîche en carcasse, 5.812,90 tonnes de viande bovine conditionnée sous vide et 831,70 tonnes de viande ovine fraîche en carcasse. L’Algérienne des viandes rouges (ALVIAR), filiale du groupe public AGROLOG, a mis en place ce que le ministère qualifie de « programme exceptionnel d’importation de bétail en prévision du mois de Ramadhan ». À ce jour, 62.594 têtes de moutons et 7.063 têtes de bovins ont déjà été importées. La semaine prochaine, 21.689 têtes de moutons supplémentaires et 3.982 têtes de bovins sont programmées à l’importation. Ces volumes considérables traduisent l’ampleur de l’effort consenti par l’État pour peser sur les prix de la viande, historiquement sous tension à l’approche du Ramadhan.
Sur le moyen terme, le secteur agricole entend également consolider la production nationale à travers le programme d’extension des projets d’engraissement local dans les wilayas des Hauts-Plateaux et du Sud, la réhabilitation des abattoirs régionaux et l’amélioration de la chaîne de froid et du transport. Des investissements structurels qui visent, selon le ministère, à « garantir la stabilité de l’offre et des prix de manière durable », au-delà du seul contexte du Ramadhan.
Viandes blanches et œufs : des réserves mobilisées L’Office national des aliments du bétail (ONAB) a été mobilisé pour libérer les stocks nationaux de viandes blanches surgelées entreposés dans ses unités de réfrigération. Un stock de 10.000 tonnes a été constitué, dont le déstockage a officiellement débuté le 9 février. Quant aux œufs de consommation, la production nationale est estimée à près de 468 millions d’unités par mois, un volume jugé suffisant pour couvrir les besoins, d’autant que leurs prix ont récemment enregistré une légère baisse. Le ministère conclut son communiqué en réaffirmant que « ces mesures visent à garantir un approvisionnement régulier et suffisant du marché national pendant le mois de Ramadhan, tout en veillant à la stabilité des prix et à la prévention de toute perturbation éventuelle de l’offre ». Un message adressé autant aux consommateurs inquiets qu’aux opérateurs économiques tentés par la spéculation, alors que le pouvoir d’achat reste au cœur des préoccupations sociales.
Lyna Larbi

