Sahara occidental : L’occupation marocaine intensifie le black-out sur les violations des droits humains
ahaLes autorités marocaines ont expulsé mardi une mission d’observation espagnole des droits humains dès son atterrissage à Laâyoune, dans les territoires sahraouis occupés, empêchant ses membres de débarquer de l’avion. Cette nouvelle expulsion, la 28e en 2025-2026, illustre l’intensification de la politique répressive marocaine visant à maintenir un black-out total sur les violations des droits de l’homme au Sahara occidental occupé depuis 1975. La délégation, composée du conseiller à la coopération institutionnelle et à la solidarité internationale du Conseil de l’île de Grande Canarie, Carmelo Ramirez, de la députée de Podemos au Congrès espagnol, Noemi Santana Perera, et du secrétaire à la communication de Podemos Canarias, Fernando Ruiz Pérez, s’était rendue au Sahara occidental pour mener une mission d’observation des droits humains auprès de la population sahraouie. Selon les médias espagnols, les trois responsables politiques n’ont pas été autorisés à débarquer de l’avion à leur arrivée à l’aéroport, ce qui ne les a pas empêchés d’exprimer leur solidarité avec le peuple sahraoui et de rappeler la légitimité de sa lutte pour l’indépendance.
Face aux agents des services de sécurité marocains, Carmelo Ramirez n’a pas mâché ses mots. « Vous n’avez aucune souveraineté sur le Sahara occidental. Vous l’occupez violemment depuis 1975. Vous l’occupez par la force. Vous maltraitez la population sahraouie pacifique qui vit sur ce territoire. Vous pillez ses ressources naturelles. Vous violez tous les accords internationaux », s’est-il insurgé, rappelant aux autorités marocaines qu’elles n’avaient aucune légitimité sur ce territoire. « Vous n’avez pas le droit d’être ici. Et si vous nous traitez ainsi, comment traiterez-vous les Sahraouis ? » a-t-il ajouté, signifiant également à l’un des agents qu’il se trouvait lui-même en situation illégale en montant à bord de l’avion espagnol sans autorisation. « Vous vous trouvez en territoire espagnol, et non marocain ou sahraoui, puisque vous êtes à bord de l’avion. C’est illégal, sans l’autorisation du commandant de bord », a-t-il lancé.
Dans une déclaration à la presse espagnole, les membres de la délégation ont dénoncé un « acte de répression inacceptable et une obstruction au travail pacifique de surveillance des graves violations systématiques des droits humains subies par la population sahraouie ». Ils ont affirmé que « le Maroc maintient un régime d’impunité qui permet les arrestations arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les procès entachés d’irrégularités et la persécution constante des militants et des défenseurs des droits humains, ainsi que l’emprisonnement de militants politiques sahraouis pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et à l’autodétermination ». À leur retour aux îles Canaries, ils ont publié un communiqué dans lequel ils « condamnent fermement cette expulsion et dénoncent l’obstruction systématique par le Maroc de l’accès aux territoires occupés aux délégations, observateurs et organisations solidaires, dans le but de réduire au silence la population sahraouie et de dissimuler la répression dont elle est victime ».
Cette expulsion s’inscrit dans une politique systématique de fermeture des territoires occupés. En 2025, les autorités de l’occupation marocaine ont expulsé 27 étrangers, dont des parlementaires, des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes venant d’Espagne, des États-Unis et du Portugal, dans le cadre du blocus imposé aux territoires sahraouis occupés. Le Collectif des défenseurs sahraouis des droits humains au Sahara occidental a condamné « fermement » cette nouvelle expulsion, dénonçant « une violation flagrante des principes et des dispositions du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme ».
Selon le CODESA, cette mesure s’inscrit dans le cadre de « la politique systématique menée par la puissance occupante marocaine pour empêcher toute surveillance internationale indépendante de la situation des droits humains au Sahara occidental », en violation flagrante de l’article 55 de la Charte des Nations unies, ainsi que des obligations internationales relatives à la protection des défenseurs des droits humains, à la liberté de circulation et au droit de mener des missions d’établissement des faits.
Pour le CODESA, le refus persistant opposé aux délégations internationales d’accéder au territoire occupé, notamment au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, empêché de se rendre au Sahara occidental pour la dixième année consécutive, « constitue un défi flagrant aux décisions et recommandations des Nations unies, ainsi qu’une atteinte systématique au principe de surveillance internationale et à la protection de la population civile sous occupation ». Le CODESA exige également que la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental soit « dotée d’un mécanisme permanent et indépendant de surveillance et de protection des droits humains au Sahara occidental ».
Une plainte officielle déposée contre le Maroc
Dans un témoignage aux médias sahraouis, la députée Noemi Santana Perera a qualifié l’incident d' »anéantissement flagrant des droits fondamentaux », affirmant que les autorités de l’occupation marocaine ont traité la délégation selon une logique de force et d’exclusion, sans aucun fondement juridique ni justification officielle. « Nous sommes restés environ vingt minutes à tenter de descendre, mais des éléments qui ne se sont pas identifiés nous en ont empêchés, dans une scène qui reflète comment les droits sont piétinés au Sahara occidental », a-t-elle déclaré, ajoutant que la délégation avait clarifié dès le début sa qualité politique et les objectifs de sa visite, qui s’inscrivaient dans une mission d’observation du respect du droit international et des droits humains, notamment dans le contexte des arrestations politiques visant des dizaines de Sahraouis.
La députée a confirmé que ce qui s’est produit ne constitue pas seulement une violation des droits du peuple sahraoui, mais touche également les droits personnels des membres de la délégation espagnole, ce qui nécessite, selon elle, « le dépôt de la plainte nécessaire auprès des instances compétentes ».
Lyes Saïdi

