À la UneÉconomie

Le Brent dépasse la barre des 100 dollars

Le baril de Brent a franchi mercredi la barre des 100 dollars pour la première fois depuis fin juillet, porté par l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran au Moyen-Orient et par de nouvelles frappes visant des pétroliers dans le Golfe, une flambée qui ravive les craintes d’une inflation durable et que Goldman Sachs juge susceptible de s’amplifier jusqu’à 120 dollars si les attaques contre le trafic maritime se multiplient.

Vers 07h45 GMT mercredi, le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en novembre, gagnait près de 2% à 99,82 dollars, après avoir brièvement touché un plus haut de séance à 100,19 dollars. Le West Texas Intermediate américain, pour livraison en octobre, progressait de son côté de 1,46% à 94,39 dollars. Cette poussée confirme et amplifie la tendance observée la veille, quand le Brent avait déjà repris plus de 2% pour s’établir autour de 100,65 dollars.

Le regain de tension trouve son origine dans une série de représailles croisées. Les Gardiens de la révolution iraniens ont revendiqué mercredi une attaque contre une base militaire américaine en Jordanie, ainsi que des frappes visant deux navires américains, huit pétroliers et une dizaine d’autres bâtiments, en réponse à des bombardements américains menés la veille. L’armée américaine avait pour sa part annoncé mardi avoir détruit cinq pétroliers dans la région du Golfe. Cet enchaînement de coups portés de part et d’autre alimente les inquiétudes sur la sécurité du trafic maritime dans une zone par laquelle transite une part considérable des exportations mondiales d’hydrocarbures.

Pour les analystes, le passage du Brent au-dessus des 100 dollars ne relève pas seulement du symbole. « Le seuil de 100 dollars est un niveau psychologique qui compte pour les marchés », observe Kathleen Brooks, analyste chez XTB. Elle estime qu’une fois ce cap dépassé, « de nombreuses banques centrales n’auront d’autre choix que de relever leurs taux », avec le risque « d’alourdir les coûts pour les entreprises comme pour les consommateurs » et de peser sur l’ensemble de l’activité économique.

Sur le terrain, les effets de la crise se mesurent déjà dans les volumes acheminés par le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce pétrolier mondial. Un responsable de Goldman Sachs a indiqué mardi que les flux de produits pétroliers transitant par ce détroit ne représentaient plus que 35% de leur niveau d’avant guerre, contre 70% pour le brut. Selon les explications données à la Asia Pacific Petroleum Conference par Daan Struyven, coresponsable de la recherche mondiale sur les matières premières chez Goldman Sachs, la crise d’approvisionnement au Moyen-Orient frappe davantage les produits raffinés que le pétrole brut, en particulier les produits lourds comme le diesel, sans que des volumes précis n’aient été communiqués. D’après les données de la société de suivi maritime Kpler, environ 2,2 millions de barils par jour de produits raffinés, essence, kérosène, naphta et diesel compris, avaient transité l’an dernier par le détroit d’Ormuz depuis le Moyen-Orient, contre 14,95 millions de barils par jour pour le seul brut.

Goldman Sachs revoit ses prévisions à la hausse

Après avoir abaissé ses prévisions au cours de l’été, Goldman Sachs a été contrainte de les revoir à la hausse. La banque américaine avait réduit ses objectifs de prix dans la foulée du protocole d’accord conclu entre Washington et Téhéran. Mais l’absence d’accalmie dans les hostilités autour du détroit d’Ormuz a poussé Daan Struyven à inverser sa trajectoire et à relever de nouveau ses hypothèses de prix. Dans une note publiée lundi, son équipe a porté l’objectif de fin d’année de 80 à 90 dollars le baril, et la moyenne prévue pour 2027 de 75 à 80 dollars. L’avertissement de la banque va plus loin encore. « Le Brent pourrait dépasser 120 dollars par baril si la production moyenne du Golfe reste, en 2027, inférieure de 4 millions de barils par jour à son niveau d’avant guerre », préviennent les analystes de Goldman Sachs, qui identifient une intensification des attaques contre le trafic maritime comme principal facteur susceptible de déclencher ce scénario haussier. Selon Struyven, la hausse des objectifs de prix reste toutefois relativement mesurée au regard de la gravité de la crise, pour deux raisons principales. D’une part, les stocks commerciaux terrestres des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques n’ont que très peu diminué depuis le début du conflit. D’autre part, l’analyste s’attend à une poursuite de l’adaptation de l’offre, à travers des flux non déclarés ou dissimulés transitant par le détroit et une réorientation des acheminements par pipeline. L’économiste de Goldman Sachs juge par ailleurs excessives certaines lectures alarmistes du marché. Les stocks commerciaux des pays de l’OCDE se situent 16% au-dessus de leur plus bas niveau historique enregistré en 2003. Les réserves mondiales de pétrole en transit ont certes reculé, passant de 9,1 milliards à 8,6 milliards de barils, mais elles demeurent nettement supérieures aux seuils opérationnels minimaux de stockage. Les importations chinoises de brut, très sensibles aux variations de prix, constituent enfin un facteur d’ajustement supplémentaire pour le marché.

Samira Ghrib

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *