Une grève secoue la rentrée : Les universités marocaines sur un volcan
Le syndicat marocain de l’enseignement supérieur affilié à la Confédération démocratique du travail a annoncé, depuis le 1er septembre 2026, un boycott de la rentrée universitaire suivi de deux vagues de grèves nationales, accusant le ministère de tutelle d’avoir gelé le dialogue sectoriel. La contestation universitaire s’installe ainsi au cœur d’un royaume déjà traversé depuis plusieurs mois par une contestation sociale profonde, née du mouvement de la jeunesse GenZ212 et jamais véritablement éteinte. Selon le préavis syndical, le boycott du dépôt de dossiers et des cours touche l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur et l’administration centrale jusqu’au 14 septembre. Un premier arrêt de travail de 72 heures s’est tenu les 8, 9 et 10 septembre, accompagné d’un rassemblement devant le siège du ministère à Rabat le 9 septembre à 11 heures. Un second débrayage national est déjà programmé les 15, 16 et 17 septembre, ce qui promet une rentrée universitaire largement compromise sur le plan pédagogique. Les revendications portées par le syndicat vont bien au-delà d’un simple différend salarial. Les enseignants et personnels des œuvres universitaires réclament la publication du statut particulier propre à leur corps, l’application rétroactive de la revalorisation salariale depuis le 1er janvier 2026 et le règlement des dossiers des titulaires de doctorat et de diplômes en attente de reclassement. Le syndicat s’oppose également à l’instauration de frais d’inscription universitaire et de frais liés au dispositif dit de l’horaire aménagé, réaffirmant son attachement à la gratuité de l’enseignement public. Le ton est monté d’un cran lorsque l’organisation a accusé le ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine Mediouni, de mener une politique de discrimination, en refusant de recevoir ses représentants. Une accusation qui, selon le syndicat, illustre le blocage des canaux de dialogue social et la transformation d’un différend professionnel en tension ouverte.
Cette crise universitaire s’inscrit dans un climat social marocain déjà fragilisé. Depuis l’automne 2025, le pays a connu une vague de mobilisation inédite portée par la jeunesse connectée du mouvement GenZ212, déclenchée par le décès de plusieurs femmes dans un hôpital public d’Agadir et nourrie par la colère face au chômage, à la cherté de la vie et à la dégradation des services publics. Plusieurs médias internationaux ont documenté des dispersions musclées et des interpellations lors de ces rassemblements, signe que les autorités ont parfois privilégié la fermeté face à une contestation qui peine à trouver une issue négociée.
Dans ce contexte, le monde universitaire rejoint une liste déjà longue de secteurs en ébullition, entre promesses budgétaires jugées insuffisantes et dossiers sociaux qui s’accumulent sans réponse claire. Le syndicat prévient que la persistance de l’atermoiement et la fuite en avant du gouvernement pourrait aggraver encore le climat social à l’approche d’une année déjà chargée d’incertitudes pour le royaume.
L.S.

