Ouverture du procès Imetal : Un échange houleux entre le juge et les accusés
25 accusés qui ont comparu devant le pôle économique et financier de Sidi M’hamed, pour répondre d’une série d’accusations.
Annoncé comme l’un des plus importants procès de l’année, le dossier du groupe public Imetal a finalement été ouvert, ce lundi, par le tribunal de Sidi M’hamed, après plusieurs reports à la demande de l’équipe de la défense, apprend-on de source judiciaire. Au total, ce sont 25 accusés qui ont comparu devant le pôle économique et financier de Sidi M’hamed, pour répondre d’une série d’accusations à l’origine de la quasi-faillite du complexe Sider. Les accusés, parmi lesquels figurent d’anciens dirigeants du groupe Imetal, de sa filiale Sider El Hadjar, ainsi que d’autres responsables publics et privés, sont poursuivis pour des faits graves, à savoir : octroi d’avantages injustifiés lors de marchés publics, blanchiment d’argent et dissimulation de fonds, détournement de deniers publics et abus de fonction. Selon les informations recueillies auprès de notre source sur le déroulement du procès, le juge de l’audience a confronté les accusés aux faits en mettant en avant la méthode systématique ayant conduit à la destruction du complexe économique Sider en le poussant au bord de la faillite. Le président-directeur général (PDG) du groupe et ses cadres se sont retrouvés face à de lourds chefs d’accusations portant sur des violations et des dépassements de gestion. Des accusations, précise-t-on, basées sur une expertise détaillée dont les prévenus ont tenté de contester la validité, à l’image du PDG du groupe. Ce dernier a répondu au magistrat de l’audience qu’il avait passé 30 mois en détention sans en connaître la raison, a ajouté notre source.
Le juge a également confronté les accusés au rapport d’expertise judiciaire. Le document a relevé des cessions de logements du complexe pour un dinar symbolique et leur distribution injustifiée, en plus de salaires démesurés et ajustés selon les circonstances. Un point qui a interpellé le magistrat, l’amenant à demander au PDG (A. L) : « Qui propose et détermine des salaires de 28 ou 30 millions par mois ? » Selon le prévenu, c’est le conseil d’administration qui a décidé de lui octroyer un salaire de 28 millions par mois. Selon notre source, de nombreuses questions ont été soulevées concernant les fonds, dont les montants exorbitants ont été mentionnés dans le rapport d’expertise judiciaire. Une dilapidation flagrante, comme on dit : « il n’y a pas photo ». La trésorerie du groupe servait de portefeuille dans lequel le mis en cause et ses cadres puisaient librement pour s’enrichir personnellement et s’offrir le luxe au détriment de l’intérêt du groupe et de milliers de travailleurs. Le juge a également cité, nous dit-on, d’autres dépassements et violations, dont l’achat de véhicules de manière opaque sans recourir aux mécanismes réglementaires, les recrutements irréguliers et la création de postes sans autorisation, ce qui a entraîné un enrichissement illicite, le blanchiment des revenus de la corruption et l’abus de pouvoir.
En conclusion, et selon la même source, en réponse aux questions du juge d’audience, le PDG et l’ensemble des accusés ont tenté, chacun comme il le pouvait, de se disculper en donnant des explications sur chaque opération, transaction et facture passées au crible par le magistrat lors de ce procès qui s’est poursuivi tard dans la soirée.
Au total, tout au long de la journée du lundi et de la soirée du mardi, les 25 mis en cause ont évoqué une période durant laquelle ils ont bradé et dilapidé les fonds publics d’un groupe aujourd’hui en attente d’un plan de sauvetage de l’État. Car il est impératif de rappeler que le groupe Imetal est un acteur central des industries métallurgiques et sidérurgiques en Algérie. Le groupe fédère 13 filiales et joue un rôle clé dans la stratégie nationale de réindustrialisation et de substitution aux importations. Alors que le procès est encore en cours et en attendant le verdict, il faut savoir que les faits mis en cause concernent notamment le complexe Sider El Hadjar à Annaba et la Société nationale de récupération, deux entités stratégiques du groupe. Pour rappel, ce scandale qui a secoué l’opinion publique fait suite à une enquête ouverte après la transmission d’un rapport au parquet, révélant un système de détournements de fonds, de blanchiment d’argent et d’attribution injustifiée de marchés publics. Selon les conclusions de l’instruction, les pratiques de gestion frauduleuse ont entraîné des arrêts répétés de production et un préjudice financier majeur pour le Trésor public.
Sofia Chahine

