El-Meniaa : La culture de la truffe du désert ouvre de nouveaux horizons agricoles
Dans les étendues sahariennes d’El-Meniaa, une révolution agricole silencieuse est en marche. La culture du « Terfess », cette truffe du désert qui poussait jusqu’alors à l’état sauvage, connaît depuis quelques années un essor remarquable grâce à l’adoption de techniques modernes adaptées aux spécificités du milieu saharien. Cette expérience pionnière transforme progressivement le paysage agricole de la wilaya et ouvre des perspectives économiques prometteuses pour toute la région. Djelloul Chayèche, exploitant agricole et figure de proue de cette aventure innovante, a été parmi les premiers à miser sur cette culture singulière. Cet investisseur, déjà actif dans les productions stratégiques comme les céréales et les fourrages ainsi que dans l’élevage bovin, a consacré une superficie importante de son exploitation à ce champignon de la famille des tubéracées. Il a réservé deux pivots d’irrigation de trente hectares chacun, auxquels s’ajoute une parcelle supplémentaire de cinq hectares, pour développer cette culture avec un rendement moyen oscillant entre dix et quinze quintaux par pivot.
Dans un entretien accordé à l’agence APS, Chayèche a révélé l’origine de son savoir-faire : « La technique culturale du Terfess a été introduite des pays du Golfe, le Qatar plus précisément. » Il a expliqué que la réussite de cette culture repose sur plusieurs facteurs déterminants : « la bonne préparation du sol, la qualité de l’eau et le respect de la période de culture en automne, avec un cycle d’irrigation bien étudié, pour pouvoir ensuite récolter la truffe en hiver. » La méthode employée présente l’avantage d’être entièrement naturelle. Des extraits de Terfess sont pulvérisés sur les surfaces irriguées sous pivot, en utilisant l’eau douce souterraine abondante dans la région, sans aucun ajout d’engrais chimique, ce qui confère au produit final une certification biologique très recherchée sur les marchés.
L’exploitation de Chayèche produit plusieurs variétés de truffes du désert, notamment les variétés rouge, blanche et ocre. Ces produits sont commercialisés à travers différentes wilayas du pays et franchissent même les frontières nationales pour être exportés vers les pays du Golfe et l’Europe, où ils figurent parmi les mets raffinés proposés dans les hôtels et restaurants de prestige. Sur le marché national, le Terfess est particulièrement prisé, atteignant des prix variants entre 14.000 et 20.000 dinars le kilogramme. Cette valorisation s’explique non seulement par son excellente saveur gustative, mais également par ses vertus thérapeutiques reconnues en médecine traditionnelle, notamment dans le traitement des affections oculaires et allergiques.
Face aux résultats probants obtenus, l’expérience a été étendue à de jeunes exploitants agricoles bénéficiant d’un transfert d’expertise. Cette démocratisation du savoir-faire a transformé la culture du Terfess en segment d’activité contribuant à la réputation de la wilaya, particulièrement dans les communes d’El-Meniaa, Hassi El-Gara et Hassi-Lefhal. L’adoption récente de systèmes d’irrigation sophistiqués, notamment le pivot et le goutte-à-goutte, témoigne d’une volonté de rationaliser l’exploitation de la ressource hydrique tout en améliorant les rendements. Cette modernisation technique, combinée au rendement économique attractif de la culture, particulièrement à l’exportation, encourage de plus en plus d’agriculteurs à se lancer dans cette production. Selon les milieux agricoles locaux, ces expériences réussies confirment l’important potentiel de l’agriculture saharienne dans la wilaya d’El-Meniaa. Elles démontrent que la région recèle des produits concurrentiels à forte valeur ajoutée, susceptibles de contribuer significativement à la diversification de l’économie nationale et au renforcement de la sécurité alimentaire du pays.R.R.

