Bendouda installe quatorze nouveaux commissaires : Une nouvelle cartographie des festivals culturels
C’est dans le cadre solennel du Palais de la Culture Moufdi-Zakaria que la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a procédé à l’installation de quatorze nouveaux commissaires de festivals. Derrière la cérémonie protocolaire se dessine en réalité une reconfiguration en profondeur du paysage festivalier national. La ministre n’a pas dissimulé l’ampleur du chantier engagé. Son département a procédé, dit-elle, à la « révision » de plusieurs manifestations culturelles, « créant de nouveaux festivals et restructurant d’autres », avec pour objectif affiché d’« insuffler un sang neuf dans ce domaine ». La formule, volontairement énergique, traduit une insatisfaction à l’égard de l’existant et une volonté de rupture avec une gestion jugée trop routinière de l’événementiel culturel. Cette rupture s’appuie sur un document de fond : une nouvelle cartographie des festivals et grandes manifestations culturelles, élaborée pour servir de boussole à l’action ministérielle. Bendouda en a explicité la philosophie en appelant à « accompagner les mutations actuelles sur la scène culturelle en adoptant une vision renouvelée qui vise à dynamiser nos activités, en leur donnant une visibilité accrue, à travers l’enrichissement de leurs contenus innovants et en recourant à des mécanismes modernes qui répondent aux exigences de l’action culturelle contemporaine ». Concrètement, la carte des festivals s’enrichit de nouvelles manifestations dont certaines témoignent d’une ouverture vers des champs peu explorés jusqu’ici.
Un Festival culturel afro-méditerranéen de la pensée
Le « Festival international culturel Panorama du cinéma » prendra ses quartiers à Constantine, tandis que la littérature de jeunesse se voit dotée de deux événements distincts : un « Festival international du livre pour enfants » et un « Festival international de l’industrie du livre-jeunesse ». Plus insolites, le « Festival de l’art rupestre du Tassili » valorisera le patrimoine préhistorique du Grand Sud, et le « Festival culturel afro-méditerranéen de la pensée » ambitionne d’ancrer Alger dans les débats intellectuels régionaux. Ce dernier se matérialisera dès la fin du mois, avec la tenue des Rencontres afro-méditerranéennes de la pensée les 28, 29 et 30 avril à Alger. La ministre a tenu à souligner la portée symbolique de leur calendrier : elles « interviendront après la visite historique attendue du Pape Léon XIV en Algérie et célébreront, sur le sol algérien, la pensée de saint Augustin en présence d’une forte participation internationale ».
Pour les nouveaux commissaires, la feuille de route est claire. Les festivals qu’ils piloteront devront « instaurer un véritable équilibre culturel, garantissant une représentation plus large des différentes sensibilités artistiques et esthétiques », tout en offrant des « opportunités aux talents émergents dans un climat de compétition qui stimule l’innovation et la créativité ». La dimension internationale n’est pas absente de l’équation : il s’agit aussi de « renforcer la présence de la culture algérienne aux niveaux national et international ».
Le bilan chiffré présenté en marge de la cérémonie par Ismaïl Inzaren, directeur central de la production artistique et de la diffusion culturelle, donne la mesure de l’activité sectorielle. En 2025, « 207 festivals ont été recensés, répartis entre 36 festivals internationaux, 37 nationaux, 18 locaux, 58 dédiés aux arts populaires et autant inscrits dans la manifestation « Lecture en fête » ». Un chiffre imposant, qui n’avait pourtant pas empêché le ministère de juger nécessaire cette réforme structurelle. Pour 2026, M. Inzaren a annoncé le retour de manifestations emblématiques, parmi lesquelles le « Festival culturel international de Timgad » à Batna, le « Festival international de musique Gnawa » à Béchar et le festival de jazz « Dima Jazz » à Constantine — des rendez-vous à forte résonance populaire et internationale qui jalonnent depuis longtemps le calendrier culturel algérien.
Mohand S.

