La compagnie commande dix Boeing 737 MAX 8 : Air Algérie déploie ses ailes
Dix appareils de nouvelle génération, deux vagues de livraison entre 2026 et 2027, et l’ambition affichée de faire d’Alger un carrefour aérien incontournable entre l’Afrique et l’Europe. Air Algérie vient de franchir une étape décisive dans sa mue stratégique.
Le Groupe Air Algérie a annoncé jeudi l’acquisition de dix Boeing 737 MAX 8, scellant par communiqué officiel l’une des commandes aéronautiques les plus significatives de son histoire récente. L’opération, présentée comme une déclinaison directe des «hautes orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant le développement et la modernisation du transport aérien civil en Algérie», s’inscrit dans un plan global d’acquisition de dix-huit appareils qui dessine les contours d’une compagnie nationale en pleine transformation. Le calendrier de livraison a été précisé par la compagnie : cinq appareils rejoindront la flotte à partir de juillet 2026, les cinq restants étant attendus au cours de l’année 2027. Un étalement qui permet à Air Algérie d’absorber progressivement ces nouvelles capacités tout en formant les équipages et en adaptant ses infrastructures de maintenance. Le communiqué du Groupe indique que cette opération vise simultanément «la modernisation de la flotte, le renforcement du réseau et l’amélioration de l’expérience client ainsi que du confort à bord» — trois leviers qui conditionnent directement la compétitivité commerciale de la compagnie sur ses liaisons domestiques et internationales.
Le choix du 737 MAX 8 n’est pas anodin. Après les déboires qui ont cloué au sol l’ensemble de la flotte MAX mondiale entre 2019 et 2020 à la suite de deux accidents mortels, Boeing a entrepris une refonte complète des systèmes de vol incriminés. L’appareil, recertifié depuis par les grandes autorités de l’aviation civile, est aujourd’hui considéré comme l’un des monocouloirs les plus économes du marché, avec une consommation de carburant réduite d’environ 14 % par rapport à la génération précédente. Pour une compagnie dont la masse salariale et la facture kérosène pèsent lourd dans les comptes, cet argument économique pèse autant que les performances commerciales de l’appareil.
Les enjeux de cette commande dépassent largement le seul renouvellement de flotte. Air Algérie opère aujourd’hui dans un environnement concurrentiel profondément reconfiguré : la montée en puissance des compagnies du Golfe sur les routes africaines, l’agressivité tarifaire de transporteurs low-cost européens sur les liaisons vers la diaspora algérienne, et l’émergence de nouveaux acteurs africains exercent une pression croissante sur le pavillon national. Dans ce contexte, disposer d’appareils récents, moins coûteux à l’exploitation et offrant un meilleur confort passager n’est plus un avantage concurrentiel optionnel — c’est une obligation. Le Groupe l’a d’ailleurs formulé sans ambages dans son communiqué, affirmant que «ce projet s’inscrit dans une vision globale visant à accompagner les évolutions du secteur du transport aérien et à répondre aux exigences des marchés national et international», et que la démarche «devra contribuer à renforcer la compétitivité de la compagnie et à consolider sa position». Derrière la langue de bois institutionnelle, le message est clair : Air Algérie entend ne plus subir la concurrence, mais la disputer et s’imposer sur ses marchés naturel tout en allant à l’assaut des marchés internationaux.
L’ambition géographique sous-jacente mérite d’être soulignée. Avec ses dix-huit appareils programmés — les dix 737 MAX 8 annoncés jeudi, auxquels s’ajoutent des Boeing 737 MAX-9 attendus à l’horizon 2027 — et le renforcement parallèle de sa flotte Airbus, la compagnie cherche à densifier ses fréquences sur les axes porteurs : Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, et surtout Afrique subsaharienne, où la demande de connectivité explose et où Alger dispose d’une position géographique idéale pour se positionner en hub de correspondance. Transformer l’aéroport Houari-Boumediene en véritable plaque tournante entre les deux continents est un objectif qui circule dans les couloirs du secteur depuis des années. Les commandes actuelles lui donnent un début de traduction concrète.
Samir Benisid

