Économie

Pétrole et gaz : Sonatrach en fer de lance d’une ambition africaine

Au moment où l’Afrique s’impose comme le nouveau terrain de jeu des grandes puissances énergétiques mondiales, l’Algérie joue résolument sa propre partition. Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, a reçu dimanche au siège de son département la conseillère spéciale de la présidente de la République de Namibie et responsable de l’Unité pétrolière amont, Kornelia Shilunga, en visite de travail à Alger. Une rencontre qui traduit, au-delà du protocole diplomatique, la volonté des deux pays de transformer une relation cordiale en un véritable partenariat industriel dans le secteur stratégique des hydrocarbures. La visite revêt une signification particulière. La Namibie figure parmi les nouvelles frontières pétrolières du continent africain. Depuis la découverte, en 2022, de gisements offshore potentiellement gigantesques au large de ses côtes — certaines estimations évoquent plusieurs milliards de barils — Windhoek cherche activement à s’entourer de partenaires expérimentés pour bâtir une industrie des hydrocarbures à la hauteur de ses ressources. C’est dans ce contexte que la présence d’une conseillère spéciale directement rattachée à la présidence namibienne prend tout son poids : la Namibie ne vient pas en touriste, elle vient chercher un modèle. La rencontre s’est déroulée en présence de la secrétaire d’État chargée des Mines, Karima Bakir Tafer, de l’ambassadeur de Namibie en Algérie, Samuel Kaveto Mbambo, ainsi que de cadres des deux parties, précise le communiqué du ministère. Un tour de table qui signale d’emblée le sérieux de l’échange, mobilisant à la fois les responsables politiques et les experts techniques des deux administrations. Sur le fond, les discussions ont couvert l’intégralité de la chaîne de valeur des hydrocarbures. Selon le communiqué, les deux parties ont examiné « les voies et moyens de renforcer les relations de coopération bilatérale, la concertation et l’échange de vues, notamment dans les domaines des hydrocarbures et de l’industrie pétrolière et gazière, à travers les différentes étapes de la chaîne de valeur, de l’exploration et la production au raffinage, à la transformation, à la liquéfaction et au transport du gaz ». Un périmètre volontairement large, qui laisse ouverts tous les champs d’un partenariat potentiellement structurant.

Au-delà des aspects techniques, la dimension politique de la rencontre a été clairement affirmée. Les deux parties ont réaffirmé, toujours selon le communiqué, « leur volonté commune de hisser leurs relations au niveau d’un partenariat fondé sur des projets concrets et des programmes d’action exécutifs, à même de renforcer l’intégration économique et le développement durable dans le continent africain ». Une formulation ambitieuse, qui ancre la coopération algéro-namibienne dans une vision plus large de l’intégration africaine, cohérente avec la politique étrangère portée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune.

Mohamed Arkab a, pour sa part, profité de la rencontre pour rappeler le cadre doctrinal de l’engagement africain de l’Algérie. Il a souligné, selon la même source, « la nouvelle dynamique marquant les relations de l’Algérie avec les pays africains », réaffirmant l’engagement d’Alger « en faveur d’une politique énergétique fondée sur le renforcement des partenariats Sud-Sud, et de l’élargissement de la présence du groupe Sonatrach sur la scène africaine, en application des instructions du président de la République ». Sonatrach, le groupe public qui demeure le pilier de l’économie nationale et l’un des premiers groupes énergétiques du continent, est clairement désigné comme le bras opérationnel de cette stratégie d’expansion africaine. La question de la formation et du transfert de compétences a également occupé une place centrale dans les échanges. L’Algérie a mis en avant ses capacités en matière de formation des cadres africains à travers ses instituts spécialisés, au premier rang desquels l’Institut algérien du pétrole (IAP), dont la réputation dans le monde arabe et africain n’est plus à faire. Cette dimension humaine du partenariat est loin d’être anodine : elle rappelle aussi la position de l’Algérie non seulement comme fournisseur de technologie et d’expertise opérationnelle, mais comme un formateur de générations entières de professionnels du secteur énergétique africain. Les discussions ont également abordé les aspects réglementaires et fiscaux, avec un intérêt mutuel pour « les mécanismes d’assistance technique, les modèles économiques adoptés et les régimes fiscaux, de manière à garantir l’optimisation des recettes publiques », précise le communiqué. Un volet souvent négligé dans les accords de coopération, mais décisif pour qu’un pays émergent comme la Namibie puisse tirer le maximum de ses ressources dans le cadre d’une souveraineté sur ses ressources sans répéter les erreurs historiques de nombreux États producteurs africains. Du côté namibien, le ton a été celui d’une demande explicite d’accompagnement. Kornelia Shilunga a exprimé « la considération de son pays quant à la volonté de l’Algérie d’accompagner la Namibie », saluant « l’expérience algérienne dans la gestion du secteur des hydrocarbures qu’elle a qualifiée d’exemplaire ». Elle a réitéré « la volonté de son pays de bénéficier de cette expertise pour le développement de son industrie pétrolière et gazière », et manifesté « l’intérêt de son pays pour le renforcement des partenariats avec les entreprises algériennes, à leur tête Sonatrach, afin de développer l’ensemble de la chaîne de valeur dans le domaine des hydrocarbures », conclut le communiqué. Concrètement, les deux parties sont convenues de « mettre en place des mécanismes opérationnels pour la concrétisation des axes de coopération et d’organiser des visites de terrain au niveau des sites énergétiques ». Une feuille de route modeste dans sa formulation, mais qui ouvre la voie à des engagements plus substantiels, notamment une éventuelle entrée de Sonatrach dans les projets d’exploration ou de développement namibiens. Pour l’Algérie, chaque présence renforcée sur le continent est un maillon supplémentaire d’une stratégie de puissance énergétique régionale qui, discrètement mais résolument, prend forme.

Samira Ghrib

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