Le PDG d’Eni prévient : Un baril de pétrole à plus de 100 dollars n’est plus à exclure en 2027
Les prix mondiaux du brut, contenus jusqu’ici entre 80 et 100 dollars le baril grâce aux prélèvements sur les réserves stratégiques, pourraient franchir ce plafond dès le premier trimestre 2027 si le conflit au Moyen-Orient venait à perdurer, a averti Claudio Descalzi, PDG du groupe énergétique italien Eni, dans un entretien accordé au quotidien économique Il Sole 24 Ore et publié samedi. Selon le dirigeant italien, c’est bien la mobilisation des stocks stratégiques qui a jusqu’à présent évité un emballement des cours. Il a précisé que ce mécanisme avait permis de maintenir le brut globalement dans sa fourchette actuelle, avant de reconnaître que cette solution touche à ses limites, car les réserves mondiales demeurent finies, et le recours prolongé à ces prélèvements accroît mécaniquement l’exposition du marché à tout nouveau choc géopolitique. Descalzi a chiffré l’ampleur du phénomène, évoquant un rythme de baisse des stocks mondiaux d’environ 3,8 millions de barils par jour, un déstockage qui se serait encore accéléré pour atteindre 4,6 millions de barils quotidiens au mois de mai, sous l’effet des turbulences provoquées par la guerre entre l’Iran et Israël, déclenchée fin février. Pour le patron d’Eni, cette trajectoire dessine une rupture durable dans le paysage énergétique mondial. Il a estimé que le secteur entre dans une phase où les repères d’avant-crise ne tiendront plus, appelant à repenser les stratégies d’approvisionnement pour l’ère qui s’ouvre après les tensions dans le détroit d’Ormuz, tout en avertissant que les grandes puissances occidentales consomment actuellement leurs marges de sécurité plus vite qu’elles ne les reconstituent.
Diversifier les routes
Face à ce constat, le dirigeant italien a plaidé pour une réponse structurelle plutôt que conjoncturelle. Il considère que la sécurité énergétique de long terme passe avant tout par une diversification des fournisseurs et des voies d’acheminement, plutôt que par une dépendance persistante à des points de passage maritimes aussi stratégiques que vulnérables comme le détroit d’Ormuz. Dans cette optique, Descalzi a invité les gouvernements à approfondir leurs partenariats énergétiques avec les producteurs d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est, une orientation dans laquelle Eni s’inscrit déjà largement puisque l’essentiel de ses activités d’exploration-production se concentre en Afrique et en Amérique latine. Cette configuration limiterait, selon lui, l’exposition directe du groupe italien aux soubresauts du Moyen-Orient.
Le PDG d’Eni a par ailleurs souligné un facteur structurel supplémentaire de tension sur la demande. Il s’agit de l’essor rapide de l’intelligence artificielle et la multiplication des centres de données, qui tirent vers le haut les besoins mondiaux en électricité et renforcent d’autant l’urgence de sécuriser des approvisionnements énergétiques diversifiés et fiables.
Ces mises en garde interviennent alors que les marchés pétroliers ont clôturé la semaine sur une nette progression, malgré un reflux enregistré en fin de période. Les nouvelles hostilités entre Washington et Téhéran, conjuguées aux attaques visant la navigation dans le détroit d’Ormuz, ont maintenu une prime de risque géopolitique sur les cours. Le baril de Brent s’est établi autour de 76 dollars, en hausse d’environ 5,4 % sur la semaine, tandis que le WTI progressait d’environ 4 % pour s’échanger près de 71,40 dollars. Les deux références ont toutefois cédé du terrain vendredi, les investisseurs pariant que la dernière escalade resterait circonscrite sans perturber significativement les approvisionnements en provenance du Moyen-Orient.
Samira Ghrib

