Culture

« Le couscous, racines et couleurs d’Algérie » de Yasmina Sellam publié aux Éditions ANEP: Une histoire de patrimoine et d’identité

À l’heure où la mondialisation tend à uniformiser les cultures, l’édition algérienne réaffirme son rôle essentiel dans la préservation des richesses patrimoniales du pays. L’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP) vient d’enrichir son catalogue avec un ouvrage qui célèbre l’un des piliers de l’identité culinaire algérienne : le couscous.

« Le couscous, racines et couleurs d’Algérie » de Yasmina Sellam se présente comme une véritable exploration historique et culturelle autour de ce plat emblématique inscrit en 2020 par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. À travers 120 pages richement documentées, l’auteure remonte aux origines de cette préparation millénaire qui a conquis les tables du monde entier. Ce beau-livre, fruit d’une recherche approfondie, aborde dans sa première partie la dimension historique du couscous. Selon les références citées par l’auteure, notamment les écrits de l’historien français Denis Saillard, il existe une « forte probabilité de l’origine algérienne du couscous ». Cette affirmation s’appuie sur des références archéologiques et historiques mentionnant la Numidie, territoire de l’actuelle Algérie, connue pour ses exportations de céréales essentielles à la fabrication du couscous, notamment vers Rome. L’ouvrage fait également référence aux travaux de l’ethnologue français Marceau Gast qui, après des études menées dans les années 1960 sur les pratiques culinaires des Touareg de l’Ahaggar, rapporte que « les Zénètes du sud-ouest de l’Algérie, seraient les créateurs du couscous ». La dimension identitaire du plat est particulièrement mise en valeur. Comme le souligne Yasmina Sellam, le couscous représente une « facette de l’identité algérienne » depuis des temps reculés, présent lors de toutes les cérémonies, qu’elles soient joyeuses ou empreintes de tristesse. L’auteure conclut avec force : « Les Algériens sont en droit d’affirmer que les racines du couscous sont en Algérie, que sa terre a été le terrain et la base à partir de laquelle il a irradié et conquis le monde entier ».

Diversité

La seconde partie de l’ouvrage constitue un précieux répertoire des nombreuses variantes régionales du couscous algérien, chacune illustrée de photographies qui témoignent de la diversité des préparations à travers le territoire national. L’initiative de l’ANEP de publier cet ouvrage s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine culturel algérien. Face aux défis de la modernité et à l’évolution des habitudes alimentaires, l’édition de livres documentant les traditions culinaires joue un rôle fondamental dans la transmission des savoirs et savoir-faire ancestraux. Ce travail de préservation de la mémoire culinaire collective prend une dimension internationale puisque « Le couscous, racines et couleurs d’Algérie » est en lice pour le prestigieux concours « Gourmand World Cookbook Awards » 2025 en Suède. Une reconnaissance qui fait suite au succès du premier ouvrage de Yasmina Sellam, « Mémoire culinaire de l’Algérie : histoire de recettes », déjà primé lors de l’édition 2023 de ce même concours. Ingénieure agronome de formation, Yasmina Sellam incarne cette nouvelle génération d’auteurs qui mettent leurs compétences au service de la documentation et de la valorisation des traditions culinaires. Son travail minutieux, soutenu par la politique éditoriale de l’ANEP, contribue significativement à la constitution d’un corpus documentaire essentiel sur le patrimoine alimentaire algérien.

L’histoire du couscous, telle que racontée dans cet ouvrage, révèle également les premières tentatives d’industrialisation avec la création en 1853 à Blida de la « Maison Ricci » par un colon d’origine italienne. Cette usine, où des femmes algériennes roulaient le couscous à la main avant qu’il ne soit séché par ventilation artificielle, marque les débuts de l’exportation de ce produit vers la France et au-delà. À l’heure où l’Algérie affirme sa place sur la scène culturelle internationale, ces publications participent à la construction d’un soft power culinaire qui valorise les contributions algériennes au patrimoine gastronomique mondial.

Mohand Seghir

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