Tebboune et Macron renouent le dialogue : Des annonces qui actent la fin de la crise
Alger et Paris renouent le dialogue. Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune a reçu lundi, jour de l’Aïd El-Fitr, un appel téléphonique de son homologue français Emmanuel Macron. Cet échange, qualifié de « franc et amical » dans le communiqué officiel de la Présidence de la République, marque la fin d’une période de tensions diplomatiques.
L’appel intervient dans un contexte particulièrement tendu. Des tensions qui avaient débuté avecle soutien affiché par la France au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental l’été dernier, une position qui avait été considérée par Alger comme une atteinte directe aux principes du droit international auxquels l’Algérie reste profondément attachée. Des tensions alimentées aussi par une campagne hostile et clairement algérophobe menée par l’extrême droite et la droite françaises qui ont fait feu de tout bois en instrumentalisant les questions mémorielles avec la glorification de la colonisation française en Algérie dans le discours d’une certaine classe politique et qui ont culminé avec les tentatives d’ingérence dans le travail de la justice algérienne dans le cas de l’affaire Boualem Sansal, mais aussi l’instrumentalisation des questions migratoires par le ministre de l’Intérieur français Bruno Retailleau qui a fait de la relation franco-algérienne un tremplin pour ses ambitions politiques en France, et il n’est pas le seul d’ailleurs. Ce rapprochement constitue donc un camouflet cinglant pour la droite et l’extrême droite françaises, dont le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau s’est fait le porte-drapeau ces derniers mois. Les déclarations incendiaires et positions hostiles de ce dernier envers l’Algérie avaient considérablement alimenté l’escalade des tensions entre les deux pays. Sa rhétorique, souvent teintée de nostalgie coloniale et remettant en question les fondements mêmes de la relation bilatérale, se trouve désormais désavouée par cette initiative présidentielle française. Cette reprise du dialogue au plus haut niveau intervient après plusieurs tentatives d’apaisement de part et d’autre. Il est particulièrement significatif de rappeler que le président Tebboune avait lui-même souligné, il y a quelques jours à peine, qu’il considérait Emmanuel Macron comme son « seul repère » dans cette relation bilatérale. Cette déclaration témoignait déjà d’une volonté algérienne de distinguer les positions du président français de celles des éléments les plus radicaux de son gouvernement, ouvrant ainsi la voie à une sortie de crise honorable pour les deux parties.
Intérêts startégiques
Le retour à la table des négociations n’est pas anodin. Le communiqué souligne que « les deux Présidents sont convenus que la force des liens – en particulier humains – unissant l’Algérie et la France, les intérêts stratégiques et de sécurité respectifs des deux pays, les défis et crises auxquels l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique étaient confrontées exigeaient le retour à ce dialogue d’égal à égal entre deux partenaires qui constituent des acteurs européen et africain de premier plan et qui sont attachés à la légalité internationale, ainsi qu’aux buts et principes édictés par la Charte des Nations Unies ». Cette référence explicite à la légalité internationale et à la Charte des Nations Unies peut être interprétée comme un recul significatif de Paris sur sa position concernant le Sahara occidental, un dossier sur lequel l’Algérie a toujours défendu le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Ce repositionnement français, même s’il n’est pas explicitement formulé, constitue une victoire diplomatique pour Alger qui a su faire valoir ses principes sans concession. La position constante de l’Algérie sur la question sahraouie, ancrée dans le respect du droit international et des résolutions onusiennes, semble avoir porté ses fruits, malgré les pressions exercées par les cercles d’influence pro-marocains en France, particulièrement actifs au sein de la droite française. Dans leur volonté commune de tourner la page, les deux chefs d’État « ont réitéré leur volonté de renouer le dialogue fructueux qu’ils avaient consacré avec la Déclaration d’Alger d’août 2022 ». Cette déclaration avait marqué un moment historique avec des avancées significatives sur le plan mémoriel, notamment « la création de la commission mixte des historiens franco-algériens, la restitution de restes humains des chouhada de la Résistance et la reconnaissance de la responsabilité dans la mort d’Ali Boumendjel et de Larbi Ben M’hidi ». Ces gestes de la France, qui reconnaissait enfin sa responsabilité dans l’assassinat de ces héros de la guerre de libération nationale, avaient été salués comme des pas importants vers la réconciliation historique.
Questions sécuritaires, judiciaire et migratoire
Sur le plan pratique, plusieurs décisions concrètes ont été annoncées. D’abord, « les deux Présidents sont convenus de la reprise sans délai de la coopération sécuritaire », un domaine crucial dans un contexte régional marqué par l’instabilité dans le Sahel et les menaces terroristes. La question migratoire, autre point de friction traditionnel et cheval de bataille de l’extrême droite française, est également abordée. Les présidents se sont « accordés sur le fait qu’une coopération migratoire confiante, fluide et efficace permettant de traiter de toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays devait être immédiatement réinitiée, dans une logique de résultats répondant aux préoccupations des deux pays ». Cette formulation équilibrée reconnaît la nécessité d’une approche qui prenne en compte les intérêts algériens, notamment concernant la diaspora et les conditions de délivrance des visas, loin des positions idéologiques défendues par Bruno Retailleau et ses alliés politiques. Un accent particulier est mis sur la reprise des travaux de la commission mixte des historiens, qui « reprendra sans délai son travail et se réunira prochainement en France, les conclusions de ses travaux et ses propositions concrètes seront remises aux deux chefs d’État avant l’été 2025 ». Ce calendrier précis témoigne d’une réelle volonté d’avancer sur la question mémorielle, dossier central pour l’Algérie qui attend de la France qu’elle assume pleinement son passé colonial, contrairement aux tentatives de révisionnisme historique régulièrement portées par une partie de la classe politique française.
Darmanin et Barrot attendus à Alger
La coopération judiciaire n’est pas en reste, avec l’annonce de « la visite prochaine à Alger du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, M. Gérald Darmanin ». Cette visite, qui sera suivie de celle du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot le 6 avril, montre la volonté française de concrétiser rapidement ce réchauffement diplomatique par des actes. Sur le plan économique, le communiqué mentionne l’engagement des deux présidents « à œuvrer au renforcement des échanges et des investissements dans le respect des intérêts des deux pays ». Plus significatif encore pour l’Algérie, « le Président Macron a fait part au Président Tebboune de l’appui de la France à la révision de l’Accord d’association Union européenne – Algérie ». Cette annonce répond à une demande ancienne d’Alger qui souhaite rééquilibrer cet accord jugé trop favorable aux intérêts européens. Le communiqué évoque également une demande du président français concernant l’écrivain Boualem Sansal, pour lequel il a « appelé à un geste de clémence et d’humanité à raison de l’âge et de l’état de santé de l’écrivain ». Cette requête, formulée avec respect pour la souveraineté algérienne – Macron ayant « réitéré sa confiance dans la clairvoyance du Président Tebboune » – illustre la nouvelle approche française plus respectueuse de la sensibilité algérienne. L’annonce que « les deux présidents ont enfin arrêté le principe d’une rencontre prochaine » laisse présager une visite d’État qui viendrait consacrer cette normalisation et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations algéro-françaises, balayant définitivement les tentatives de sabotage de cette relation stratégique par certains cercles politiques français. Ce rapprochement diplomatique intervient à un moment où l’Algérie affirme de plus en plus son rôle de puissance régionale incontournable, que ce soit dans les dossiers libyen, malien ou dans la crise au Sahel. La France, confrontée à une perte d’influence en Afrique et à des défis géopolitiques majeurs en Méditerranée, semble avoir pris conscience de la nécessité de préserver et de renforcer ses relations avec Alger, malgré les voix discordantes au sein même de son gouvernement.
Pour l’Algérie, cette reprise du dialogue avec Paris sur la base du respect mutuel et de l’égalité souveraine constitue une victoire diplomatique qui confirme la justesse de sa position de fermeté sur les principes, notamment concernant le Sahara occidental.
Hocine Fadheli