Un hommage solennel
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est recueilli ce dimanche au Palais du peuple à Alger devant la dépouille de l’ancien président Liamine Zeroual, décédé la veille à l’Hôpital militaire Mohamed Seghir-Nekkache des suites d’une longue maladie. Trois jours de deuil national ont été décrétés. L’inhumation aura lieu lundi à Batna, ville natale du défunt. Tebboune était là, grave et silencieux, devant le cercueil drapé aux couleurs nationales. Le président de la République s’est rendu ce dimanche au Palais du peuple pour se recueillir à la mémoire de Liamine Zeroual, l’ancien chef de l’État emporté samedi soir par une longue maladie, à l’Hôpital militaire Mohamed Seghir-Nekkache d’Alger. Il a signé le registre de condoléances, accompagné du général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire. Un geste sobre, à la hauteur du personnage qu’on venait honorer : un homme qui avait dirigé l’Algérie dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine, sans jamais chercher les honneurs.
La dépouille du moudjahid avait été acheminée dans la matinée au Palais du peuple, portée par des officiers de l’ANP, enveloppée dans l’emblème national. C’est dans cette solennité que l’Algérie officielle a défilé tout au long de la journée pour un dernier adieu. Le président du Conseil de la Nation, Azouz Nasri, le président de l’Assemblée populaire nationale, Brahim Boughali, la présidente de la Cour constitutionnelle, Leïla Aslaoui, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, le directeur de cabinet de la présidence, Boualem Boualem, des membres du gouvernement, des officiers généraux, des cadres de l’ANP, des chefs de partis politiques, des moudjahidine et des membres du corps diplomatique accrédité en Algérie se sont succédé devant la dépouille, récitant la Fatiha du Saint Coran à la mémoire du défunt. Mais au-delà du protocole et des uniformes, c’est une foule de simples citoyens, des centaines d’entre eux, qui ont également tenu à faire le déplacement, bravant l’émotion pour rendre une dernière fois hommage à celui qu’ils avaient connu président dans les années les plus difficiles.
L’annonce du décès, communiquée samedi soir par la Présidence de la République dans un sobre message — « À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons » —, avait immédiatement plongé le pays dans un recueillement collectif. Dans la foulée, trois jours de deuil national ont été décrétés, à compter du samedi 28 mars, sur l’ensemble du territoire national et dans toutes les représentations diplomatiques algériennes à l’étranger. Le drapeau national a été mis en berne, des Aurès jusqu’aux ambassades d’Europe. À Bruxelles, La Haye et Madrid, des cérémonies d’hommage ont été organisées dans une atmosphère empreinte d’émotion et de fidélité, saluées par de nombreux membres de la diaspora qui ont tenu à exprimer leur peine et leur respect pour un homme dont ils gardaient, disaient-ils, le souvenir des positions fermes en faveur de leurs droits et du lien avec la patrie.
La communauté algérienne à l’étranger, justement, n’a pas manqué de rappeler ce qui avait fait la singularité de Zeroual aux yeux de beaucoup : son intégrité, sa bienveillance, et la place particulière qu’il avait accordée aux Algériens établis hors des frontières à une époque où peu de dirigeants s’en préoccupaient. Des personnalités de la diaspora ont évoqué un homme dont les positions restent « présentes dans les mémoires », notamment pour ce qu’il avait entrepris en matière de protection des droits des expatriés et de renforcement de leur sentiment d’appartenance nationale.
L’hommage a également traversé les frontières du deuil institutionnel pour gagner les terrains de football. À Turin, en Italie, où la sélection nationale prépare son deuxième match amical contre l’Uruguay — prévu mardi à l’Allianz Stadium dans le cadre des préparatifs pour la Coupe du monde 2026 —, les joueurs de l’équipe nationale ont observé une minute de silence au centre d’entraînement de la Juventus. Le président de la Fédération algérienne de football, Walid Sadi, avait pour sa part présenté ses condoléances dès l’annonce du décès. Un geste qui dit, au-delà du sport, combien la disparition de Liamine Zeroual a touché tous les pans de la société algérienne, sans exception.
Liamine Zeroual aura donc quitté ce monde comme il avait quitté le pouvoir : discrètement, loin des effets de tribune. Après avoir géré la présidence de 1994 à 1999 en pleine décennie noire, il s’était retiré de la vie publique avec une réserve qui n’était pas de mise dans les milieux politiques. Il n’était pas revenu sur les devants de la scène, n’avait accordé que de rares entretiens, n’avait pas cherché à peser sur les débats qui ont agité le pays depuis. Cette discrétion, paradoxalement, avait renforcé son aura dans l’opinion, qui lui reconnaissait une forme d’honnêteté. Lundi, après la prière du Dohr, sa dépouille sera transférée vers Batna, dans les Aurès, sa terre natale, où il sera inhumé. C’est là, parmi les siens, dans cette région dont il était issu et qui avait été au cœur de la résistance historique face à la colonisation, que reposera définitivement celui que l’Algérie pleure aujourd’hui. Une page se tourne, lourde de tout ce que ce nom incarne dans la mémoire collective.
Salim Amokrane

