Le film « Zighoud Youcef » de Mounès Khammar projeté à l’Opéra d’Alger: L’hommage à un héros national
L’Opéra d’Alger Boualem-Bessaih a accueilli mardi soir la projection d’un film qui transcende la simple narration historique pour devenir un véritable acte de mémoire nationale. « Zighoud Youcef », long métrage réalisé par Mounès Khammar et scénarisé par Ahcène Tlilani, entreprend le délicat exercice de ressusciter le parcours d’un des héros emblématiques de la guerre de libération nationale, offrant au public un voyage immersif dans les moments les plus intenses de la lutte pour l’indépendance.
Pendant deux heures et demie, le spectateur est invité à suivre le destin extraordinaire de Zighoud Youcef, figure centrale de la résistance qui a incarné l’esprit de la révolution contre la colonisation. Le film retrace méticuleusement son engagement, depuis son adhésion au Parti du Peuple Algérien et au Mouvement national jusqu’à son entrée dans les rangs de l’Armée de libération nationale. Cette trajectoire n’est pas qu’une simple succession d’événements historiques, mais une véritable épopée humaine qui révèle la profondeur du combat pour la liberté. La production cinématographique, fruit de deux années de travail acharné, a délibérément choisi des lieux de tournage symboliques – Constantine, Skikda et Mila – qui résonnent avec l’histoire du héros, architecte de l’offensive du Nord constantinois le 20 août 1955. La musique composée par Safy Boutella ajoute une dimension émotionnelle supplémentaire, transformant le récit historique en une symphonie patriotique. L’interprétation d’Ali Namous, qui incarne Zighoud Youcef, devient le vecteur principal de cette transmission mémorielle. Sa performance donne chair et âme à un homme qui fut non seulement un stratège militaire remarquable, mais aussi un être humain avec une vie familiale et des aspirations personnelles. Le film révèle notamment ses origines dans le village de Smendou, au nord constantinois. Les moments clés de son parcours sont magnifiquement mis en lumière : sa participation à la réunion historique des 22, son rôle déterminant aux côtés de Didouche Mourad dans le déclenchement de l’offensive dans le Nord-Constantinois, et l’organisation de l’offensive du 20 août 1955, jusqu’à son martyre le 23 septembre 1956 à Sidi Mezghiche. Le film ne se contente pas de glorifier, il raconte, avec nuance et profondeur, l’engagement d’un homme et de ses compagnons de lutte comme Lakhdar Bentobbal, Ali Kafi, Amar Benaouda et Didouche Mourad.
Un acte de mémoire
La présence de hautes personnalités lors de la projection – le président de l’Assemblée populaire nationale Brahim Boughali, les conseillers présidentiels, les ministres Laïd Rebiga et Zouhir Ballalou – témoigne de l’importance nationale accordée à ce projet cinématographique. Le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit a d’ailleurs clairement exprimé l’enjeu : « Ce film relate le parcours d’un héros de la glorieuse Révolution de libération et Commandant de la Wilaya II historique, le Chahid Zighoud Youcef, lors d’une étape charnière de l’histoire de la glorieuse Révolution ». Plus qu’un simple film historique, « Zighoud Youcef » s’inscrit dans une démarche politique et mémorielle assumée. Comme l’a souligné Laïd Rebiga, il s’agit de « consacrer l’approche adoptée par le ministère, en application des instructions du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, concernant la préservation de la Mémoire nationale et du legs des valeureux Chouhada, en reconnaissance de leurs sacrifices pour la patrie ».
Le cinéma apparaît ainsi comme un formidable outil de transmission. Il ne se contente pas de raconter l’histoire, il la fait vivre, la rend accessible aux nouvelles générations, transformant la mémoire en un récit vivant et incarné. Le ministre a d’ailleurs confirmé la volonté de poursuivre cette dynamique : « Ces œuvres, tant celles produites par le ministère des Moudjahidine et des Ayants-droits, le ministère de la Culture et des Arts ou d’autres acteurs du domaine, seront promues aux niveaux régional et international, en vue de diffuser les valeurs de la Révolution de libération et faire connaître ses symboles ». « Zighoud Youcef » n’est donc pas qu’un film. C’est un acte de mémoire, un geste politique, un hommage. Un pont tendu entre l’histoire et le présent, entre le sacrifice et la reconnaissance, entre un peuple et ses héros.
Mohand Seghir